Retarder la fin de l’automne retarde le retour du printemps

 »Tu manques seulement d’humilité. La porte est étroite, et, comme la grenouille de la fable, tu te gonfles de tant de certitudes, de tant de désirs, de tant d’émotions, que tu ne peux pas la franchir », page 303 de  »L’Évangile du Serpent ».

Ce genre de sermon est à double tranchant. D’une part il exhorte la foule à garder sa place, humble et discrète, reniant son désir d’évolution qui doit passer par des moments d’exaltation que procurent les certitudes, les désirs et les émotions. D’autre part il rappelle au calme, à la prudence et à la retenue ce qui tombe juste dans un monde où l’on nous demande sans cesse de  »placer le curseur un peu plus haut », où le sensationnel est monnaie courante, où la progression de l’humanité ne doit se faire que dans la croissance.

« L’ADN est devenu l’enjeu majeur du XXIe siècle, le nouvel Eldorado. La science sait qu’elle tient là sa baguette magique, la possibilité d’allonger la durée de vie, de donner la jeunesse éternelle, de fabriquer des êtres génétiquement parfaits, d’égaler enfin, voire de le surpasser, son modèle divin, ce Dieu le Père qui créa l’homme à son image… Le rêve de ceux qui pensent que la mort est une fin. Le paradis de ceux qui refusent de raisonner en cycles. Le résultat de la vision d’un temps linéaire, unidirectionnel. L’aboutissement des dogmes. Un homme conditionné par la peur est attentif aux arguments des marchands du temple, des manipulateurs de la nature. La recherche forcenée du profit n’a pas d’autre explication, pas d’autre justification, que la peur. »

Est-ce que courir sous la pluie battante mouille plus ou au contraire moins ? Est-ce qu’aller vite, faire les choses plus rapidement, optimiser son temps, fait que notre vie est plus remplie, paraît plus longue ? Est-ce que chercher le meilleur, vouloir le meilleur, fait vivre mieux ? Est-ce que prolonger la fin en ayant raté la plus grande partie de sa vie dans des causes inutiles vaut la peine ?

Retarder la fin de l’automne retarde le retour du printemps.

Et si la peur vient se rajouter, gâchant les années qui restent et même parfois les années passées, alors à quoi bon prolonger cette existence ? Il vaut mieux gagner en qualité. C’est comme avoir un métier stressant et prendre des calmants qui bousillent un autre organe rajoutant au mieux de l’inconfort (surtout au départ) et augmentant indirectement la source de stress de cette activité malsaine. Il faut savoir lâcher-prise, se donner du mou pour regagner un état d’équilibre et oublier les objectifs de croissance, car la vie n’est pas compatible avec cette dernière. La croissance est un mouvement linéaire ascendant alors que la vie est faite de cycles. C’est pourquoi le plus souvent les actifs qui partent en retraite vivent mal ce nouveau départ, ce nouveau cycle, comme une rupture dans les objectifs de croissance fixés par leur emploi.

 »Les Occidentaux sont partis à la découverte de cette base de données par l’extérieur, parce qu’ils ont toujours vécu dans l’idée d’un dieu intervenant, dogmatique, d’un principe mâle, paternel. Les chamans l’ont exploré par l’intérieur, l’expérience individuelle, la connaissance intime de leur environnement. Les uns ont accusé la femme du jardin d’Eden et rejeté le concept de la déesse-mère pour isoler et disséquer les mécanismes du monde. Les autres n’ont jamais cessé de regarder la Terre comme leur nourricière, »

Il suffit de prendre comme exemple notre médecine. Elle est unique bien qu’universelle. Certains diraient qu’elle est scientifique a contrario des autres approches mais croyez-vous que la médecine chinoise ne soit pas une approche scientifique ? Toutes observations, classifications, minutieuses afin d’appliquer les traitements adéquats participe à la démarche scientifique et ce n’est pas parce que les autres médecines ne dissèquent pas les molécules qu’elles sont moins scientifiques.

La grande force des approches scientifiques occidentales réside dans la réutilisation des avancées de chacune et dans la mise à l’écart progressive des considérations religieuses. Par contre, comme le texte de Bordage le signale, la nature, la mère nourricière a été mise à l’écart de nos considérations éthiques comme le fait un jeune garçon vis-à-vis de sa mère, son support et sa chose. Ce viol collectif opéré depuis l’aube des sciences occidentales nous commençons à voir les effets négatifs et nous prenons conscience que notre extinction ne dépend pas seulement de l’usage de la bombe atomique mais de notre rapport avec notre environnement.

 »dans la Bible, le serpent apparaît en tant que tentateur et que la relation intuitive, naturelle, à la connaissance est de ce fait condamnée. La connaissance scientifique occidentale a domestiqué une infime partie de la puissance naturelle. Elle a parcouru pratiquement tout le cycle du feu, depuis les premières braises jusqu’à la fusion de l’atome. »

Il est clair que la religion a joué un grand rôle dans l’évolution de toutes les races humaines et civilisations qui en dérivent. Pierre Bordage dans son argumentaire veut faire un parallèle entre le serpent de la Bible, celui de l’ADN, l’approche diamétralement différente des chamans. L’Occident a urgemment besoin d’intégrer d’autres philosophies pour sa survie, ou au moins de ne plus les rejeter en les dévalorisant.

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2 commentaires pour Retarder la fin de l’automne retarde le retour du printemps

  1. jacques dit :

    L’Occcident est passé à coté de la vérité !

    L’Occident ,meme Laique refuse que le Christianisme n’est pas une Religion Européenne,mais Orientale et Africaine ?

    L’Occident ,meme Laique refuse que le Christianisme n’est pas ce qu’on nous présente ,comme textes venant de Jesus ?

    Il faut lire tout les textes ,et retourner aux sources ?

    Bref…………il y a du boulot ………..

    • bgn9000 dit :

      Trop vaste et à la fois trop spécifique comme quête, il vaut mieux s’interroger sur notre désir de Dieu, de divin, une quête de la sagesse, du salut en somme.
      Si d’aventure, Dieu n’existe pas alors pourquoi s’en priver si on a besoin de lui pour vivre et accepter notre sort ?
      Ceci est à titre perso.

      Maintenant, on peut à titre intellectuel réflechir ou lire. Je viens d’acheter « Socrate, Jésus, Bouddha » de Frédéric Lenoir.
      Qui a créé qui ? Dieu ou les hommes ?
      Ces questionnements même s’ils n’apportent pas de réponses immédiates contribuent aussi à notre santé mentale.

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