C’est en effet le labeur de toute une vie de désapprendre ce que l’on nous a inculqué durant notre éducation

« Il est ordinaire que l’on ait plus de bonheur par l’imagination que par les biens réels. Cela vient de ce que, lorsque l’on a les biens réels, on croit que tout est dit, et l’on s’assied au lieu de courir. Il y a deux richesses ; celle qui laisse assis ennuie ; celle qui plaît est celle qui veut des projets encore et des travaux, comme est pour le paysan un champ qu’il convoitait, et dont il est enfin le maître ; car c’est la puissance qui plaît, non point la puissance au repos, mais la puissance en action. L’homme qui ne fait rien n’aime rien. », Alain, « Propos sur le bonheur », page 111, parle cette fois-ci des bienfaits de l’imagination, une arme à double tranchant si on se souvient de ses propos sur l’imagination et la peur, l’hypocondrie.

Désirer quelque chose et faire tout ce qui est nécessaire pour l’atteindre est une bonne chose mais là aussi dans une certaine mesure et pas applicable à tous et à toutes situations.

Alain apporte aussi une autre leçon : il est parfois bien difficile de ne pas mêler des notions importantes dans la mesure où une idée en amène une autre et que dans la pratique les choses ainsi. Alain, disais-je, nous donne aussi à penser sur nos richesses, sur nos biens, car quelque soit leur valeur, nous en avons tous, mais elles ne valent pas la valorisation qu’elles affichent. Ainsi tel enfant trouvera une multitude d’applications d’un jeu longtemps désiré et acquis grâce à ses bonnes actions tandis que tel autre délaissera au bout de quelques minutes un jouet reçu sans raison apparente. Le désir renforce l’imagination qui donne des possibilités d’action.

Mais là encore il est bon de se rappeler Thay :  »Se surestimer est une maladie, se sous-estimer en est une autre, mais s’estimer justement est aussi une maladie ». Ce paradoxe doit nous rappeler que rien n’est simple, que les bons conseils ne sont systématiquement nos meilleurs amis, que rien ne justifie une confiance aveugle d’où la nécessité de l’introspection, du retour à soi dans le ralentissement des fonctions vitales.

Depuis Alain, l’homme moderne vit dans une constante accumulation des statistiques, de comparatifs, d’analyses et d’avis scientifiques. Rien ne remplace notre propre jugement qui doit cependant être ouvert aux autres dont soi-même.

Alain intitulait un chapitre  »Vitesse » page 95 où il décriait l’avancée technologique des  »locomotives de l’ouest » quant au gain de temps illusoire pour la vie citadine de l’époque. La vitesse est une des maladies modernes qui éloigne l’homme de lui-même et qui favorise le stress. Mais n’oublions pas que ces petits pas en matière de chemin de fer ont contribué à la science et aux techniques de pointe. De nos jours le TGV relie Paris et Marseille en moins de trois heures. Cela peut sembler dérisoire, mais dans l’ensemble cela participe au progrès de l’humanité pour lequel nous donnons plus ou moins directement notre contribution, notre vie, nos espoirs. Il a fait le bonheur de nos pères.

Alain cite Aristote page 114 :  »Le signe du progrès véritable en toute action est le plaisir qu’on sait y prendre. ». C’est en effet imparable, mais sait-on réellement ce qui nous fait véritablement plaisir ou réalise-t-on les souhaits, les ordres, d’autres (parents, société, connaissances) ? C’est en effet le labeur de toute une vie de désapprendre ce que l’on nous a inculqué durant notre éducation.

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