« Seul le silence » de R.J. Ellory ne mérite que le silence

Contrairement au battage médiatique que l’on nous a servi, je suis un peu déçu par ce qu’a écrit Michael Connelly sur la couverture. Et je ne dis pas cela parce que je suis amer que ma dernière nouvelle « Nevermore… puis ce fut le silence » soit restée lettre morte pour les goûts du jury du Prix Pégase. C’est un autre sujet, celui de ne pas écrire quelque chose de convenu, d’habituel, et un peu de manque de chance vu le nombre et la qualité des nouvelles proposées. Non, ce premier roman d’Ellory est… un premier roman. Beaucoup de potentiel, beaucoup d’erreurs, de lourdeurs, d’ambition, de crainte, de jeunesse, d’immaturité d’écriture. Le roman n’est pas noir, il est pesant. Et pourtant, il y a des passages très satisfaisants. Notamment, quand le héro découvre New York, l’activité d’une grande ville, la possibilité de vivre anonymement une vie riche et diversifiée, une seconde naissance pour Joseph Vaughan, un peu comme moi à Paris. Pour le reste, l’atmosphère est pesante et il ne se passe pas assez de choses pour justifier 599 pages. Et, lors de ma comparaison avec la nouvelle de Paul Auster, où il ne se passe pas non plus grand-chose, mais qui est notablement plus courte et plus riche humainement, au final l’imagination est titillée au lieu d’être étouffée. J’apprécie beaucoup le travail psychologique, l’analyse des émotions d’Ellory, mais je suis beaucoup plus sensible à l’écriture trop intime de Paul Auster, à la limite de l’indécence.

N’allez pas croire que je pense que le roman d’Ellory est inintéressant voire que je n’aime pas. Il y a toujours du bon et du mauvais dans une œuvre, à l’instar de notre perfectibilité. D’autant plus que l’écriture une œuvre longue est une prise de risque et demande sinon beaucoup de rigueur, mais surtout une grande expérience et parfois moins de fraîcheur.

Voici d’ailleurs un extrait, sans doute les pages les plus intéressantes de ce pavé, et qui, n’en déplaise ceux qui trouvent cela tellement peu original, parlent d’amour, comme quoi le noir est bien moins intéressant que la lumière et son cortège de couleurs, la vie : « Je la vis pour la première fois, et bien que ses traits n’aient rien eu de remarquable, bien que rien de particulier n’ait pu être identifié ni souligné ; bien que ses yeux n’aient été ni vert émeraude ni bleu saphir ni d’un noir d’une profondeur insondable, mais d’une couleur chaude, comme l’acajou méticuleusement poncé jusqu’à ce que le grain ressorte dans toute sa splendeur, jusqu’à ce que la surface soit lisse comme du beurre ; bien que son visage ait eu la familiarité d’une personne proche mais depuis longtemps perdue de vue, comme si le fait de la voir éveillait non seulement une certaine affinité, mais aussi le fantôme intime de la nostalgie… Bien qu’il ait été impossible de définir la chose qui la rendait unique, il semblait que tout en elle avait une aura magique. Plus tard, en y repensant, je songeai qu’elle donnait peut-être l’impression de n’avoir besoin de personne, et que c’était cette qualité qui avait à elle seule suffi à me la rendre si insupportablement attirante ».

Vous voyez quand je vous parlais de fraîcheur…

27 février 2011

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