La pensée d’un philosophe n’est pas figée, elle est un élan vers la pensée philosophique future, une pierre à l’édifice de la Civilisation

« La vie publique occupe l’homme et le détourne de cette oisiveté de complaisance, dans laquelle il n’est jamais naturel, quelque bon vouloir qu’il y mette. C’est pourquoi il y a toujours à craindre pour un ménage trop isolé… Ce sont des barques trop légères, trop mobiles au flot, sans lest. Et la sagesse par réflexion n’y peut pas grand-chose. C’est l’institution qui sauve le sentiment. », page 93 du « Propos sur le bonheur », Alain passe du couple à l’ennui car le second investit trop rapidement la place, sépare les amants de la veille.

« Percevoir et agir, voilà les vrais remèdes. Au contraire, si l’on tourne ses pouces, on tombera bientôt dans la crainte et dans le regret. La pensée est une espèce de jeu qui n’est pas toujours très sain. Communément on tourne sans avancer. » Et pourtant en écrivant ce qu’Alain déclare, en citant juste après Rousseau, me fait penser au Village des Pruniers, à Thay, à la consommation nocive, au ralentissement comme remède, à la méditation. Mais qui dit méditation ne dit pas inaction. Il ne s’agit pas de la même pensée dont parle Alain. La méditation est un acte de retour à soi dans un monde qui a décidément beaucoup changé depuis 1909. Cela ne signifie pas que les enseignements d’Alain sont devenus obsolètes, il ne faut pas s’arrêter au vocabulaire. À chaque période il y a un enrichissement tandis que certaines choses tombent dans l’oubli. La pensée d’un philosophe n’est pas figée, elle est un élan vers la pensée philosophique future, une pierre à l’édifice de la Civilisation.

Plus prosaïquement, la pensée d’un philosophe apparaît statuée dans ses livres. Au moment de sa rédaction, il en était tout autre : le maelstrom d’idées qui s’agitent, le moment de la journée (matin, soir), l’état de fatigue physique ou mentale, l’environnement, les histoires personnelles, la limitation du langage écrit et la rudesse de la construction grammaticale, et bien d’autres choses n’ont perçues sans une méditation régulière… Quand j’écris un mémo, je serais bien en veine si je pouvais parier sur son contenu malgré une propension à la rigueur, une persévérance. Souvent je ne peux pas le finir le temps du trajet domicile travail (30 minutes), entre  le matin et le soir les conditions ont changé, souvent c’est très bénéfique car j’ai eu le temps d’y repenser inconsciemment et d’évaluer certains événements de la journée par rapport à cela. Il faut avoir confiance en notre cerveau, comme d’autres organes (le foie) il ne s’arrête jamais.

Autre chose qu’Alain déclame et qui ne fait plus recette c’est la guerre : page 95, « Les guerres sont peut-être premièrement un remède à l’ennui. » On sait maintenant que certains remèdes peuvent être plus nocifs que le mal qu’ils guérissent. La guerre n’est pas plus un remède que la colère qui déborde dans un couple.

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