»En famille », Alain

 »La musique est même de tous les exemples le meilleur ; car elle ne se soutient, même dans le chant, que par volonté, et la grâce vient ensuite. », page 90 de « Propos sur le bonheur », Alain y entame une nouvelle partie que je classifierais dans les relations proches et intimes avec cependant une vision de la femme d’il y a un siècle donc archaïque. Le premier de ces chapitres est titré  »En famille ». Plus loin Alain conclut par « Le remède ? Fuir sa famille. Aller vivre au milieu d’indifférents, qui vous demanderont d’un air distrait : Comment vous portez-vous ? ». C’est ce que j’ai fait à 18 ans.

Ensuite il rétrécit le cercle en parlant du couple et de leurs seuls enfants : « Ainsi une mère, aux yeux de son enfant, ne pensera jamais à lui prouver qu’elle est une bonne mère… Un bon enfant doit donc s’attendre à être traité quelquefois sans façon… La politesse est pour les indifférents, et l’humeur, bonne ou mauvaise, est pour ceux que l’on aime bien. ». Autant vous dire que je ne partage pas du tout cette approche. Sans revenir au fouet, ma femme et moi appliquons le principe de politesse avec les enfants et dès deux ans ils savent dire ‘merci’ ou ‘s’il te plaît’. Il ne s’agit pas d’autoritarisme, mais je ne souhaite pas revivre les égarements de mon enfance mais cette fois-ci à la place de l’adulte. Ce qui est drôle c’est que mes parents sont sévères et rigides (comme tout parent) mais ils ont laissé faire ma sœur cadette qui a tiranisé notre noyau familial et briser les règles et l’harmonie existantes. Au final ce gain de liberté nous a conduit dans des conflits permanents qui auraient pu être gérés avec de la psychologie, car l’autorité n’est pas tenable sans un peu d’intelligence dès lors qu’elle se durcit face à la contestation d’enfants qui se rebellent. Ma femme, justement, m’apporte ce complément que je n’aurais pas su trouver tout seul. Mais, hélas, rien n’est parfait pour autant et je vous renvois à la phrase initiatrice de ce mémo. En effet Maximilien, mon premier, semble être ‘Over Excitable’ sur le plan intellectuel. Hier soir dans la voiture, nous avons échangé des questions/reformulations et des réponses sur la provenance de la buée sur les vitres et pourquoi la climatisation peut l’enlever. Il ne se contentait pas d’une réponse simple et incomplète. À presque 4 ans, il avait besoin d’une démonstration mathématique ou physique pas de quelques mots. Ce matin à l’école, il a fallu toute la force de la maîtresse et de son assistante pour l’arracher à corps et à cris à sa maman et moi… comme un enfant en crèche. La paternité de nos jours ne ressemble plus à celle de 1900, un nouveau chapitre est à écrire dans la continuité d’Alain.

Enfin vient le couple, noyau générateur de la famille, Alain s’attaque d’abord au mariage : « L’ordre familial c’est comme l’ordre du droit ; il ne se fait point tout seul ; il se fait et se conserve par volonté… le mariage doit être indissoluble au regard de la volonté. Par là on s’engage soi-même à le conserver bon, en calmant les tempêtes. Voilà l’utilité des serments. »

Sans doute avec le divorce qui s’est propagé tel un virus dans un XXème siècle très riche à tous niveaux, il est facile de comprendre au premier abord ce que nous enseigne Alain. Par contre, il faut savoir dépasser les prémisses que sont ici le mariage afin de l’appliquer aux situations nouvelles de vie en couple ; Ce n’est pas parce qu’une union est moins durable ou pérenne en termes de droit que l’investissement doit se faire plus rare. On pourrait dire : au contraire. Je dirais que les objectifs ne sont plus les mêmes, car les conditions ont changé. Désormais nous savons plus intimement ce que signifie réussir sa vie personnelle puisque l’individualisme a gagné du terrain et que, dans ce domaine, la politesse est redevenue mise si le couple veut durer : « J’ai déjà bien écrit sur la politesse, certainement sans la louer comme il le fallait. Et je ne dis point du tout que la politesse est un mensonge, bonne pour l’étranger ; je dis que plus les sentiments sont sincères et précieux, plus ils ont besoin de politesse. »

D’ailleurs Alain précise que lorsque l’on s’emporte on croit parler vrai tandis qu’au contraire on est victime de nos passions. Il enchaîne en nous mettant en garde sur les réactions immédiates.

À l’instar de beaucoup d’autres avancées sociales, le divorce a apporté une liberté qui nécessite une meilleure performance dans le couple au quotidien. Performance car on doit être sur ses gardes non seulement en société mais maintenant en plus dans l’intimité. Le laxisme doit être refoulé car pratiquer la politesse nécessite de la volonté tandis que les mauvaises paroles sortent trop souvent de notre bouche par l’énergie de l’habitude, qui joue dans les deux sens une fois acquise la politesse en tant que réflexe.

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