J’aime tout particulièrement les lundis matin

 »Si, d’après cette trop longue description, un peintre prenait son crayon, produirait-il une esquisse ressemblante au château ? Je ne le crois pas ; et cependant ma mémoire voit l’objet comme s’il était sous mes yeux ; telle est dans les choses matérielles l’impuissance de la parole et la puissance du souvenir ! », Chateaubriand, livre premier, chapitre 7, des  »Mémoires d’outre-tombe ».

Je l’ai écrit souvent dans mes notes à propos de la faiblesse du langage. C’est particulièrement vrai pour un exercice tel que la description d’un lieu pittoresque comme Combourg. C’est vrai que la peinture est mieux adaptée et se situe entre le travail de mémoire et de prise de vues, la photographie a supprimé l’un et le numérique l’autre, laissant pléthore d’images, supprimant la subjectivité de l’auteur. Du coup la description de Chateaubriand est bien plus intéressante qu’une de ces machines à saisir en quantité des clichés sans âme.

Livre deuxième, chapitre 2 :  »la mémoire est souvent la qualité de la sottise ; elle appartient généralement aux esprits lourds, qu’elle rend plus pesants par le bagage dont elle est surcharge… sans la mémoire… notre existence se réduirait aux moments successifs d’un présent qui s’écoule sans cesse… notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire ». J’allais réfuter cet avis pessimiste, comme il se doit d’un Dead Man, quand mon fils, Maximilien, dans sa lourdeur habituelle est venu opportunément me déranger. Comme moi, il a une bonne mémoire : J’ai appris par cœur tous les textes de Latin présentés au BAC de telle sorte que je savais mot pour mot traduire ces textes, incluant les fautes de frappe de la correction de mon professeur. L’illusion fut parfaite, j’ai eu 14 sur 20, alors que j’aurais été bien en peine de déchiffrer d’autres textes pris au hasard. Comme moi, il est pénible, donnant son avis sur tout, un vrai perroquet. Au final, la citation de Chateaubriand me fit rire comme beaucoup de ce que j’ai lu dans ses  »Mémoires de (ma) vie » en première partie. Il y a des brins de naïveté dans ses réflexions. Le peu que j’ai lu me fait penser que son penchant pour la mélancolie ramolli sa pensée : on pourrait dire que son bonheur il le trouve après une bonne dose de malheur, le moment de calme après la tempête, une absolution par avance pour un instant de bonheur dont il ne s’accorderait pas le droit sans cela. Après tout, ce serait un comble pour un mémorialiste de ne pas avoir de mémoire.

Citation de Montaigne tirée du chapitre 3, livre deuxième : « À mesure que la mémoire de mes privés amis leur fournit la chose entière, ils reculent si arrière leur narration que, si le conte est bon, ils en étouffent la bonté ; s’il ne l’est pas, vous êtes à maudire, ou l’heur de leur mémoire ou le malheur de leur jugement. J’ai vu des récits bien plaisants devenir très ennuyeux en la bouche d’un seigneur ».

Il est vrai que ce n’est pas en récitant des phrases toutes faites, lieux communs, citations ou idées empruntées à d’autres que l’on a de l’esprit, de la clairvoyance ou une vision profonde. Ne dit-on pas que la culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Personnellement, mes meilleurs traits me viennent en début de journée ou après une bonne journée de labeur ; l’esprit a continué à travailler tandis que la mémoire s’est mise au vert ou s’est focalisée sur un autre sujet. J’aime tout particulièrement les lundis matin.

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