Pourquoi certains écrivent des romans au lieu de thèses

« Il avait participé à la mise en place d’une pensée hégémonique basée sur la division, la fragmentation, la vision d’un progrès mécanique et générateur de profits », « Évangile du Serpent » de Pierre Bordage. Cette notion d’une participation unitaire, atomique, comme les cellules de notre corps, était sous-jacente dans mes pensées avant qu’elles soient mises en lumière, formalisées, écrites par Bordage. Comment mieux enfermer quelqu’un en prison qu’en lui donnant le poste de gardien ? Il croit qu’il demeure libre alors qu’il est cerné de toutes parts (emploi, maison, consommation, …) suffisamment libre pour passer les grilles chaque jour mais pas suffisamment pour ne plus y revenir, pour fuir.

 »Mesurer, expliquer, fragmenter le monde revient à diviser pour régner. Et jamais notre monde n’a été aussi divisé ; ce sont maintenant les gènes que l’on isole, qu’on mélange, qu’on achète et qu’on vend sans tenir compte de la Création dans sa globalité, de la vision primordiale du temps. », j’ai trouvé au début très percutant cette prise de position. Maintenant j’en ressens les relents rétrogrades, le conservatisme qui dénonce le progrès et ses méfaits.

C’est la difficulté inhérente à toute prise de position. C’est aussi pourquoi certains écrivent des romans au lieu de thèses. D’une part, ce sont les personnages qui parlent et non l’auteur en direct qui garde confidentiel son opinion. D’autre part le roman est une mise en situation qui soutient les propos en leur imposant un contexte. Pour revenir à l’extrait de « L’Évangile du Serpent » cité plus haut. Je dirais qu’en tout progrès résident des risques, comme il y en a avec tout changement. La précipitation transforme ces risques en dangers réels. D’autre part, une systématisation de la pensée scientifique, sa prépondérance face à d’autres pensées est un appauvrissement de la pensée humaine mais aussi de la pensée scientifique, car elle se retrouve seule sur sa voie sans rien ne l’encourage à changer. En clair la diversité qui paraît être une division pour régner est au contraire une force et même une loi de la nature pour la survie de l’espèce.

 »Mais les marchands du temple ne prospèrent que parce qu’ils ont transformé leurs frères et leurs sœurs en clients, en consommateurs. Ils offrent l’abondance, la jeunesse éternelle, la satisfaction des sens. Ils proposent à chacun d’entrer de son vivant dans le paradis promis par les religions. Jadis les hommes achetaient leur immortalité par des rites, ou par une existence pieuse, et les prêtres, les spécialistes, les gardiens de la connaissance sacrée, les maintenaient dans leur ignorance afin d’assurer leur propre prospérité. Maintenant, maintenant que la science s’est élevée sur le socle des anciennes religions, les hommes espèrent accéder à l’immortalité par la manipulation des gènes… ».

Le fait est qu’il existe de nos jours des manipulateurs de gènes n’est ni moins ni plus choquant que ce que l’humanité a produit comme parasite depuis l’aube des temps. D’ailleurs la nature n’est pas en reste, elle a une créativité foisonnante qui va au-delà de la fleur des champs. Bien sûr, les gènes sont au cœur de chacun de nous et concernent aussi notre descendance. De plus entre les OGM et les virus de laboratoire on a de quoi faire sauter la planète comme du temps de la guerre froide et la course vers la maîtrise de l’atome. Les impacts sont de plus en plus importants tandis que la science progresse vers la connaissance dont on subodore la petitesse au vu des mystères qui se révèlent en parallèle de ces avancées. Des catastrophes sont envisageables et quasiment certaines dans l’avenir, mais ce n’est pas une raison de rester calfeutrer chez soi.

Je disais donc les manipulateurs de gènes sont des mécréants comme on en produit tout le temps, voire à chaque instant :  »L’Évangile du Serpent » : « Nous nous livrons quotidiennement à toutes sortes d’injustices, des menues faiblesses qui sur le coup paraissent insignifiantes… Et pourtant, elles grossissent inlassablement le cours d’un fleuve qui finit par déborder, sous la forme nazie ou sous tout un tas d’autres formes. »

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