Le bonheur n’est pas le fruit de la paix ; le bonheur c’est la paix même

« Le bonheur n’est pas le fruit de la paix ; le bonheur c’est la paix même. », page 150 de  »Propos sur le bonheur », Alain remet encore les choses à leur place en mai 1913 tandis que gronde les premiers orages de la première guerre mondiale. Ironie du sort, on en arrive à la fin de ses propos sur le bonheur que le monde, l’Europe, son monde, se dirige vers quatre années de conflits, de malheurs, qui vont faucher une génération changeant définitivement le monde, tournant la page des siècles passés, depuis la fin, la sortie, du moyen âge.

20 ans plus tard, ce monde pas tout à fait remis laissera un dictateur, un fou, ensanglanter à nouveau cette Europe meurtrie et permettra l’extension du mal pour aboutir à une guerre de l’ouest contre l’est. Il faudra ensuite attendre longtemps, les années 80, 1980, pour que le monde se restabilise en grande partie. Le petit livre d’Alain est entré dans l’Histoire au moment d’une grande tempête, au firmament du XIXème siècle. Il a été écrit pendant le calme qui précédait la tempête. Et quoique l’on en dise il n’y a pas que les moments troublés qui donnent naissance à des œuvres.

En ce qui me concerne, j’ai hérité de mes parents et de mes grands-parents d’une certaine crainte, d’un certain qui-vive qui me laisse présupposer à chaque instant de l’imminence d’une catastrophe. Par exemple quand j’achète un appartement, je me pose des questions sur sa viabilité en cas de guerre, de bombardement.

Je sais que pour beaucoup de concitoyens cette pensée ne leur effleure pas l’esprit et je ne leur donne pas tort. C’est une survivance du passé qui est resté en moi.

Je disais donc qu’Alain nous revient après ces périodes difficiles dans une époque en apparence dévolue au bonheur.

En effet, nous vivons une longue période de paix et de prospérité mais si j’interroge les personnes autour de moi le bonheur semble bien loin d’être à la hauteur. Est-ce la réaction de gosses trop gâtés par une vie trop facile où la seule préoccupation est la contingence matérielle ?  John Steinbeck a écrit :  »Une âme triste est plus mortelle qu’un germe ».

Notre monde est en paix. Le bonheur n’en tombe pas tout cuit dans notre bouche. C’est parce que les conflits ont changé de nature. Demandez à un ouvrier qui vient de subir un plan social, demandez à un immigré exploité dont on ne confie que les tâches ingrates. Le conflit mondial est toujours là, il n’a fait que de changer de sens, Nord-Sud, Haut-Bas, les alliances sont transnationales, les riches d’un côté les pauvres de l’autre. Et n’allez pas que les bombardements étaient pires ou au contraire les actes de violence ou de terrorisme sont pires. Dans la terreur nous ne devons pas donner de classement, car c’est donné de l’importance à l’inacceptable, à l’injustifiable, page 148 : « Il en est des guerres comme des passions. Un accès de colère n’est jamais explicable par les causes qu’on en donne pour le justifier, comme des intérêts contraires, des rivalités, des rancunes. »

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