La société de consommation sera-t-elle la dernière société de la décadence humaine depuis l’Eden ?

 »Un caractère moral s’attache aux scènes de l’automne : ces feuilles qui tombent comme nos ans, ces fleurs qui se fanent comme nos heures,  ces nuages qui fuient comme nos illusions, cette lumière qui s’affaiblit comme notre intelligence, ce soleil qui se refroidit comme nos amours, ces fleuves qui se glacent comme notre vie, ont des rapports secrets avec nos destinées », livre troisième, chapitre 11, des  »Mémoires d’outre-tombe » de Chateaubriand.

Que de mélancolie ! Time consuming ! Chateaubriand était un être prompt au malheur, au malheur d’autrui surtout, Lucile sa sœur, celle de ses quatre sœurs, la dernière, qui lui fut la plus proche ; le petit dernier et l’avant petite dernière ; le second garçon et la quatrième fille, deux destins totalement différents, l’un chevalier, l’autre esclave de la famille. Chateaubriand exècre les injustices, le crime. Il fut un farouche opposant. Hélas, sa sœur fut une cause, une injustice doublée d’un crime, perdue d’avance pour le jeune Chateaubriand.

Pour ce qui est de l’automne, la comparaison entre la saison et la vieillesse force l’admiration par sa pertinence. Avec mon esprit retors, je constate que différents pays, différentes saisons. Notre rapport au temps s’en trouve-t-il changé ? Est-ce que vivre sous les tropiques adoucirait la vieillesse ? Il semblerait que oui puisque nombreux sont les retraités qui vont dans le Sud, à la recherche de l’été éternel et peut-être du temps perdu, quoique cette suractivité des seniors fasse tout le contraire. Le temps file dès lors que l’on ne vit pas dans l’instant présent. Chateaubriand se complaisait quant à lui dans une suractivité à se remémorer et à écrire sur le passé :  »je m’arrêtais pour regarder cet homme [quelque laboureur] germé à l’ombre des épis parmi lesquels il devait être moissonné, et qui retournant la terre de sa tombe avec le soc de la charrue, mêlait ses sueurs brûlantes aux pluies glacées de l’automne : le sillon qu’il creusait était le monument destiné à lui survivre ».

Là aussi, l’auteur se complaît dans un narcissisme hélas que trop naturel.

Cette dernière citation, ou situation mêlant un souvenir dont la maturation interne chez Chateaubriand usant de la mélancolie comme une seconde peau a donné ce clair obscur qui m’a donné matière à penser. Usant mes propres problèmes, je pensais en transcrivant cette note à mon travail d’informaticien, aux sillons de code que mon clavier a tracé pendant ces dix dernières années à la BNP. D’ici à la fin de l’année, tout ce travail aura disparu, un an après mon départ. Mon nom et mon code seront avec un peu de chance enterré dans la gestion des versions de cette importante application que j’ai mené pendant toutes ces années.

Comme l’indique le calendrier Maya nous sommes dans les derniers cycles de l’accélération du temps. Visiblement les choses s’accélèrent réduisant leur pérennité. À l’époque de Chateaubriand un objet de grande utilité était transmis de père en fils tandis que nos jours il ne sert guère plus que quelques années.

La société de consommation sera-t-elle la dernière société de la décadence humaine depuis l’Eden ?

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