« Le bonheur, désespérément », d’André Comte-sponville

Je suis impressionné après une première lecture rapide des 15 premières pages.

Eh oui, j’ai changé d’avis par rapport à ce que je disais hier dans ma note précédente. Le gros livre d’André Comte-sponville intitulé « Le goût de vivre et cent autres propos » que je devais lire comme un divertissement après Luc Ferry et son « Apprendre à vivre » a été remplacé dans ma besace quotidienne par celui-ci, plus petit en apparence (les grèves à répétition obligent de s’alléger).

Je comprends pourquoi Luc Ferry conseille ce petit livre dans sa très short-list de fin. Le discours d’André Comte-sponville est d’une simplicité et d’une profondeur qui, pour quelqu’un comme moi, exige presque de vouloir rattraper trente années de pratique de la philosophie que l’auteur nous fournit aussi simplement que cela. Il y a une limpidité et une lucidité qui m’émeuvent au plus profond de mon être et qui ne peuvent que m’ancrer dans ce choix d’activité discursive sur la recherche de la vérité.

À titre d’exemple (voire faux contre-exemple) voici une première citation : « La vérité, c’est que le passé de la philosophie est toujours devant nous ». Ah les petites phrases aux allures faussement contradictoires qui perdent un peu le lecteur ! C’est d’ailleurs un des rares  exemples qui dénotent du reste très direct et limpide. L’art d’être profond et original au regard de la postérité est souvent un écueil dans la compréhension. Certaines pratiques la contradiction pour surprendre le lecteur, d’autres l’abstraction pour gagner en précision tout en gagnant en concision et la plupart les deux. Luc Ferry appelle cela le passage du particulier à l’universel. André Comte-sponville nous signifie ici très justement que les discours des Anciens n’ont pas fini de nous hanter tant les réponses sont multiples et qu’il est difficile d’y appliquer le principe du Rasoir d’Occam ou un quelconque système binaire vrai / faux. Je parviens rapidement à cette compréhension grâce au décryptage de Luc Ferry qui joue au professeur de philo tandis que, a contrario, André Comte-sponville joue au philosophe. Et il explicite ou il persiste dans son discours quelques phrases plus loin : « Je suis remonté très en amont, dans l’histoire de la philosophie, pour essayer d’avancer quelque peu ». C’est d’ailleurs le seul intérêt du passé de nous donner des clefs, de passer le flambeau pour avancer. C’est l’objet de mes notes pour moi-même qui ne suit pas un individu unique mais pluriel, donc pour vous aussi, cher lecteur, qui contribuez à transmettre le savoir à des degrés divers. La boucle est bouclée. Je rejoins donc complètement André Comte-sponville dans sa démarche qui consistait à ne pas avancer seul. Derrière tout cela se cache bien évidemment les enseignements de Thay du fond de sa seconde terre natale en Dordogne…

En parlant de bouddhisme… Ce soir, j’ai eu la chance d’écouter Alexandre Jollien dans l’émission avec son présentateur un peu mégalo « La grande libraire » diffusée sur France 5. Le personnage est attachant parce que l’on ne peut s’empêcher de voir son handicap qui est transformé par son discours très clair et très profond. Honnêtement, j’ai envie d’acheter son livre « Le philosophe nu » et je souhaiterais tellement avoir la chance de le rencontrer. Je retiens deux choses importantes dans ses propos de ce soir : il est un papa un peu spécial, mais un papa bien plus réel que bien d’autres soi-disant normaux, car il pratique le moment présent et la vision profonde ; il m’a beaucoup touché ainsi que mon épouse quand je lui ai rapporté la parabole sur le moine qui entretient à la perfection son jardin, mais qui n’est pas attaché au résultat. Faire du mieux que l’on peut est une pratique Zen dans la mesure où peu nous importe du résultat, de sa permanence, des honneurs et des succès. Le regard des enfants d’Alexandre Jollien et sa pratique zen sont autant d’atouts dans sa vie qui ne doit pas être simple. Mais ces obstacles sont pour lui autant de moyens de se dépasser, de nous dépasser : il a fait appel aux philosophes du passé, Platon et Spinoza, pour avancer, vivre sa vie pleinement et j’espère qu’il entrera dans l’histoire de cette philosophie qui a su tant l’aider, mais qui ne suffit pas à connaître le monde tel qu’il est. Les œuvres du passé apportent des bases, mais pour le reste c’est à nous de faire notre propre chemin dans la compréhension et la connaissance. C’est un des pas vers le bonheur que je découvre ici et maintenant dans ce livre d’André Comte-sponville.

18 octobre 2010

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