À la recherche du bonheur, vers un dictat ?

En lisant « TGV magazine », le 1er novembre dernier, je suis tombé sur un article très intéressant pour moi, car connexe avec mes propres notes : « Plus heureux, nos enfants ? » de Séverine Garnier.

Le bonheur semble être indissociable d’un élément de réponse philosophique et l’auteur de l’article ne s’en prive pas, bien que donnant la parole aux enfants qui, à propos du bonheur et surtout des débats philosophiques qui en découlent, ne font que rapporter avec un mélange de mots à eux ce que les adultes leur en disent ; Je pense que nous passons beaucoup plus de temps à discuter de choses importantes avec nos enfants qu’avant. Je ne néglige pas les autres sciences comme la psychologie, mais ce n’est pas l’objet ici.

« il ne faut pas parler DU bonheur des enfants, alerté Brigitte Lanné, car il n’y a pas une définition unique du bonheur. Ce serait même dangereux, car une définition unique du bonheur serait la porte ouverte aux marchands de bonheur, aux sectes, aux dictateurs… À l’illusion qu’une prise en charge extérieure de mon bonheur est possible. La vraie question est : qu’est-ce qui me rend heureux, moi ? Il faut éveiller l’esprit critique des enfants pour les aider à se distancier de ces marchands et à apprendre ce qui est bon pour eux. Comme l’explique la philosophie grecque, ils doivent faire le tri entre ce qui dépend d’eux et ce qui dépend de l’extérieur, ce qu’il est possible et impossible de faire ». C’est assurément une personne qui a lu André Comte-Sponville ou par l’intermédiaire de l’intertextualité qui a proliféré depuis la conférence débat « Le bonheur, désespérément ».

Ce qui a fait écho dans mon esprit avec cette citation des propos de Madame Lanné, c’est qu’il est vain, et dans une certaine mesure dangereux, de trouver une définition du bonheur autre que le processus d’introspection que chacun doit faire pour trouver sa propre voie vers le bonheur. C’est aussi pour cela que ce thème fait recette en philosophie depuis très longtemps et revient à l’affiche de temps en temps. Le bonheur n’existe donc pas. Il n’est pas unique en tout cas et ne saurait être absolu sans s’annuler lui-même. Notre appréhension du bonheur dépend de notre compréhension de ce processus. Certains disposent des bonnes clefs dès le plus jeune âge, d’autres croient les avoir et enfin d’autres ne cessent de les perdre. On peut agir sur notre bonheur comme on peut agir sur notre santé, par petites touches, en écoutant les enseignements des uns et des autres tout pratiquant le tri, avec la lucidité de ce que l’on peut faire, ce qui dépend de nous, qui est à notre portée. Le bonheur n’est pas unique, comme le serait-il puisque nous sommes pluriels.

Ma douce et tendre me conseille la lecture de « L’art d’apaiser son enfant » de Lise Bartoli et pour les cas plus difficiles « J’ai TOUT essayé ! » d’Isabelle Filliozat. Nous sommes complémentaires et cela me réjouit chaque jour. Je suis pleinement ravi d’améliorer nos comportements d’adultes vis-à-vis de nos enfants. Il va de soi que tout cela ne doit pas tourner à l’obsession et, que les « il faut que » et « ils doivent » que l’on trouve çà et là, comme par exemple dans la citation de Madame Lanné, soient nuancé, qu’ils ne nous enfoncent pas dans des directives étouffantes. Mieux nous serons disponibles envers nos enfants, c’est-à-dire confiants, stables, et à leur écoute, mieux nous comprendrons leurs besoins qui sont à l’origine de leur bonheur lorsqu’ils seront adultes. Pour cela, les enseignements sont des conseils et non des directives. Ce sont des ressorts et non des chaînes. Nous faisons ce que nous pouvons et si nous le faisons à 100% alors c’est déjà bien. J’ai appris depuis longtemps que le meilleur médecin, celui qui connaît mieux mes caractéristiques physiques et psychologiques, c’est moi-même. En attendant que mes enfants deviennent des hommes, ma femme et moi sommes leurs tuteurs. Enseigner, réfréner, sensibiliser, savoir distiller sans cacher et sans effrayer, telle est la difficile tâche des parents modernes.

7 novembre 2011

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4 commentaires pour À la recherche du bonheur, vers un dictat ?

  1. molinia dit :

    J’aime beaucoup.

  2. bgn9000 dit :

    Merci beaucoup, j’ai un peu (beaucoup) mis entre parenthèses mes lectures et écritures philosophiques pour revenir à mes démons technologiques. Je ne sais pas si mon bonheur est mis aussi en parenthèses mais il est parfois utile dans la vie d’aller au bout des choses quand cela est possible. Préparer le futur, c’est vivre au présent.

    • molinia dit :

      Tout à fait et c’est le plus difficile. Cela pourrait pourtant paraître évident que l’on vive dans le présent. Or, c’est rare. Que de minutes gâchées à se préoccuper du futur. A propos des enfants, Alain disait déjà « Il faudrait apprendre aux enfants à être heureux » Cela non plus n’est pas simple.

  3. bgn9000 dit :

    En effet, nous voulons le bonheur pour nos enfants. Le problème est que ce bonheur imposé devient la source de leurs tourments. Être parents c’est compliqué. On gâche beaucoup de choses.

    Cultivons notre vision profonde des choses et sachons nous adapter en permanence à l’impermanence du monde qui nous entoure. Revenir en nous-mêmes, dans l’instant présent, est un bon exercice pour améliorer cette vision profonde et flexible.

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