On sait maintenant qu’il vaut mieux vivre, que de mourir pour si peu

Le père de la philosophie qu’est Socrate prône le « Connais-toi toi-même » que l’on peut associer à un autre de ces préceptes qui est « La seule chose que je sais, c’est que je ne sais rien » alors qu’à l’opposé Bouddha donne les clefs de la connaissance, car il a atteint le statut d’Éveillé, donc qu’il a accès à la connaissance universelle.

Du coup, la philosophie, qui se veut athée, recherche encore les réponses que Bouddha a pourtant données sans condition de croyance en un Dieu, bien au contraire puisqu’il faut être un homme et non un dieu pour atteindre le nirvana. Je ne dis pas pour autant que Bouddha a raison, mais qu’il faudrait en tant que philosophe vraiment se pencher sur ces réponses comme on le fait pour d’autres grands philosophes.

Page 199, Frédéric Lenoir nous résume ce qui a été pour moi un écho très fort lorsque j’ai rencontré Thay : « tout être vivant est un assemblage de cinq éléments en constantes fluctuations : le corps ou la matière, les sensations, les perceptions, les formations de l’esprit ou de la conscience. Le Soi est donc, par définition, impermanent, mouvant, changeant d’une seconde à l’autre, toujours temporaire, comme le feu qui crépite ou l’eau qui coule ». Bien sûr c’est un concentré qui peut paraître trivial, mais dont la profondeur est immense, car les déclinaisons toutes aussi simples à comprendre peuvent être accueillies à divers degrés de notre prise de conscience. Ce livre qui décrit et compare ces « trois maîtres de vie » est très utile pour ma construction philosophique et mon rapport à la religion. On peut conceptualiser sans opposer deux religions majeures avec la philosophie. Dans le cas de Socrate, les aspects divins ont été gommés. Dans le cas de Bouddha, les aspects divins ont été surrajoutés.

Page 202, il y a de fortes présomptions que la pensée du philosophe Grec fut influencée par celle de l’Éveillé. Frédéric Lenoir fait référence des similitudes qui pourraient être attribuées aux voyages de Pythagore qui était contemporain de Bouddha et qui, même s’il ne l’a pas connu directement, a dû rencontrer des sages de l’Indus. Certains propos de Socrate sont surprenants tant ils rappellent ceux du Bouddha : « la tempérance, dont le grand nombre ne connaît que le nom, cette vertu qui consiste à ne pas être esclave de ses désirs, mais à se mettre au-dessus d’eux-mêmes et à vivre avec modération ». Cela signifie donc que Socrate avait connaissance des thèses bouddhistes comme je le supposais quelques notes auparavant pour Marc Aurèle. Sûrement ces thèses étaient trop imprégnées d’une autre culture (védisme) pour être transposées telles quelles. Je ne citerai pas les longues explications (pages 205 à 207), rapportées, de Socrate sur le cycle de renaissance où la vie est une mise à l’épreuve pour gagner des niveaux plus élevés de l’existence jusqu’à la vie de « véritable philosophe… renoncé à tous les désirs du corps… ne se livre point à ses passions… n’appréhende ni la ruine ni la pauvreté… sortie du corps avec toute sa pureté », la vie comme purification de l’âme ou du moins en gardant sa beauté initiale, puisqu’il a réussi son objectif final: « de travailler plus particulièrement que les autres hommes à détacher son âme du commerce de son corps ». Socrate ne craignait pas la mort, car sa vie exemplaire était la voie ouverte vers son paradis auprès des dieux. Peut-être qu’au fond sa condamnation à mort lui était souhaitable, car il savait qu’il gagnait ainsi l’assurance de la délivrance de son âme. En tout cas, il me semble que ces influences (Jésus connaissait les pensées de Socrate donc les thèses bouddhistes n’étaient pas inconnues bien que non citées) multiples furent niées ou bien non conscientes pendant très longtemps, jusqu’au retour des valeurs asiatiques avec la guerre du Vietnam comme point de mire.

Il ne reste pas moins que je constate dans chacun des trois maîtres une volonté contraignante d’émancipation de l’être humain que l’on peut caractériser comme de l’intransigeance. Il me semble que désormais sans laxisme, à l’image des années 70, on peut envisager une vision moins contraignante, basée sur le cœur et la raison, dans la mesure où l’homme a atteint malgré tout un vernis de maturité. On sait maintenant que l’on ne sait pas rien, que l’on se connaît un peu, que la connaissance est une tache sans fin et qu’humilité ne signifie pas de se sous-estimer. On sait que les vérités peuvent se remettre en cause, que le temps des prophètes est révolu, que les modèles de société, et surtout celui qui domine le monde actuellement, sont des passades, des tentatives, des étapes. Qu’il vaut mieux vivre, que de mourir pour si peu.

2 août 2010

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