Vaut mieux être regrettable que regretté

Le caractère définitif, posthume de regretté suffit amplement à m’en détourner. Alors que je préfère être en vie même si je suis regrettable aux yeux de certains. Après tout leur avis ne m’importe pas vraiment, n’est pas vital si j’ose dire.

Il est vrai, me semble-t-il, que l’on est regretté dès lors que l’on a vécu une longue vie ou du moins une durée normale. Si l’on n’est que regretté c’est qu’à part une nature bienveillante, on n’a pas apporté bien plus à l’humanité. Il est vrai que cela devrait être déjà bien suffisant pour une vie bien remplie et honorable. Pour ma part, notre vie est unique et, sans aller dans des excès, je ne tiens pas à gâcher cette chance ; le néant est bien pire que les petites douleurs de l’existence, bien pire que la mort.

À un niveau plus macro, on se doit de continuer la longue marche que l’humanité à commencer lorsqu’elle s’est mise fièrement debout. Alors levons-nous fièrement à notre tour !

L’urne funéraire contient de la poussière, c’est mieux que la pourriture du tombeau, la possibilité de se mélanger tout de suite avec notre monde natal. Les Romains avaient raison sur un point : il n’y a pas d’immortalité sur terre sinon vos actes pour la postérité. Le corps humain revient à la terre. Par le filtre étroit des préjugés et des mauvaises interprétations de la Bible (si le langage humain limite la pensée humaine que dire d’une pensée supérieure, divine), le bucher fut considéré comme païen alors qu’il facilitait la transition du corps vers sa terre natale.

Mais ce n’est pas seulement au moment de notre mort (ou plutôt juste après) qu’il faut penser à notre corps, le respecter. Ce serait comme faire un lègue important à mes fils après les avoir négligé toute ma vie. Encore que cette situation soit bien pire puisque le lègue serait une manière d’avoir une mainmise sur leur vie après la mort. La vie et ses paradoxes font là aussi de bonnes sources d’écriture. Se rejoignent en effet celui qui donne peu et celui qui leur donne trop en se rendant indispensable. Dans ces deux cas la personne regrettée est un bourreau. Je suis tout le contraire. Je préfère être regrettable sur le moment que regrettable ou pire dénué d’intérêt pour l’éternité une fois mon influence diluée dans le fleuve du temps.

Prenons Chateaubriand, à son époque pour beaucoup, de l’enfance jusqu’à la mort, il ne fut guère regretté, voire considéré regrettable :  »il est bien temps que je quitte un monde qui me quitte et que je ne regrette pas ». Il est devenu l’un des rares élus pour l’immortalité. Rares car les candidats sont rares ; Tous ceux qui veulent l’atteindre y arrivent, mais aucun d’eux vous envient vous qui vous engagez sur ce chemin.

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