J’ose penser que l’amour est infini, tandis que le temps que l’on peut y consacrer sur cette terre est trop limité

Ma femme me propose depuis que nous sommes installés à Versailles, après trois mois de travaux, que nous accueillions un nouvel enfant. Pendant quelques semaines elle envisageait l’adoption, maintenant elle envisage aussi la conception.

J’ai (puis nous) avons attendu longtemps l’arrivée de Maximilien, notre premier, et l’amour que nous avions l’un envers l’autre s’est recentré sur lui. De jeune couple nous sommes passés à jeunes parents. Vous remarquez le singulier de couple et le pluriel de parents, il est dans notre usage d’écriture comme il est dans la réalité. Un couple fait presque un alors que des parents font dans le cas idéal deux.

Nous avons investi du temps dans la diffusion de notre amour vers Maximilien. À l’arrivée d’Hadrien, il a fallu apprendre à partager. Dans le premier cas, la notion de partage n’a pratiquement pas existé car des parents ne partagent pas leur amour l’un envers l’autre mais il le redirige vers un être qui combine les caractères génétiques des deux personnes, l’aboutissement du couple et sa fin à la fois. De plus le temps consacré à l’enfant est, pour les mêmes raisons, toujours à trois même si l’un des deux parents est absent.

Avec deux enfants apparaît un autre phénomène, la comparaison. Inconsciente, elle trouve son origine dans l’impossibilité d’être à quatre comme on l’était tout le temps à trois. La compétition issue de l’instinct de survie et des motivations darwiniennes génère une lutte permanente pour accaparer les deux parents. Et, comme c’est le plus souvent impossible avec un bébé, faute de mieux ils se contentent d’un des deux parents qui se partagent volontiers à tour de rôle selon les besoins des enfants et de leur envie de changer. Ce changement permanent aboutit à la comparaison des deux enfants, à rechercher ce qui en lui vient de nous, puis de soi. Avec deux enfants, chacun a le sien. Le couple est bien loin, il s’est transformé en colocataires. Et le temps déjà limité se morcelle en quatre : Maximilien et moi, Hadrien et moi, mon épouse et moi, nous quatre.

Que dire alors de cinq ? Les combinaisons seront plus importantes, car il faudrait prendre en compte les combinaisons à deux puis à trois puis à quatre individus. De plus comme le nombre de parents ne peut s’accroître, tandis qu’il y a des possibilités qu’il se réduise lors d’un tel changement, d’une telle remise en cause. Chaque enfant ne pourra plus avoir un parent pour lui tout seul comme cela était possible à quatre. Les enfants devront non seulement apprendre à partager mais plus grave apprendre à être seuls. Et la victime idéale sera naturellement le plus agé car considéré injustement comme le plus mûr.

D’un côté cela pourrait faire du bien à Maximilien. Who knows ? La réponse n’est pas écrite puisqu’il s’agit d’avenir. Et c’est là que justement tout est possible, car cela ne dépend que de soi et la seule vraie question est : en ai-je le désir et la volonté qui va avec ?

Ma femme, hier soir sans connaître l’existence de la présente note, m’a apporté un éclairage important par le biais de la disponibilité des parents pour leurs enfants et la réceptivité de ces derniers. Il ne faut pas oublier comme le disait Françoise Dolto que les enfants ne sont pas que des tubes digestifs et ce même s’il ne s’agit pas seulement de nourriture biologique. Un enfant est un être pensant comme ses parents même si ses seules préoccupations sont tournées vers lui. Un enfant est un émetteur et un récepteur d’information et d’émotion. Et, comme ses parents, il y a des variations dans la performance de ses canaux d’échanges. À partir de là il faut savoir accepter des périodes plus ou moins bonnes de communications (crise de croissance, œdipe par exemple).

Lorsque l’on n’a qu’un seul enfant, les parents n’ont personne d’autre vers qui se retourner pour soulager leur besoin d’éduquer leurs enfants. Tandis qu’avec deux enfants, d’une part l’expérience accumulée est plus grande et d’autre part il existe de nombreux moyens de montrer à l’un des deux enfants comment l’autre se comporte en bien ou en mal. L’exercice répétitif (quand on en a fini avec un, on recommence avec l’autre) n’est pas de tout repos mais pour les parents comme pour les enfants le champ d’action et d’application est plus grand.

Alors avec trois enfants ? Là où la répétition avec deux avait quelque chose de nécessaire (donner un frère à Maximilien qui soit éduqué comme lui), les parents pourraient rompre avec leurs principes éducatifs en donnant un peu plus de lest (par laxisme ou par maturité), brisant le moule. Dans ce cas, la discussion est nécessaire avec les deux premiers enfants qui peuvent servir de modèles et leurs parents de modérateur.

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