« Transcendance dans l’immanence », Luc Ferry

« Transcendance dans l’immanence », Luc Ferry dans les vingt dernières pages de « Apprendre à vivre » nous dévoile la thèse qui lui tient à cœur. Ce qui distingue l’histoire de l’actualité, c’est que le premier se limite aux faits marquants, à ce qui reste quand les émotions se sont diluées, alors que le second est encore ancré dans les détails. On ressent un peu cela et une multitude d’idées foisonnement dans ces pages. Je vais prendre l’exemple le plus abordable, et aussi le plus beau, que Luc Ferry utilise comme explication de son concept : « On ne saurait trouver plus belle métaphore de l’immanence que cette image du cœur. C’est ce dernier qui est par excellence tout à la fois le lieu de la transcendance – de l’amour de l’autre comme irréductible à moi – et de l’immanence du sentiment amoureux à ce que ma personne a de plus intérieur. »

L’amour de l’autre nous dépasse en ce sens qu’il ne dépend pas de notre volonté. On a lu souvent des romans dans lesquels l’amour n’est pas partagé au grand dam du héro le conduisant à chercher des artifices ou une aide extérieure (Cyrano) mais moins souvent on a l’occasion de lire les questionnements d’un être aimé sur cet amour qui lui tombe dessus, c’est moins romanesque peut-être ? L’amour qu’il soit partagé ou non n’est pas maîtrisable, il nous transcende et pourtant pas de la même manière que l’amour divin qui est absolu donc pas relatif à notre personne. C’est l’immanence, car tout autre que nous et cet amour ne serait pas nécessairement, au mieux il serait autre car relatif à une autre personne : « Cela s’impose à moi comme si cela venait d’ailleurs et pourtant, c’est bien en moi que cette transcendance est présente presque palpable. »

Nous sentons bien qu’il y a un lien entre ces deux notions et ce lien, c’est nous. Luc Ferry dans ces exemples ne se limite pas à l’amour : « je n’invente ni les vérités mathématiques, ni la beauté d’une œuvre, ni les impératifs éthiques et, comme on dit si bien, on ‘tombe amoureux’ plus qu’on ne le décide par choix délibéré. La transcendance des valeurs est ce sens bien réelle. » Toutes les valeurs citées ont un rapport avec nous. Nous sommes là pour les ressentir et par là, nous leur donnons vie. Certains se demandent si sans nous ces valeurs auraient une existence ? Sont-ce des produits de notre mental ou bien sont-ce réellement des vérités qui existeraient sans nous ? un peu comme la notion du temps, il est continu et notre capacité à l’appréhender est discontinue, du coup quelle est la valeur de nos modèles mathématiques souvent fondés sur l’observation et sur l’état de nos connaissances ? Je pense que je m’égare un peu… la transcendance dans l’immanence suppose justement qu’il existe des choses qui viennent du dehors et dont nous sommes les découvreurs, et non les créateurs, et qui sans nous resteraient dans l’éther, car nous sommes capables de les appréhender, nous sommes libres des contraintes de la Nature qui nous a créés, nous transcendons notre nature : « comment penser la transcendance sous ses deux formes, en nous (celle de la liberté) et hors de nous (celle des valeurs) sans retomber immédiatement sous les coups de la généalogie et de la déconstruction matérialiste ? » C’est la theoria de Luc Ferry, elle remonte à Kant et à Husserl mais elle a été épurée suite aux assauts de Nietzsche. L’homme se distingue des autres produits de la Nature dans sa liberté de penser et d’agir, dans sa capacité à appréhender des valeurs et des vérités scientifiques qui participent à son élévation intellectuelle sans qu’il oublie d’où il vient, ses racines de la terre et ses ancêtres, son histoire. On est loin du Cosmos des Grecs, de l’Être suprême des religions monothéistes. Il s’agit d’une troisième voie après, si j’ose dire, avoir touché le fond avec le matérialisme. Cette nouvelle forme est centrée sur le sujet observé qui est, en fait elle-même, il s’agit ni plus ni moins d’autoréflexion.

18 juillet 2010

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3 commentaires pour « Transcendance dans l’immanence », Luc Ferry

  1. Pierre dit :

    Le concept de transcendance dans l’immanence a été développé par Alain Renaut dès 1989, ce serait sympa de ne pas l’écarter. Je comprends que Ferry soit plus people …

  2. Pierre dit :

    Pardon, j’oubliais, et surtout, cette « transcendance dans l’immanence » est le fondement de l’objectivité chez Kant, difficile donc d’en attribuer la paternité à Ferry, qui de plus en fait un usage un peu « niaiseux » depuis qu’il s’est lancé dans la vulgarisation philosophique. On est loin de ses travaux sur Kant (Lecture des 3 critiques) et ses collaborations avec A. Renaut

  3. bgn9000 dit :

    Merci infiniment pour ces précisions qui m’éclairent et peuvent aussi éclairer tout lecteur éventuel (et surtout éviter de colporter une mauvaise interprétation de ma part).

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