La philosophie n’est pas de la politique et encore moins de la polémique

Ce n’est pas nécessairement une critique vis-à-vis de personnages médiatiques comme Luc Ferry, il ne m’appartient pas de critiquer ainsi quelqu’un que je ne connais finalement très peu. Je connais le philosophe, car ses enseignements qu’il prodigue le révèlent intimement. Par contre, une personne est multiple et je ne connais pas le ministre. Mon propos concerne plutôt ce que j’entends à la TV ou à la radio et ce que je lis sur le net. Beaucoup de colère, de reproches, de combats de coqs, qui font la joie des médias. Beaucoup d’opportunistes qui n’ont pas d’idées et quand c’est le cas le moyen le plus efficace pour se faire connaître est de parler sans rien dire de l’actualité, ce qui s’appelle polémiquer.

Sur BFM, un journaliste d’investigation décrivait tout ce qui le sépare de son interviewer, recevant son salaire de cette radio, que lui travaille sur la durée alors que son confrère travaille sur le très court terme, l’immédiat. Réagir à chaud n’est pas le propre d’un philosophe sauf si les desseins sont autres. André Comte-Sponville fait écho à mon constat dans son livre « Le goût de vivre » où il y compile tous ses articles qu’il a écrit à la demande de magazines divers : il a dû en abandonner certains qui traitaient de trop près l’actualité, car les propos n’avaient guère plus de sens dès lors que les faits s’étaient refroidis, voire oubliés. Ce philosophe ne faisait pas de polémique, mais peut-être que ses réactions étaient trop collées à l’événement et il ne prenait pas assez de la hauteur. Car c’est cela que le philosophe doit rechercher, la hauteur. Il ne s’agit pas d’une tour d’ivoire. Il s’agit de prendre du recul et, grâce à d’autres associations, d’autres points de vue, élever le débat. La politique est gouvernance. Cela signifie gestion à long terme, vision, mais aussi, hélas, gestion au quotidien, éteindre les feux, si possible, à la source. De ce côté-là, la politique se frotte très souvent à la polémique. Chacun a sa place. Les scientifiques pensent la connaissance, le savoir. Certains comme Albert Jacquard sont capables de deux domaines, rien n’est impossible, mais ce n’est pas parce que les uns ont des blouses blanches, les autres des lunettes et des cheveux en bataille, que l’on doit leur dire amen pour tout.

De plus, comme je l’ai écrit quelques fois, le philosophe a intérêt à méditer sans pour autant devenir bouddhiste. Une vision profonde, une pleine conscience, une connaissance de soi, autant de nécessaires introspections pour faire une auto généalogie avant de dire des bêtises. Ma foi dire des bêtises n’est pas si grave, si on sait les reconnaître.

Frédéric Lenoir, page 243 : « Mais, au-delà de la liberté de choisir, le Bouddha, Socrate et Jésus insistent sur un point essentiel : la liberté intérieure, celle que l’on acquiert progressivement en faisant un travail sur soi, en progressant dans la connaissance, en écoutant la voix de l’Esprit. Si ces trois maîtres de sagesse entendent libérer l’individu des chaînes du groupe et du poids de la tradition, ce n’est pas simplement pour le rendre politiquement autonome… Car, aussi précieuse soit-elle, la liberté politique ne sert à rien si elle ne permet pas à chacun, par ce cheminement personnel, de sortir de l’esclavage le plus profond qui soit : pour Socrate, l’ignorance ; pour Jésus, le péché ; pour le Bouddha, le désir-attachement ». C’est aussi ce à quoi je crois. Et je vous invite à méditer là-dessus, à dépasser les vaines polémiques, les ridicules différends politiques, les analyses trop marquées de rancoeur et les raccourcis trop faciles. Les philosophes ne sont pas exempts de ce cheminement personnel, au contraire.

9 août 2010

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3 commentaires pour La philosophie n’est pas de la politique et encore moins de la polémique

  1. molinia dit :

    J’aimais Luc Ferry le philosophe. Depuis que je le vois à la TV dans « Ferry/Julliard » sur TV5, je le trouve souvent de très mauvaise foi. Et, pour moi, cela nuit à son image de philosophe.

    • bgn9000 dit :

      Exactement, c’est très dommage. D’un autre côté, il n’est pas interdit d’avoir plusieurs vies… c’est tendance. De plus, comme le fait remarquer Luc Ferry à propos d’Heidegger ou de Nietzsche, le philosophe applique rarement à lui-même les principes de vie qu’il édicte. J’ai une pensée pour Alexandre Jollien que je trouve excelllent à ce titre.

  2. dit :

    Sa « Lettre à tous ceux qui aiment l’école » m’a été adressée gratuitement par le Rectorat en 2004, bien que sans affectation et sans emploi depuis 1995.
    J’ai assisté à la conférence de Comte-Sponville « Morale et économie » organisée par la chambre de commerce de Nantes en 2000. Le ridicule n’est pas un vice, me semble-t-il.

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