Il n’est pas difficile d’être malheureux ; ce qui est difficile c’est d’être heureux

=> « Un torrent c’est toujours un torrent. Ainsi celui qui parcourt le monde à toute vitesse n’est guère plus riche de souvenirs à la fin qu’au commencement. La vraie richesse des spectacles est dans le détail. Voir, c’est parcourir les détails, s’arrêter un peu à chacun, et, de nouveau, saisir l’ensemble d’un seul coup d’œil… Pour mon goût, voyager c’est faire à la fois un mètre ou deux, s’arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses. », Alain pages 124 et suivante de « Propos sur le bonheur », il rejoint un peu ce qu’il disait à propos de la vitesse.

C’est l’un des principaux maux de notre société, à croire que l’on n’a retenu d’Alain qu’il vaut mieux s’occuper, détourner nos préoccupations de nous, que de cultiver un jardin intérieur et reclus, s’occuper à tout prix au rythme d’un monde de plus en plus performant.

Ce qu’enseigne Alain, ce sont des pistes sur le bonheur, des points de vue pour éviter de passer à côté. Alain n’enseigne pas les moyens de le garder à tout prix. Il dit que le bonheur est partout et qu’il est aussi simple que quelques pas de gymnastique, que quelques formules de politesse, qu’une partie de cartes. Il n’y a pas de règle si ce n’est des indications telles que le bon sens, la volonté et l’action, être en accord avec soi-même et accepter ce que nous sommes.

Un joueur de simulateur de vol ou autre jeu vidéo passe son temps, détourne son attention de lui-même. Il peut être heureux tant qu’il est en accord avec lui-même. Maintenant cet accord peut varier par moments (lorsqu’il se couche seul par exemple) ou bien avec le temps car rien n’est immuable.

L’homme marié avec deux enfants se sent bien et libéré de sa passion du jeu qui consumait jadis son temps. Parfois il a envie de jouer une partie.

Vivre en accord avec soi-même et avec son corps est une activité à plein temps.

Page 128,  »Il n’est pas difficile d’être malheureux ; ce qui est difficile c’est d’être heureux ; ce n’est pas une raison pour ne pas l’essayer ; au contraire, le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles. »

=> L’avenir donne raison. Prenez par exemple page 138 des « Propos sur le bonheur » où Alain reprend une idée de La Rochefoucauld :  »Nous avons toujours assez de force pour supporter les maux d’autrui ». On comprend parfaitement ce que voulait dire La Rochefoucauld : c’est quand même plus simple de consoler autrui que de se consoler soi-même.

Cependant, Alain avait déjà ressenti la force de l’interactivité des choses et des hommes. Et, très justement il écrit : « ce sont les autres qui me ramènent à moi  par leurs discours sur eux-mêmes… Et l’on doute si ceux qui font volontiers société avec le malheur ont plus d’attention à leurs propres maux… Ce moraliste ne fut que malin. Les maux d’autrui sont lourds à porter. »

Alain a eu raison de remettre un peu d’ordre dans cette déclaration hâtive. Car la réalité ne se contente pas de ce genre de réponse immédiate. La réalité a une complexité en pelure d’oignon.

Si Alain avait connu Thay, il aurait aussi appris que, dans certains cas ou cadres, les maux d’autrui peuvent être un remède pour mieux se comprendre, pour dire avec des mots ce que l’on ressent. Car exprimer c’est déjà guérir.

J’ajoute donc, avec cette présente note du 21 octobre 2008, une nouvelle pierre dans l’édifice de la civilisation. Personne n’a tort, tout le monde participe.

=>  »Les morts ne sont pas morts… Ils peuvent conseiller, vouloir, approuver, blâmer… Tout cela est bien vivant en nous. », Alain, page 143 de  »Propos sur le bonheur », il nous rappelle les notions d’interdépendance et de continuité que j’ai découvertes chez Thay.

Par contre ce qui suit est pour moi nouveau, un formidable apport d’Alain :  »Exister c’est répondre aux chocs du monde environnant ; c’est, plus d’une fois par jour, et plus d’une fois par heure, oublier ce qu’on a juré d’être… les morts veulent vivre ; ils veulent vivre en vous ; ils veulent que votre vie développe richement ce qu’ils ont voulu. »

Il ne faut pas voir dans cette déclaration une quelconque fatalité ou une morbide mainmise sur nos vies. Au contraire, c’est le plus grand soulagement que l’on puisse avoir : la continuité.

C’est un peu comme le sommeil qui nous régénère. On est autre. Et si ce n’est suffisant, faîtes un petit quelque chose de totalement dépaysant, une activité, un voyage (Thomas Mann). La vie n’est pas une ligne continue au sens géométrique mais continue au sens génétique ainsi que des influences, des interactions des hommes et des objets.

On comprend grâce à Alain que l’on réalise mieux nos grands desseins une fois morts plutôt que vivants.

Quand on vit, on souffre, on lutte, on agit et réagit, mais à aucun moment on sait estimer notre propre valeur, car on est en train de la construire. Une fois que l’on est mort, tout a été dit, tout ce qui était possible a été fait, on attend le verdict.

Entrez dans l’Histoire humaine, faîtes des enfants et/ou consacrez votre vie dans une grande œuvre, marquez votre temps. Faites tout cela avec patience, humilité et déraison, n’ayez pas d’objectifs ni de freins, écoutez-vous, votre corps, et agissez au mieux.

Même un homme qui ne ferait rien, qui ne parlerait jamais, qui vivrait éloigné des autres et des biens matériels. Même cet homme-là laisserait une trace de son passage dans la terre et dans l’esprit des autres même s’il était parfaitement ignoré de son vivant. Car vivre sur terre c’est participer.

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