Acquisition des vertus, dans l’amour

Page 273, de « Socrate Jésus Bouddha », toujours dans le chapitre « Apprends à aimer », Frédéric Lenoir fait référence à André Comte-Sponville, « son remarquable Petit Traité des grandes vertus ».

Agapè est « un idéal auquel il faut tendre, un idéal de sainteté qui guide et éclaire. Comme tout autre vertu, ce type d’amour peut donc s’acquérir ». Et Frédéric Lenoir cite André Comte-Sponville : « Agir moralement, c’est agir comme si l’on aimait… Comme la morale libère de la politesse en l’accomplissant (seul l’homme vertueux n’a plus à agir comme s’il l’était), l’amour, qui accomplit à son tour la morale, nous en libère : seul celui qui aime n’a plus à agir comme s’il aimait. C’est l’esprit des Évangiles (‘Aime, et fais ce que tu veux’) par quoi le Christ nous libère de la Loi en l’accomplissant, explique Spinoza, c’est-à-dire en la confirmant et en l’inscrivant à jamais ‘au fond des cœurs’ « . Je ne crois pas que Jésus préconise de faire ce que l’on veut, au pied de la lettre du moins. Je crois plutôt qu’il nous donne la possibilité de faire ce que l’on peut. Ne pas pouvoir aller à la messe, quand on a un empêchement, n’est pas grave. Une parabole de Jésus décrit la situation avec un homme qui doit faire autre chose d’important alors qu’il est sur le lieu de son culte. Il conseille de faire cette chose si importante aux yeux de cet homme puis de revenir plus tard. Il est préférable d’avoir l’esprit libre pour prier. Jésus s’indigne souvent contre les actes dictés par les traditions., des actes automatiques ou qui ne correspondent plus à la nouvelle situation ou à l’état interne de celui qui agit ainsi. L’âme est plus importante que nos actes pour Jésus. C’est ce que j’ai toujours compris depuis l’enfance : seules les âmes vont au Paradis, la résurrection de la chair n’est que le support physique, la preuve, de la vie après la mort. Sinon ce qu’écrit André Comte-Sponville, à propos de l’acquisition d’une vertu en soi, est très intéressant et fais écho avec mes propres constatations au contact de personnages comme Thay. Bouddha, nous verrons plus loin dans le livre de Frédéric Lenoir, enseigne l’amour de soi, « je suis chez moi, je suis arrivé » dit la chanson du Village des Pruniers, soi n’étant pas un être indivisible des autres êtres qui nous entourent. La compassion est une vertu, mais avant tout comme le répète Thay, depuis des décennies en Dordogne et maintenant depuis quelques années à travers le monde, c’est avant tout une pratique. C’est comme le vélo, cela ne s’oublie pas.

Prenons l’exemple de la natation, puisque j’ai inscrit mon fils, Maximilien, à des cours. La pratique de la nage évolue avec le temps. Du débutant, on peut progresser vers la nage en club, puis plus tard ne venir que pour le loisir. Au fur et à mesure que l’on s’entraîne, nager devient plus naturel. En compétition, on essaie de repousser nos limites, à se perfectionner, à brûler un trop plein d’énergie, il est question de vitesse. Cela dure un temps et c’est souvent très utile. Ensuite, on nage pour le plaisir d’entretenir son corps. Au début, quand on débute, tenir cinquante mètres est une épreuve, nager sur une mer agitée aussi. Ceux qui nagent cinq mille mètres ne sont pas des surhommes. Ils ont, certes, entraîné leurs muscles, car on ne naît pas nageur bien que le fœtus soit en immersion, mais surtout ces personnes ont appris l’équilibre, la fluidité, la simplicité dans leurs mouvements à force de pratique. Il faut du temps pour gagner en vitesse, en performances, mais aussi en souplesse. Tout ça pour dire que comme mon apprentissage de l’écriture, à l’instar de mon chemin philosophique, les vertus sont des chemins que l’on emprunte et sur lesquels un œil extérieur pourrait croire que l’on a fini par faire corps avec celles-ci, que l’on est devenu ces vertus elles-mêmes. On est en effet plus habile, car c’est une seconde nature et on peut servir d’exemple pour les autres.

Frédéric Lenoir précise plusieurs points importants qui confirment ma pensée : « Jésus entend donc graver la Loi au fond des cœurs… Il est un éducateur de l’amour-agapè… L’amour du prochain est au-dessus des lois religieuses… L’amour du prochain est plus important que le culte… L’éducation à l’amour-agapè passe nécessairement par une phase d’apprentissage, de compréhension, d’effort, puisque bon seulement il n’a rien de spontané, mais qu’il met à mal l’égoïsme naturel du cœur humain ».

Il ne s’agit de croire que Jésus nous dit de nous détourner de Dieu. Il dit simplement que ce sont nos véritables pensées et nos véritables actes qui comptent et non des agissements dictés par l’habitude, l’opportunité, la peur. Si le culte est utile pour entendre la bonne parole, pour l’enseignement de l’amour-agapè, pour la pratique au sein de l’énergie de la communauté, la seule préoccupation que l’on devrait avoir aux yeux de Jésus est notre capacité à vivre en accord avec l’amour du prochain qui est un long chemin d’apprentissage.

26 août 2010

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