Je pense donc je suis

En écoutant l’explication de texte de Gilles Deleuze sur Spinoza (enregistrements d’un de ses cours que j’ai obtenus en m’abonnant à Philosophie Magazine), la célèbre phrase de Descartes prend un sens nouveau. Attention, mon propos n’est pas ici de mettre en concurrence les deux philosophes. Mais la théorie de la connaissance du premier a bercé toute mon éducation tandis que je n’ai découvert que tardivement le second. Première chose, que Gilles Deleuze nous sert en apéritif c’est que Spinoza nous enseigne qu’il base sa théorie de la connaissance sur l’expérimentation, qu’il sent tous les jours les effets de son existence. Ce n’est pas dans le registre de la pensée, mais bien dans les sensations, le feeling comme le disent les anglophones, mais avec une touche de pleine conscience : La pensée formalisant ce qui est ressenti afin qu’en rétroaction le ressenti s’affine. Nous avons une tendance à beaucoup intellectualiser les choses de la vie, du vivant, en délaissant nos sensations que l’on relègue à un attribut du corps, c’est-à-dire au monde animal. Ce n’est pas une critique, c’est un constat, le résultat d’un cheminement scientifique qui a banni peu à peu toute autre forme d’expérimentation par les sens, tout en bannissant surtout toute empreinte de métaphysique et de religion.

Revenons à la célèbre phrase de René Descartes qui est restée en tâche de fond dans ce qui précède, notre esprit et notre corps cohabitent, mais le premier a une fâcheuse tendance à douter de ce que le corps lui donne comme information. Ce doute, comme l’a introduit Descartes, est le fondement d’une démarche scientifique visant à faire le tri avec ces informations, à les filtrer et à aller au-delà de ce que l’on peut croire inaliénable, car observé par d’autres qui nous ont précédés. La remise en question est le point de départ d’un processus cognitif qui a permis depuis Descartes l’évolution dans la connaissance comme il n’avait jamais été atteint par le passé. Dès lors, il était naturel que Descartes démontre un des principaux acquis fondamentaux de la connaissance humaine en utilisant ce procédé afin de pouvoir bâtir tout le reste sinon cela ne servirait à rien que l’homme fasse des avancées dans un monde qui n’existe que dans son esprit.

Revenons à Spinoza à travers la voix de Gilles Deleuze. La distinction entre les parties extrinsèques (c’est-à-dire toutes les cellules de notre corps) et la partie intensive (l’essence) est un premier indice de cette existence duale, du corps et de l’esprit, qui explique toute l’incompréhension réciproque de ces deux parties entre elles et un besoin que notre esprit a de démontrer que l’individu formé de ces deux parties existe bel et bien.

Gilles Deleuze parle ainsi de deux régimes dans la pensée en rapport avec ces parties. L’un est un régime de pensées inadéquates issu des effets des parties extrinsèques entre elles, c’est-à-dire par exemple notre corps vis-à-vis d’autres agglomérats de parties extrinsèques (il prend l’exemple de la vague lorsque l’on nage). Le second régime est celui des pensées adéquates qui vont au-delà des effets entre parties extrinsèques, mais du rapport entre elles (toujours l’exemple de la vague, mais cette fois il est question de rapport vis-à-vis d’elle, de notre connaissance de la nage, de son rythme et de la manière de présenter son corps lorsque celle-ci se présente). Il n’y a rien de compliquer ni de théorique, il suffit de méditer là-dessus et de ressentir ces choses. Dès lors, nous sommes mieux armé pour l’existence et nous n’avons plus besoin de nous poser la question si sa réalité. Cela ne signifie pas que la phrase de Descartes soit obsolète, car c’est bien la pensée en rétroaction avec les sensations que nous pouvons appréhender la théorie de l’être de Spinoza, merveilleusement explicité par Gilles de Deleuze. J’en reparlerai pour sûr dans mes prochaines notes.

4 janvier 2011

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