« Le besoin de Dieu est à cet égard la plus grande objection que je connaisse contre lui », Luc Ferry



« Je préfère m’engager dans la voie d’un humanisme qui aurait le courage d’assumer pleinement le problème de la transcendance… il y a en nous quelque chose qui est comme en excès par rapport à la nature et à l’histoire. », Luc Ferry nous livre ici une profession de foi. Les mots sont très bien pesés malgré le fait que tout a été explicité en détail. Ainsi le doute n’est pas permis même en extrayant ses propos de son contexte comme je le fais ici. C’est un exemple à suivre; De la mesure dans les propos que diable ne peut pas faire de mal !

Donc Luc Ferry nous écrit que le matérialisme lui est inconfortable et qu’il ressent qu’il y a un supplément d’âme dans l’homme (« une capacité à choisir entre des possibles ») sans pourtant aller jusqu’à prôner un retour à… un retour aux anciennes croyances.

« Qui faut-il croire alors ? Toi-même, quand tu te penses comme libre, ce que tu fais implicitement chaque fois que tu émets un jugement ? Ou le matérialiste, qui t’affirme (librement ?) que tu ne l’es pas – mais qui n’en prononce pas moins, lui-aussi, dès que l’occasion s’en présente, des jugements de valeur supposant sa propre liberté ? À toi de choisir… », c’est cette liberté qui suppose que nous transcendons notre état premier d’animal, même évolué. « Cette faculté d’arrachement à la nature et à l’histoire, cette faculté que Rousseau et Kant nommaient la liberté ou la perfectibilité, et qui est bien en situation de transcendance. », et si le divin que nous cherchons depuis si longtemps était en nous-mêmes ? Non pas que nous devrions nous enorgueillir d’un statut de Dieux, car assurément nous n’en sommes point mais que nous devrions mieux endosser notre statut spécial par rapport à la nature, notre responsabilité. L’homme n’est pas seulement l’espèce dominante de notre terre, nous sommes une étape supplémentaire de l’évolution du vivant, car nous sommes libres de penser et d’agir à notre guise, nous savons nous détacher des contraintes de notre propre nature. Et si Dieu est une invention de l’homme, c’est une manière d’exprimer son désarroi de n’avoir aucun référent, aucun père, seuls, libres mais seuls. Alors l’humanité a inventé Dieu pour tuer le père, faire son Œdipe.

On imagine sans peine, avec la perte de repères actuelle, que l’on pourrait aisément créer une nouvelle utopie à partir de ce constat. Mais on a appris le résultat de telles entreprises, de tels égarements, il est urgent d’agir différemment en êtres responsables dotés d’une sagesse multimillénaire. C’est aussi pourquoi je ne prône rien et surtout pas de faire table rase du passé, recommencer quoi ? les mêmes bêtises, différemment…

« ce n’est pas parce que nous avons besoin d’une chose qu’elle est vraie. Tout au contraire : il y a de fortes chances pour que le besoin nous pousse à l’inventer, à la défendre ensuite, fût-ce de mauvaise foi, parce que nous lui sommes attachés. Le besoin de Dieu est à cet égard la plus grande objection que je connaisse contre lui. », Luc Ferry dans « Apprendre à vivre », un maître à penser, « affirmatif, no comment », chantait Gainsbourg.

12 juillet 2010

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