Ma theoria, enfin

Comme s’efforce de l’expliquer Luc Ferry dans « Apprendre à vivre » (titre un peu racoleur pour faire lire de la philosophie), la theoria a deux aspects : ce que l’on cherche à comprendre (ontologie) et ce par quoi on pense y arriver (théorie de la connaissance). Si chez Nietzsche, sa theoria fut une atheoria, il a remplacé le doute par le soupçon, le doigt accusateur au lieu de la raison. Sa déconstruction assimilée à de la généalogie (retrouver les origines, racines, pour ramener à soi, au vivant) fut un moyen d’arriver à pourfendre les idées dites supérieures à la vie. Son « gai savoir » suggère une compréhension saine de ce qui se cache derrière certaines grandes vérités, au final, issues d’êtres vivants, d’intentions qui leur sont propres et qui diffèrent de l’objectif voulu, le visage derrière le masque, les cavernes du tréfonds. Mais enfin est-ce un problème ? Est-ce son génie ou sa folie qui a engendré sa philosophie, cette nécessité de voir les choses autrement ? Au final, qu’est-ce qui compte ?

Du coup, en prenant conscience de tout cela, j’ai trouvé ma propre theoria. Au contraire de Nietzsche mais en suivant la voie qu’il a tracée, je pense qu’il peut y avoir des grandes vérités, en quelque sorte supérieures à la vie, mais des vérités qui ne sont pas hors d’elle. Le moyen que je compte utiliser n’est pas figé, car rien dans le vivant n’est figé, c’est ce qui le distingue de la mort. Donc mon approche est que ces vérités existent et qu’il me reste à sentir les moyens qui me conduiront à elles, c’est ma praxis, mon éthique, ma pratique au sens zen-bouddhiste, mon hygiène de vie qui m’y a aidé.

L’Histoire humaine nous a bien trop souvent montré des approches nihilistes, qui condamnent la vie à l’instar d’un hermite ou d’un moine tibétain. D’une certaine façon, le cosmos des Grecs ne se met pas totalement en opposition par rapport au vivant même s’il se trompe sur la nature de l’Univers, et notre rôle dans tout cela. La thèse qui est souscrite d’emblée est que notre corps (et ceux des êtres qui nous entourent) est mortel, que le temps est donc précieux voire un ennemi, que notre esprit lui est supérieur, donc qu’il faut s’en détacher, se libérer et, par la même occasion, de tout ce qui est vivant puisque mortel donc imparfait. Si le vivant était immortel alors le vivant ne pourrait pas être puisque l’impermanence est une condition nécessaire au vivant pour exister. On a cru à tors que l’essence de l’être humain, définie par Jean-Jacques Rousseau comme dénaturé, avait la possibilité de transcender le vivant. Cet homme de l’intellect-seulement a été décrié avec raison par Nietzsche et, quelque part, la philosophie bouddhiste aussi lui a donné tors. Plus on s’élève dans l’intellect et plus on a besoin que notre corps soit ancré dans le vivant, dans la terre. Mais attention, ce n’est pas dans un souci de performance ou de cohérence.

La question que je me pose : suis-je simplement bouddhiste ?

20 mai 2010

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