Un philosophe est un produit de son temps

N’allez pas croire que ce n’est que le philosophe qui apporte les idées qui sont reprises ensuite par le peuple. Si ce postulat semble vrai dans une certaine mesure, il ne l’est pas dans l’absolu. Pourquoi ? Un philosophe est avant tout un homme issu d’un peuple. Il a été éduqué et il a grandi au sein de ce peuple qui a exprimé des préoccupations, des constats et des tendances différents. Il a été enfant, un esprit neuf en devenir mais aussi un esprit vierge. Dans sa prime jeunesse, il a reçu une éducation essentielle pour sa vie, voire sa survie, qui est le produit des réflexions et attentes de ceux qui gouvernent et de ses parents.

Si l’homme est dénaturé par essence d’après Rousseau, je crois surtout que l’homme recherche la séparation avec ses parents pour pouvoir grandir. Cette séparation est elle-même le résultat d’un esprit attiré par la nouveauté, préférant ce qui vient de lui ; il est fondamentalement attaché à s’autodéterminer. Il n’en reste pas moins lié par son éducation. Et ses vues ou ses penchants seront en partie portés par un souci de résoudre les questionnements de son enfance. Entre émancipation et besoin de se comprendre, cette dualité de pensée confrontée aux grandes questions de son temps constituera principalement son ontologie et les avancées de son époque lui permettront d’élaborer sa théorie de la connaissance. On constate déjà qu’un premier tiers important de la définition du philosophe de Luc Ferry est déjà issu de ces conditions initiales.

Je pense sincèrement qu’un philosophe devrait avoir une formation à la pleine conscience, de ce qui fait que ce qu’il pense est ainsi et pas autrement. À l’instar de la psychanalyse, « connais-toi toi-même » ne serait plus un défi mais un parcours qui mènerait à la maîtrise de cet art de pensée qu’est la philosophie. Contrairement à ce que je pensais, ce que l’on m’avait inculqué en fait, la philosophie n’est pas la science des sciences mais un art intellectuel mêlant sensibilité et raison, peut-être une définition de la sagesse. Nietzsche définissait ainsi sa quête de la sagesse mêlant forces réactives et actives, le « grand style » menant à la volonté de puissance, une volonté de volonté et non de pouvoir, une vie intense libre de toute culpabilité et de conflits internes mal résolus.

Hélas, si Nietzsche avait réalisé ce travail de pleine conscience, en réalisant les effets de l’interaction des êtres, cette troisième force – comme quoi le bien et le mal est une vision trop étroitement binaire, comme quoi une posture de déconstruction est aussi une posture binaire, la thèse que l’on défend contre l’antithèse que l’on attaque – il aurait décelé dans la véhémence de ses propos l’orage qui allait éclater sur le monde.

Pour conclure, un philosophe  n’est ni en avance ni en retard ni même de son temps, il interagit avec les forces combinées de ces ancêtres, de ses pairs et de ses enfants. Ces forces demeurent des forces tant qu’il les laisse librement passer à travers lui, qu’il ne s’en défend pas, qu’il ne s’épuise pas dans un combat interne inutile et inefficace. Les forces viennent d’ailleurs, les faiblesses viennent de nous.

1 juin 2010

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