Le don, de soi ou pour soi ?

Frédéric Lenoir, toujours le chapitre « Apprends à aimer », qui pourrait faire l’objet d’un livre, dans « Socrate Jésus Bouddha » (et Aristote ?) nous donne à comprendre ce qu’est l’amour de Jésus, l’amour-agapè, par le biais du don, ce qui m’a fait tout de suite réagir au vu des connaissances bouddhistes que j’ai : « Ce n’est pas le plaisir lié à la satisfaction du désir. C’est la joie du don. Une expérience que chacun peut faire : la joie de donner gratuitement, sans rien attendre en retour, pas même un remerciement ou un signe de gratitude ».

Jusque-là pas de souci, José Saramago parlait de l’indifférence et de la jalousie, centres névralgiques humains. Jésus a apporté comme directive tout le contraire. Peut-on parler d’échec depuis le temps ? Je ne le crois pas, car nous savons, et c’est pourquoi des grands écrivains ou intellectuels comme Saramago ont su « mettre des mots sur les maux ». Le message de Jésus a encore toute sa fraîcheur. Ce n’est pas parce qu’il date de deux mille ans que la nature humaine a changé.

Quelques lignes plus bas, Frédéric Lenoir cite « Saint-Paul, qui élabora toute une théologie du salut par le Christ, mais ne citera curieusement que très peu de paroles de Jésus, en rapporte pourtant une qui n’a pas été conservée dans les Évangiles et qui est emblématique : ‘Il faut… se souvenir des paroles du Seigneur Jésus qui a dit lui-même : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir’ (Actes, 20, 35) ».

Curieusement pas conservée dans les Évangiles. Jésus nous a apporté un message basé sur le cœur. Ceux qui ont rapporté ses propos et les suivants, qui ne l’ont pas connu, ont tenté d’y introduire de la raison. C’est l’objet de théologie. Je ne comprenais pas quand j’étais enfant que ce soit aussi important, autant que la prière sinon plus, pour devenir prêtre. Le message de Bouddha, quant à lui, se situe au niveau de la raison. Ses successeurs n’ont eu que, comme possibilité de mettre leur touche personnelle, de déifier l’homme et les pratiques qu’il a enseignées pour en faire un culte religieux, en y injectant du cœur. Socrate, par le biais de Pythagore, a certainement connu les thèses de Bouddha, mais comme il était sur la voie de la raison lui aussi, il a pris l’essentiel comme se transformer soi-même pour transformer les autres en excluant toute trace de cœur comme la compassion. Aristote a réintroduit le cœur avec l’amitié et Jésus a contrebalancé la raison forcenée de Socrate… Jolie théorie, n’est-ce pas ?

Pour revenir au don, Jésus prône le don de soi, Bouddha enseigne le don pour soi. Il ne s’agit pas d’un acte égoïste, mais d’un acte égocentré où l’ego ne signifie pas soi mais non-soi, un agrégat d’êtres qui nous précédent, qui nous entourent, qui nous succèdent. Je n’ai pas de préférence entre le message de Jésus et celui de Bouddha. Par contre, je refuse de suivre ce que d’autres ont rajouté comme verrue. Comme Nietzsche, sauf que j’ai peut-être une vision plus profonde, plus apaisée intérieurement, Jésus et Bouddha ne sont pas des idoles, mais c’est ce qui a été fait avec leur message, qui a fait d’eux des idoles. Jésus est celui des deux dont le message a le plus souffert, gangrené. Je ne dis pas que ces personnes comme Saint-Paul pensaient à mal, mais ils n’avaient pas la vision suffisamment profonde pour entrevoir les dérives qui ont suivi et qui ont provoqué le rejet du message d’amour de Jésus. Frédéric Lenoir a titré un récent bouquin : « Jésus, l’homme qui devint Dieu ». C’est ce qui s’est passé, son message était trop simple en apparence avec trop de libertés, trop d’idéal. Bouddha a su introduire les règles de pratique, le fonctionnement de la communauté de pratique. Il faut dire que ce dernier a vécu bien plus longtemps. Et, à la fois cette fin prématurée faisait partie du message. Il était pris à son propre piège comme le fut Socrate avant lui, à moins que ce fût voulu, comme le supposent certains, dans un but politique envers Rome et ses piliers : la philosophie grecque pour la pensée, l’esclavage pour l’économie.

Le film « Inception », que j’ai vu dimanche dernier avec mon épouse, a pour thème d’insérer par le biais du rêve une idée étrangère dans l’esprit d’une personne, de préférence sans qu’elle ne le sache, pour que l’idée fasse son chemin, que la personne se l’approprie entièrement et que sa vie en soit bouleversée si possible. Jésus aurait pratiqué une Inception à la puissante Rome.

Comment ne pas terminer cette note sans une pensée aux mamans du monde entier. S’il est une manifestation merveilleuse et commune à la fois du don de soi et du don pour soi, c’est bien l’enfantement puis l’éducation de l’enfant. En ce Dimanche où nous fêtons la fête des Roses à la maison de l’Inspir, cérémonie initiée par Thay pour toutes les mamans passées, présentes et avenirs. Elles sont un exemple de l’altruisme humain. Elles représentent depuis la nuit des temps la conjonction des trois amours éros, philia et agapè.

29 août 2010

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