La continuation

La continuation, notion très chère à Thay au soir de sa vie, abordée aux questions-réponses de fin de retraite. Cette notion n’est pas du registre du cycle des renaissances, du samsara. Elle me touche beaucoup, car elle n’est pas d’ordre mystique ou de la foi. Elle part du bon sens et est universelle. La continuation ne signifie pas la vie éternelle non plus.

Alors qu’est-ce que la continuation ? Même si en fin de vie, on peut s’en préoccuper plus précisément, la continuation commence dès la naissance voire dès la conception. Il s’agit de tout acte, comportement, paroles, …, qui touche une autre personne ou un autre être vivant ou non. La continuation n’est pas génétique même si avoir des enfants permet de transmettre beaucoup de patrimoine génétique ou non via l’éducation. La continuation n’est pas dans la célébrité même si grâce à elle l’audience est plus large, encore faut-il les toucher et laisser quelques traces.

Prenez Socrate, ses enfants n’ont pas laissé de traces dans l’histoire, il n’a pas laissé non plus de témoignage matériel de son existence, il a touché des disciples comme Platon, avec une telle intensité et une telle véritable personnalité, que ce sont eux qui ont pu et ont eu envie de parler de son œuvre. C’est pareil pour Jésus et Bouddha et bien d’autres. Ceux dont on se rappelle sont ceux qui ont touché l’âme d’autres personnes. Parfois la continuation n’a pas besoin de contact physique. Le processus peut sauter des générations, des siècles grâce à des écrits ou d’autres œuvres. Le bouddhisme parle d’inter-être. Cette notion-ci me touche beaucoup aussi. Aucune religion n’est nécessaire pour la comprendre. Chaque être vivant ou non, évolué ou non, interagit avec les autres. Thay prend l’exemple d’un nuage. La pluie peut finir par couler dans une rivière et cette eau peut finir dans notre robinet, dans notre verre. On la boit et le nuage est en nous. De même avec une graine, le nuage est en elle. La plante pousse et absorbe encore de l’eau des nuages. Cette plante ou cette graine que vous mangez a encore le nuage en elles. La vie du nuage, de l’eau, de la graine et de la plante sont en vous. Ne croyez pas que ce soit si anodin, ne serait-ce qu’en minerais ou oligo-éléments ? De même pour la continuation, le nuage, l’eau, la graine, la plante et l’enfant que vous étiez sont en vous. De même pour vos parents, vos enfants, vos amis, vos maîtres, vos ancêtres biologiques ou culturels, tous sont en vous et la conséquence est que la plupart de vos qualités et de vos défauts ne viennent pas de vous. Consolez la colère de votre père, les exigences de votre mère, chérissez l’imagination de votre père et les bons goûts de votre mère. Le fait de savoir que ce n’est pas moi est beaucoup plus facile à guérir, à embrasser, et permet d’être fier de ceux que vous aimez. Je suis persuadé que la génétique transfère beaucoup moins que l’on en pense. Les enfants sont des éponges. Ils se modèlent en comportement et physiquement sur leurs référents. La durée et la fréquence étant moins importante que la qualité et le bon moment.

Thay a répondu à la question « pourquoi je suis né et quel est le propos de mon existence ? » par la réponse « tu vivais avant ta naissance, dans les pensées de tes parents, ta vie a commencé bien avant et, son propos est de continuer l’existence de tes parents pour la vivre de manière à ce que ton existence soit meilleure ». On peut remarquer que la personne ne s’interroge pas sur les conditions de sa naissance en tant qu’être biologique. Nous savons tous comment on fait des bébés. Ce n’est pas la naissance du corps qui pose problème, mais il s’agit de lui, son mental, sa perception, sa conscience. Comme quoi l’homme transcende son statut d’animal évolué. Il s’interroge sur le sens et de ce fait cherche sans cesse à dépasser sa nature.

L’immortalité n’est pas enviable. Croyez-vous qu’un homme du Moyen Âge aimerait nos villes, le plastic, le béton, et tous les lieux qu’il aimait et qui ont disparu. Je vous invite à lire Simone de Beauvoir. De même le repos éternel n’est pas enviable. Mon souhait est d’avoir participé à l’aventure humaine. Et, à travers vous, déployer mes ailes.

5 août 2010

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