Surabondance de moyens, carence de sens, analphabètes de finalité

Il paraît que Bouddha, Jésus et Socrate ont grandi sur terre dans un terreau insurrectionnel ou contestataire d’après Frédéric Lenoir. Je pense plutôt que ces ingrédients existent à des degrés divers à toute époque, mais que les réponses infusent à certains moments dans l’air titillant le génie humain. C’est ce qui se passe ici au Village des pruniers et, si je suis la personne qui doit faire éclore ses principes connus de tous, c’est que j’ai quelque chose en moi de déterminant, Socrate : « La réputation que j’ai acquise vient d’une certaine sagesse qui est en moi. Quelle est cette sagesse ? C’est peut-être une sagesse purement humaine ».

Assurément, notre sagesse est purement humaine et c’est loin d’être dévalorisant. On peut dire que l’on ne connaît rien de mieux, voire d’approchant. En tout cas, la sagesse n’est pas non plus géniale, dans le sens incomparable ou unique, c’est aussi un mythe que de dire qu’elle serait divine. Socrate avait en tout cas compris une chose de lui-même qui vaut plus que connaître le tout en détail.

Mais son véritable savoir, sa sagesse, était qu’il était conscient que si savoir est limité, très limité même, que cette quête n’a pas de fin, qu’un sage qui se targue que son savoir suffit à lui-même et aux autres n’est qu’hypocrite ou un imbécile.

Toutefois, cette obstination n’est pas non plus très sage, ni raisonnable.

Nous revenons petit à petit au désir que condamne Bouddha, vivre dans le passé (frustrations) ou dans le futur (objectifs) oubliant l’instant présent, le seul moment tangible. En effet, considérons le fait que nos perceptions ne sont pas fiables, faussées par nos émotions ou notre mental qui méjuge certaines situations. Nous avons déjà beaucoup de mal à bien appréhender le présent, à le vivre en pleine conscience. Alors que valent nos souvenirs si le présent n’est pas clair pour nous ? Que valent nos désirs si on vit à côté de nous-mêmes, à côté de nos pompes vulgairement parlant ? C’est pourquoi le passé pour moi n’existe plus, du moins n’a plus d’importance si ce n’est alléger mes pas d’une confiance pour la suite. Mais alors à quoi non vivre si cela revient à ne rien garder, seulement des Photos-Souvenirs ? Je vis de la même manière que si je marchais sur un chemin du style de celui de Compostelle : il faut bien avancer, cela ne sert à rien de regarder en arrière ce que l’on a déjà vu, cela ne sert à rien de sauter les étapes sinon on n’aura pas parcouru le chemin, on n’est pas obligé d’être comme ceci ou comme cela, car rien n’est obligatoire. Pratiquons une équanimité de vie qui permet autant l’équilibre que l’inverse. Pratiquons le respect de soi. Pratiquons le savoir pour apprendre à vivre et mieux se respecter. L’homme a peu d’inné par rapport aux autres animaux évolués sur cette terre. Mais à quoi cela lui servirait-il si ce n’est restreindre sa liberté, à quoi cela lui servirait-il par rapport à la connaissance de soi qui constitue le plus bel acquis dont une vie, sa vie, n’est hélas pas suffisante ? Je suis à 100% dans cette autoréflexion énoncée en fin du livre « Apprendre à vivre » de Luc Ferry. C’est une connaissance qui me touche depuis mon plus jeune âge. Je suis un contestataire du bien-être que notre société entretient artificiellement, de la logique de l’avoir. Quand on vit en dehors de cette contrainte alors ni le passé ni le futur ni l’imagination ni le désir… rien n’est un problème. L’avoir retient l’être prisonnier, la peur de mourir revient à avoir peur de perdre notre bien le plus précieux qu’est notre corps, le seul qui semble nous appartenir. Et cette peur retient prisonnier notre être. Même une quête de sens peut revenir à un besoin d’avoir, supplantant l’élan initial. C’est très facile de se tromper et de quitter le chemin, sans s’en rendre compte, car l’être a besoin d’un minimum pour vivre et il a des forces d’habitude très ancrées en lui. Ainsi le contraire d’une chose peut revenir à la chose elle-même. Il faut être vigilant. La pleine conscience aide. La respiration aide. L’arrêt aide. Le retour à notre vraie demeure, c’est-à-dire en nous-mêmes, est salvateur. Remettre nos pas dans nos pas, remarcher dans nos pompes.

Il n’y a pas de bonnes situations, même s’il en existe de plus favorables que d’autres, le plus important est notre rapport avec la vie et la possibilité que nous avons de pouvoir nous améliorer. C’est la bonne nouvelle que m’inspire Frédéric Lenoir avec « Socrate Jésus Bouddha, trois maîtres de vie » et mon retour au Village des Pruniers après des années d’absence. J’en avais tellement besoin, mais ma vie présente m’en détournait. Cet avoir contrarié alors que je pensais que c’était un besoin de mon être le plus intime aurait pu me faire passer à côté de quelque chose de merveilleux que fut la prime enfance de mes deux petits bouts.

La vie est en perpétuel mouvement, en impermanence, c’est en agissant comme elle que l’on évite de basculer dans l’avoir. Le village des pruniers d’avant leur naissance n’est plus mais il n’en sera que meilleur. Alors que demain les frères vont quitter la Maison de l’Inspir, alors que les retraites santé-bonheur ne seront plus organisées de la même manière et par les mêmes personnes que l’on appréciait beaucoup, ma seule option est de rechercher le renouveau dans des nouvelles situations, ce n’est pas une fuite en avant c’est naturel. Ceci est un moyen bien sûr, il en faut, et en voici un autre très important qui est l’acceptation de nous-mêmes. Que l’on croit à tort comme une limitation que l’on se donne. On peut s’accepter tel que l’on est, reconnaître nos limites, et cependant ne jamais cesser de s’améliorer. Mais attention ne croyez pas que cela signifie une croissance, on peut s’améliorer autant en ayant des hauts qu’en ayant des bas. Dans les deux cas, il est important de reconnaître sinon la situation n’apporte rien. Quand on débute, on pratique l’acceptation puis, quand on devient plus aguerri, on peut reconnaître la situation, c’est ce que l’on appelle le regard profond.

À la lecture du livre de Frédéric Lenoir, je m’aperçois que philosophie rime avec expérience dès lors que cette dernière est tournée vers la sagesse : « tous trois ont traversé les siècles en raison de ce parfum d’authenticité et de cette exigence de vérité qui se dégagent de leur vie et de leurs paroles ». Il est finalement très facile d’acquérir des richesses, des possessions, quelles que soient leurs natures, mais le sens de tout cela, la finalité de l’existence, c’est autre chose et ces personnes comne Thay qui ont des réponses sont précieux. J’ai beaucoup de chance de connaître un tel homme. Nous étions assis à côté de lui tout à l’heure. Mais il ne faut pas transformer cette chance en une possession, le sens de la vie en un moyen.

30 juillet 2010

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