Qu’est-ce que le moi ?

Qu’est-ce que le moi ? Luc Ferry dans « Apprendre à vivre » cite Pascal nous livre non pas une définition du moi, mais ces éléments extérieurs que l’on prend injustement être l’autre ou soi-même : les qualités ou défauts physiques et de caractère : « nous tendons tous à nous attacher aux particularités, aux qualités ‘extérieures’ des êtres que nous prétendons aimer : beauté, force, humour, intelligence, etc., voilà ce qui, d’abord nous séduit. Mais comme de tels attributs sont éminemment périssables, l’amour finit un jour ou l’autre par céder la place à la lassitude et à l’ennui ». L’impermanence des êtres est une des constantes de l’univers comme les saisons qui reviennent, mais jamais à l’identique et comme les jours qui se suivent sans se ressembler. Il est aussi vain de se contraindre à être égal à soi-même qu’il est vain d’emprisonner l’amour. On en revient finalement à ma note précédente, mais en se focalisant un peu plus sur l’individu qui est au contraire du terme particulier un être multiple, singulier multiple. Page 292, Luc Ferry explicite la pensée élargie au regard de cette singularité pour laquelle nous avons tout à gagner en dépassant les apparences et les jugements hâtifs : « la notion de singularité peut être rattachée directement à l’idéal de la pensée élargie : en m’arrachant à moi-même pour comprendre autrui, en élargissant le champ de mes expériences, je me singularise puisque je dépasse tout à la fois le particulier de ma condition d’origine pour accéder, sinon à l’universalité, du moins à une prise en compte chaque fois plus large et plus riche des possibilités qui sont celles de l’humanité entière ». J’ajouterais aussi qu’une fois que l’on a compris la notion d’inter-être, l’évidence de cet arrachement à soi-même, mais aussi à quelqu’un en particulier comme un père ou un amant, devient une démarche au quotidien, en toute liberté. Il n’y a aucune urgence, c’est une Inception, c’est une idée qui fait son chemin toute seule dans notre inconscient et qui dénoue nos nœuds internes jusqu’à faire partie de notre manière de pensée. À ce propos, cela montre bien l’interaction continuelle qui se passe entre le monde extérieur et nous, un échange qui n’est pas limité au langage des mots, des gestes, du look ou que sais-je encore.

Alors, me diriez-vous, qu’est-ce que le moi si ce n’est ni les particularités (traits physiques ou de caractère) ni l’universel (beauté, honneurs, …) qui le définissent ? Page 296, Luc Ferry nous apporte une brillante et émouvante réponse : « ce n’est ni la particularité pure, ni les qualités abstraites (universel), mais la singularité qui le distingue et le rend à nul autre pareil… cette singularité… n’est pas donnée à la naissance… Elle se forge au fil de l’existence, de l’expérience, et c’est pourquoi, justement, elle est, au sens propre irremplaçable ». Il parle d’autrui, mais si on sait définir l’autre, alors on sait se définir, car les deux vivent en nous et, par pudeur, on préfère parler d’un autre que de soi-même, mais on n’en est pas très loin. Luc Ferry rajoute à cet objet irremplaçable, cet objet d’amour non abstrait, une autre dimension, le temps, la clef dans notre recherche du salut. Pourquoi ? Puisque l’immortalité n’est pas enviable, puisque la quantité n’est pas un objectif, on le voit bien avec notre société de surabondance, il reste naturellement la qualité. N’est-ce pas le principal objet de satisfaction d’une vie bien remplie ? À l’instar de la remarque de Montaigne sur la tête bien faite et la tête bien pleine, une vie bien remplie ne se mesure pas en quintaux de détritus que l’on stocke dans notre cave. La seule possession qui devrait nous préoccuper est d’avoir une vie bien remplie de moments uniques : « C’est en ce point, à nouveau, que la question du sens rejoint celle du salut. Si l’arrachement au particulier et l’ouverture à l’universel forment une expérience singulière, si ce double processus tout à la fois singularise nos propres vies et nous donne accès à la singularité des autres, il nous offre en même temps que le moyen d’élargir la pensée celui de la mettre en contact avec des moments uniques ». Cela constituera le point final de ce superbe livre de Luc Ferry qui n’a pas fini de m’apporter moult perspectives. J’aimerais en guise de conclusion dire que j’ai élaboré une ébauche de theoria qui se tient par rapport à mon éthique personnelle de toujours et de l’ici et du maintenant. J’ai aussi une seconde fois dans ma vie des réponses probantes sur le sens de ma vie. Ces connaissances intuitives doivent être encore mûries. Je choisis donc une méthode qui m’a toujours convenu et qui consiste à me pencher vers d’autres perspectives pour fusionner les deux dans le futur. Je suis très tenté par une lecture a priori simple avec André Comte-sponville et ses propos avant de m’atteler à la lecture de Kant via le livre de Luc Ferry.

14 octobre 2010

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