Maintenant place à la vie

Je veux être incinéré. Quand j’étais plus jeune, je considérais cette… décision comme très curieuse, sortie d’un vieux Colombo, une fiction. Je suis très conformiste, bien élevé ; On enterre ses morts dans ma famille puis on va au cimetière, au moins en pensée.

Cependant, j’ai toujours eu peur de mourir et cette peur s’est toujours concrétisée par l’absence d’air. Plus que l’arrêt cardiaque, la mort est l’arrêt respiratoire.

La mort est aussi le froid, les cimetières ne sont pas un endroit très chaleureux. La mort est la dégénérescence du corps et la putréfaction est la méthode lente, avilissante.

Je ressens d’un seul coup en lisant « Le poète » de Michael Connelly comme une évidence. Il fait écho avec un grand sérieux à toutes ces séries policières (Xfiles, Les Experts, NCIS, …) qui vulgarisent l’autopsie et mettent le corps humain au rang de l’animal, de l’utilitaire, de l’ordinateur que l’on désosse.

Soudain quelques pages plus loin le héro (Jack) du roman déclare la même intention de sauver son corps veuf de son esprit des affres des cimetières.

Si, comme le déclament les athées, l’âme humaine est une invention. Alors une fois mort, notre corps est la seule chose qui reste de nous-mêmes. Dès lors un état laïc devrait protéger le corps humain, le cadavre, qui n’en reste pas moins un citoyen, des vicissitudes de l’autopsie.

Mais pour revenir à l’incinération, lorsque mon heure sera arrivée, lorsque mon tour viendra, je souhaite revenir à la poussière sans tarder, je souhaite une dispersion rapide. Conserver son corps le plus complet possible dans un tombeau est aussi vain que de s’accrocher à son trésor quand un volcan explose.

Une fois que la conscience a quitté notre corps, que la vie a cessé, que la dégénérescence des cellules est la seule voie possible, rendons hommage à notre corps et dispersons-le sur notre terre.

Je ne me sens pas spécialement rassuré par cette échéance inéluctable mais au moins j’ai pu décider quelque chose qui me soulage du poids que représente le cimetière.

Maintenant place à la vie.

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