« L’homme n’a pas une seule et même vie ; il en a plusieurs mises bout-à-bout, et c’est sa misère », Chateaubriand

« L’homme n’a pas une seule et même vie ; il en a plusieurs mises bout-à-bout, et c’est sa misère. », Chateaubriand (« Mémoires d’outre-tombe »), citation que je tire du « Livre des illusions » de Paul Auster en incipit de son roman.

En lisant cette phrase je fus touché par sa beauté avant de m’apercevoir que je l’avais mal lue, comme à mon habitude, transformant en l’écho qu’elle faisait en moi : « L’homme n’a qu’une seule et même vie : il en a plusieurs mises bout-à-bout, et c’est sa misère. »

Cette habitude que j’ai de créer mes univers, je l’avais déjà tout jeune lorsque ma sœur et moi jouions à des jeux dont je déformais les règles (Risk) par manque de rigueur, par esprit créatif. À l’école il en allait de même pour tout ce que j’apprenais. Du coup mes talents étaient fort peu utilisés puisque je n’entrais dans aucun programme éducatif ; L’éducation du génie créatif est trop coûteuse pour la production en série des bons élèves, futur force de la nation. Je trouvais plus tard ma voie dans l’informatique, non encore réglementée pour la productivité et le rapport qualité-prix.

Puis, je suis tombé sur une note du traducteur français du roman de Paul Auster nous livrant la traduction en anglais des « Mémoires d’outre-tombe » par David Zimmer (le personnage principal). Le fait de lire de l’Anglais m’obligea à déchiffrer, à décortiquer chaque mot et en faisant cela j’ai lu  »placed end to end », ce qui m’a heurté par rapport à  »mises bout-à-bout » : la version anglaise exprime factuellement une imbrication séquentielle de ces parties de vies tandis que la version de Chateaubriand est une comptabilisation in fine ne suggérant ni continuité ni séquentialité.

Pour exprimer au mieux ce que je veux dire, je vais reprendre la citation que j’avais commencé à faire évoluer puisque tout est évolution, intertextualité : « L’homme n’a qu’une seule et même vie ; il a plusieurs moments dans sa vie qui se croisent et qu’il met bout-à-bout, et c’est sa misère. »

Reste à savoir si c’est le fait de n’avoir qu’une seule et donc la nécessité de jongler avec des périodes différentes de celle-ci puisqu’il est impossible de remettre à plus tard ? ou bien si c’est de croire que ces moments sont à mettre bout-à-bout (comme mon métier d’informaticien et ma vocation d’écrivain) alors qu’ils opèrent en parallèle ?

Notre vie n’est ni linéaire ni à une seule dimension. Le temps n’est ni en abscisse ni en ordonnée. Ce n’est pas une quatrième dimension dont on ne pourrait aller que dans une seule dimension et à une vitesse constante. Je pense que si la nature ne nous a pas doté de montre, de mesure infaillible de son cours, c’est que le problème n’est pas si simple ou bien que nous ne sommes pas assez évolués. Le temps peut être dupliqué, accéléré, ralenti, discontinu. Prenez un ordinateur. Avec une seule cpu, chaque tâche voit son exécution séquencée dans le temps. Mettez plusieurs cpu ou cores et les tâches se parallélisent, interagissant en même temps. Nous avons des milliards de milliards de neurones…

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