Rien ne se fait tout seul en revanche tout ce qui est laissé à l’abandon finit dans l’oubli

« La politesse s’apprend comme la danse. Celui qui ne sait pas danser croit que le difficile est de connaître les règles de la danse et d’y conformer ses mouvements ; mais ce n’est que l’extérieur de la chose ; il faut arriver à danser sans raideur, sans trouble, et par conséquent sans peur. », Alain, page 187, débute ainsi le chapitre dont vous pourriez aisément deviner le titre « La politesse » qui sera suivi naturellement par le chapitre  »Savoir-vivre » dans « Propos sur le bonheur ».

Quel est le rapport entre la politesse ou le savoir-vivre et le bonheur ? Tout. Contrairement à la richesse, aux biens matériels, dont on dit que « l’argent ne fait pas le bonheur, mais qu’il y contribue ». Le bonheur tire sa source de la pratique et de la foi que l’on lui offre comme à un dieu païen. Et pratiquer le bonheur, cela ne se passe pas dans la tête, ce sont des actes, ce sont des gestes, ce sont des exercices physiques. La condition de bonheur passe par notre corps dont les mouvements valent les meilleurs remèdes et par nos actes puisqu’ils closent nos choix, nos doutes, nos indécisions ; Ce qui est fait est fait et n’est plus à faire.

La politesse combine cette maîtrise de notre corps et celle de nos actes en société mais aussi et surtout quand on est seul : on se reproche souvent sans le savoir de ne pas se respecter et par extension au sein du noyau familial. Il faut donc apprendre à savoir-vivre ce qui est une notion en désuétude de nos jours : cigarette, téléphone portable et autres dépendances. Comme on apprend à savoir-faire avant de faire et à savoir faire-faire avant de diriger d’autres personnes.

Page 188, « La démarche même des épaules rend impoli un acte poli. Trop de passion ; assurance cherchée ; force rassemblée. Les maîtres d’armes disent toujours : ‘Trop de force’ ; et l’escrime est une sorte de politesse, qui conduit aisément à toute politesse. Tout ce qui sent le brutal et l’emporté est impoli ; les signes suffisent ; la menace suffit… La force n’est pas contraire à la politesse ; elle l’orne ; c’est puissance sur puissance. »

On croit aujourd’hui qu’il faut courir et écraser ceux qui se retrouvent sur notre chemin pour réussir dans la vie : Albert Jacquard dénonçant l’incomplétude des idées de Darwin, note suivante, et redonnant ainsi du blason aux idées de Lamarck.

Le savoir-vivre se perd après la disparition de la politesse ces vingt dernières années. On optimise tout. On ne dit plus que ‘pardon’ pour signaler une gêne et prier vivement qu’elle soit supprimée sans tarder. C’est plus un ordre qu’une requête et encore moins une excuse car celui qui l’exprime ne souhaite pas attendre que l’autre le pardonne réellement, il n’a point le temps et il s’en moque au final. À la rigueur, je préfère le ‘sorry’ (désolé) des britanniques car on le sait hypocrite et ils ne s’en cachent pas. Dès lors quoi opposer à ces gens arrogants ? Comme toujours pour se battre il vaut apprendre d’abord. Et, je suis heureux qu’en matière de politesse il en va ainsi comme en escrime, d’ailleurs l’un et l’autre vont bien ensembles puisque en matière de combat ils enseignent comment toucher avec précision (cf plus loin dans le chapitre sur le savoir-vivre).

Page 189, « Car ce que l’on exprime, même sans le vouloir, il faut bien qu’à la fin on le ressente ». Alain embraye immédiatement sur le fanatisme, mais avant cela il y a nous, les personnes soi-disant innocentes comme vecteur du mal en popularisant des expressions discriminatrices ou haineuses, innocemment, vers des âmes plus fragiles qui s’en trouvent confortées bien qu’ayant l’âge de raison ou le statut d’adulte. À l’instar de la crise financière, on est tous coupables.

 »Ainsi le fanatisme serait un fruit de timidité ; une peur de ne pas bien soutenir ce que l’on croit ; enfin, comme la peur n’est guère supportée, une fureur contre soi et contre tous, qui communique une force redoutable aux opinions les plus incertaines. »

Je dirais les plus incertaines, les plus extrêmes. C’est ce qui arrive quand on n’y croit pas soi-même, on s’y enferre, l’avocat du diable. Rien à voir cependant avec le Docteur Faustus, qui est intelligence qui cherche la puissance jusqu’à l’excès, jusqu’à la damnation, l’usage de drogue, les vices et la folie.

En tout cas, c’est encore la preuve de la bêtise des extrêmes. Le fanatisme un suppôt de la timidité, sa version exacerbée, maladive. Comme un chien méchant qui montre ses crocs pour cacher sa peur.

« on comprend comment une tasse de thé tenue à la main civilise un homme. Le maître d’armes jugeait d’un tireur à la manière de faire tourner une cuiller dans une tasse de café, sans faire un mouvement de trop. », on en revient aux anglophones et à leur art du savoir-vivre porté jusqu’à l’excès. L’image ici est forte. Elle exprime maîtrise et concentration. Derrière cela il y a exercices (assouplissements, souffle, respiration, rythme biologique, équilibre) et beaucoup de patience et de persévérance, de travail. Rien ne se fait tout seul en revanche tout ce qui est laissé à l’abandon finit dans l’oubli.

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