Je sens mes ailes de poète pousser dans mon dos courbé par la nécessité

Jadis, adolescent, je me suis essayé à la poésie. Le défi des mots et des idées, les uns tordant les autres pour un objectif de cohérence et une finalité transcendant le texte lui-même, un concept, la Liberté par exemple. Je ne me cache pas un fond romantique moteur de mon impulsion poétique initiale.

Puis la prose a pris le dessus par nécessité, souci d’efficacité, puisque la forme ne contraint plus autant les idées, mais ne les élève pas non plus au-delà de ce qui est exprimé. Tout a un coût diraient certains. Je rajouterais que même réduire les coûts a un coût, sans préjuger quant à son efficacité, sa pertinence : le lâcher pris permet bien souvent de mieux se ressaisir alors qu’il permet surtout de passer à autre chose.

L’adolescence passée, la nécessité d’écrire est restée, un mélange de grandeur recherchée et de solitude intellectuelle, comme un croyant dans notre monde d’agnostiques, ne pas faire comme tout le monde et sentir inconsciemment que l’art se transforme en consommable, la photographie argentique en numérique, les livres en fichiers Pdf. Après quelques années de fausses pistes, ayant compris très vite que ce n’est qu’en écrivant que l’on devient écrivain, que cet effort doit être quotidien, que des formations, des ateliers d’écriture, ne sont pas un luxe inutile, que la lecture à son rythme et selon les rencontres des grands auteurs est indispensable, mon cerveau a mûri, s’est structuré. Certains parleront de style.

Ce que j’espère c’est que la fougue initiale est restée, transformée vers un objectif mieux cadré sur le chemin de l’impermanence, comme une improvisation jouée en Jazz, maîtrise et inventivité, la jouissance de l’artiste qui n’a pas ménagé ses efforts et peut enfin s’exprimer.

Alain parlait des jeux de hasard comme un moyen de passer outre la difficulté d’avoir à faire des choix, de remettre les décisions au hasard. L’artiste se trouve dans cet état. Mais là où le premier regrette parfois tout de suite et le plus souvent un jour ou l’autre de s’y être laissé entraîner, le second, quant à lui, y trouve son eldorado, sa source de jouvence, son renouveau. Posséder c’est s’exposer à la nécessité de faire des choix,  de prendre des décisions alors que l’artiste ne possède rien, ni lui-même. Il est à l’opposé du parvenu, son seul souhait est que la route sera longue. Les notions de profit et de rentabilité étant aux antipodes de ses préoccupations. Alors si la poésie peut apporter un supplément d’âme peut nous importe que le travail soit âpre. Si mon Palm peut me permettre en toute situation et sans perte de continuer mes notes alors peu m’importe que ce soit difficile.

Toutefois, écrire de la poésie pour moi tiendrait plutôt d’une manière de sublimer la pensée plutôt qu’écrire pour écrire. Je suis comme le souhaiter Sartre dans « Les mots », fantasme ou réalité, l’écrivain inconnu de tous, sans pression médiatique, libre de ses réalisations. Prenons Bernard Werber et ses « Fourmis » à épisodes. Il a sûrement pris du plaisir à les écrire mais sûrement moins que son « Encyclopédie du savoir absolu et relatif ». Certes, finaliser un projet est quelque chose d’essentiel pour la construction de notre égo mais la vie est courte, mieux vaut se concentrer sur l’essentiel que de construire des châteaux en Espagne.

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