Edgar mon frère, Poe mon pote

Une influence locale de mon dernier lieu de travail provisoire à la BNP. J’ai décidé de continuer un temps ma fonction de mercenaire pour les banques, prochainement CALYON.

Hier c’était mon pot de départ prévu à la fin de la semaine, le 16 janvier 2009, et j’ai orchestré mon cadeau sous forme d’un atelier d’écriture (un stage de quatre jours sur le récit policier) tandis que le matin sur mon trajet domicile-travail, Viroflay-Pont d’alma-Strasbourg saint Denis-Barbès Rochechouart je lisais  »Le Corbeau » d’Edgar Allan Poe puis sa philosophie de la composition dont j’en soulignais de nombreux passages.

Je retrouve comme avec Nietzsche des points communs avec ma propre démarche ou plutôt ma tournure d’esprit largement inspirée de l’intertextualité universelle ; J’ai souvenir d’avoir commencé la plupart de mes devoirs de philo en Terminale par la fin. D’ailleurs, je ne commence que si j’ai un finalité clairement définie mais pas aussi étudiée.

Poe et moi, nous avons de larges différences, mais, dans le passé, l’un de mes futurs possibles auraient bien pu se rapprocher de sa noirceur légendaire et rien ne m’autorise à dire que j’en suis désormais guéri.

Pour nous le prouver, je vais vous écrire  »La Colombe » en vous détaillant par le menu sa composition.

Bien sûr une colombe est aussi blanche qu’un corbeau est noir. Ensuite elle n’est pas capable de prononcer un seul mot contrairement au perroquet et au corbeau. Mais ce qui me motive est la réponse, l’antithèse.

Colombe en langue pœrienne se dit  »dove ». Love n’est pas loin et le poème de Poe est un poème d’amour qui ne veut pas dire son nom.

Comme je ne connais rien dans le codage de poème bien qu’étant plus jeune j’y ai joué un peu, à ma manière, autodidacte soutendu par l’imagination, je me livrerai à l’exercice de la plate prose (dixit le poète) mais il faudra respecter quelques consignes, quelques contraintes dirait Perec. La première sera de ne pas singer un poème (cf. Introduction de Baudelaire quant à la traduction du Corbeau, au demeurant seule et unique version en français du poème) tout en faisant court et concis :108 strophes donneront lieu à 4 pages de 25 lignes, ce sera un maximum.

Reste à définir l’effet recherché. Dois-je continuer à jouer à l’antithèse comme on attend généralement d’une réponse ? L’acquiescement n’a jamais motivé un texte qui aille au-delà de la simple note de 3 ou 4 lignes.

Blanc/noir, pessimisme/optimisme, poésie/prose, enfer ou paradis ? Je choisis l’enfer pour ne pas trop diverger du modèle, mais j’y intègre mes propres pathos qui sont la mort et le bonheur.

Nous vivons en occident, malgré la Crise Financière, une période faste, un âge d’or. Et je ressens au fond de moi ce décalage par rapport aux siècles passés. Cette sensibilité me vient de ma grand-mère qui avait vécu les privations de la guerre et, par amour pour elle, j’avais pris son parti me surprenant parfois encore de nos jours à avoir certaines réactions en décalage complet du parfait consommateur. Ce bonheur me fait peur. Peur car il y aura une fin ; Peur parce qu’il me détourne de l’écriture à cause de ses multiples tentations ; Peur parce qu’il nécessite des moyens, amasser de l’argent, travailler en tant que consultant ; Peur parce qu’une guerre peut tout effacer, la réalité balayant tout ce que ce joli monde virtuel a mis en place ; Peur parce que tout est fragile, « Tempête des sentiments » chante Callogero ; Peur parce qu’il a remplacé Dieu, la vie après la mort, l’espoir dans l’au-delà, l’urgence de réussir cette vie-là.

Je souhaite aussi montrer que le Beau dont Poe utilise comme pendant à la noirceur dans « Le Corbeau » peut être la source des tourments dans  »La Colombe ».

Je disais plus haut que la colombe ne parle pas (a priori de ma connaissance présente). Il faudra pourtant si je veux suivre la même technique de répétition et de crescendo de Poe que la réplique soit donnée au seul personnage de mon histoire sans aller vers le surnaturel ce qui appauvrirait l’effet final. Je pense à une schizophrénie induite par le stress de la vie quotidienne, par la multitude des choix et l’indécision que cela provoque, par les contraintes de la vie moderne. « Gagner assez (d’argent) pour vivre mais pas assez pour s’enfuir », chante Alain Souchon avec sa nonchalance très tendance d’une époque des abus, désabusée. Habituée au multimédia à outrance, droguée et blasée par la magie de l’High-Tech (je n’hésiterai pas devant ces anglicismes puis qu’ils sont omniprésents comme le Latin et par référence à Poe), le personnage ne prêtera d’attention spéciale au moyen de production de la répétition mais plus à l’écho qu’il fait à ses pensées. Pour éviter toutes ambiguïtés, il portera un ipod dont la couleur blanche du casque filaire servira de relai entre la colombe et lui. Sans oublier l’influence de la musique dans ma production littérature personnelle et qui donnera une voix à l’oiseau.

J’hésite un instant avec la mouette comme Tchekov.  »Le poète et la mouette » est une de mes blagues préférées. Plus sérieusement, la mouette est un rapace carnivore qui n’hésite pas à se repaître d’un cadavre qui flotterait entre deux eaux. De plus, l’oiseau est blanc tout étant plus imposant comme la description quasi comique du corbeau de Poe. Mais la colombe est un symbole qui peut servir pour la conclusion : La crainte de la mort ; Du retour au néant et non du repos car on ne peut pas parler de repos quand il est définitif ; De la perte de tout ce que l’on a durement amassé et pas seulement matériellement mais en connaissance, en compréhension, en compassion, le vide qui en résulte ; De l’inutilité de la vie même si l’un ne va pas sans l’autre ; La crainte de la mort… moins forte que le désarroi de l’échec, de la perte de l’être aimé, d’avoir raté sa vie, la perte du bonheur, de ce bonheur si chèrement payé. Voici ce que Beau et Bonheur font préférer de pire pour notre esprit. Coincé entre la perte de son vivant et la perte dans la mort.

Hier, Paul Auster passait à la TV en direct d’une émission de France 5. La perte de l’être cher pour le personnage principal est l’ingrédient obligatoire de tous ses romans. Il n’a jamais connu cela pour lui-même, cela a failli de peu deux fois (son fils à deux ans et sa fille plus tard lors des attentats du 11 septembre). Je pense qu’il vit au fond de lui dans cette crainte. Son témoignage me donne la clef tout en me rapprochant du poème de Poe. Le Beau, c’était le fils de son personnage,  »papa papa ! », et à notre époque être père est une implication bien plus grande qu’avant. La mort du fils est cette perte et sans Dieu il n’y a plus de recours.

Alors pourquoi mourir ? Une chose est certaine : On ne conçoit pas quelque chose d’important en un jour. Cela me renvoie à ma propre écriture. D’habitude, ayant les prémisses de fin puis de début, je me lance dans l’écriture sans procéder comme pour « La Colombe ». Je n’ai pas encore décidé si c’était mieux ou moins bien. Par contre c’est l’occasion d’essayer autre chose, cette fois-ci.

D’habitude, j’écris petit à petit. Introduisant les idées, les résultats de mes réflexions au fur et à mesure que les jours passent et au hasard des rencontres. Mais j’essaie de réduire au mieux cette phase pour ne pas perdre le souffle créatif. Puis, je pars dans des cycles d’itérations successives. Cette période est beaucoup plus longue et plus fructueuse. C’est comme partir par la fin et recommencer sans cesse.

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