Le temps a une durée infiniment limitée

Considérons la possibilité de prolonger la vie. Chaque moment de sommeil permettrait de vivre plus loin dans l’avenir, mais chaque moment de réveil ferait repartir l’horloge entamant à chaque fois le reste à vivre. Dès lors comment vivre plus loin dans l’avenir si pour cela la durée de chaque retour à la vie doit être raccourcie? Vivre dans l’instant présent exige de la durée pour se poser, respirer, s’imprégner. Vivre exige du temps. Pousser plus loin ne permet pas d’aller loin, mais en donne l’illusion.

Le matérialisme occidental est arrivé à son apogée. Notre vie est régie par l’intertainment sur le modèle américain comme s’il y avait urgence à ne pas perdre la moindre seconde. Du coup l’occidental a perdu de vue la maîtrise de son existence à force de jongler avec les réseaux et les devices qu’il possède. Le monde virtuel a pris une grande part de notre existence, il suffit de voir un possesseur d’iPhone déverrouillant et reverrouillant aussitôt son téléphone : la fonction la moins utilisée étant les appels téléphoniques mais, par contre, et de loin la plus utilisée étant le tactile, c’est-à-dire le doigt. Comme si l’ennui se définissait par ce geste, par ne plus avoir rien à y lire et rien à y faire, comme si le comble de l’agacement était l’absence de réseau 3G, comme si la panique était de ne plus avoir de batterie. Le matérialisme a pris  corps avec ces gadgets propulsés par internet.

Mais vous allez me rétorquer : qu’est-ce que cela à voir avec la prolongation artificielle de la vie? Au premier abord le parallèle ne paraît pas évident. En fait, il s’agit d’une vision macro comparée à un constat micro. Si prolonger la vie semble encore de la Science-Fiction, internet est une réalité d’aujourd’hui. Et si l’éternité est habituellement conceptualisée avec l’infiniment grand, à l’opposé l’infiniment petit est aussi une voie. Ainsi si l’on peut guère augmenter le nombre de jours d’existence, le nombre de nos week-ends, on peut remplir chacune de nos heures, de nos minutes. De ce côté-là, nous avons de la marge bien que l’infiniment petit conduit vers l’accélération et l’infiniment grand vers le ralentissement.

Cependant cette vision linéaire, bien que très juste arithmétiquement, n’est pas suffisante pour modéliser la réalité. La société occidentale a su créer un avatar virtuel avec force de talent et d’ingéniosité, hélas, drivé par le marketing roi. Mais il est force de constater que ce n’est pas suffisant pour vivre… heureux ou plutôt ce n’est pas satisfaisant, comme un goût d’ersatz. Et c’est là que l’on pense aux cycles. Ils sont plus naturels, car nous sommes soumis à de nombreux cycles que ce soit les saisons, les phases diurnes et nocturnes, les phases de la lune, les cycles menstruels… tous ces cycles s’imbriquent ou s’intersectionnent, tout l’univers bouge ainsi et non de façon linéaire. Ainsi une vie qu’elle soit courte ou longue reste une vie car la boucle est bouclée, malheur à celui qui ne parvient plus à refermer le cercle, il est comme un voyageur qui ne reviendrait plus rapporter ce qu’il a fait et ce qu’il a vu, un voyage sans retour, il aurait perdu son âme alors que, bien naïf, il croyait qu’elle n’existait pas.

14 mars 2010

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