»Moins vous posséderez, plus vous serez riches », Pierre Bordage

 »Moins vous posséderez, plus vous serez riches, et plus vos frères et vos sœurs du serpent double seront riches… Ceux qui refusent de la partager avec leurs frères et leurs sœurs du serpent double, ceux-là entraînent l’ensemble de l’humanité sur le chemin de la pauvreté. Vouloir posséder une partie de quelque chose qui nous est donné dans son entier revient à tarir peu à peu la source. », Pierre Bordage dans  »L’Évangile du Serpent ». L’accumulation de richesse, la consommation à outrance qui soutient notre économie de marché est un fléau pour l’humanité cantonnée sur notre unique planète. Si l’avenir nous donne d’autres lieux de récolte de ressources avant la disparition de nos possibilités actuelles et un long auto-étouffement, nous y verrons sûrement plus clair. Pour l’heure cette attitude de possession pourrait signifier la fin de l’homme et  de ses rêves glorieux dans l’univers.

Par ailleurs, ce message me touche plus personnellement.

Alors que je vois mes réserves d’énergie s’épuiser et fondre peu à peu vers le néant. Tandis que mes moyens financiers grossissent. La peur de lâcher la poule aux œufs d’or, la vache à lait, mon expérience construite à force de persévérance. J’hésite à me lancer en vain dans l’écriture, à l’exclusion toute autre motivation ou nécessité, au lieu de l’entretenir tel que je le fais de loin en loin, à l’occasion. J’hésite à commencer cette autre vie que j’espère vivre depuis tant d’années. Est-ce la peur ?

 »Tous, autour de cette table, nous sommes sous perfusion économique. Nous dépendons de structures, qui elles-mêmes dépendent de, etc., etc. Quelle confiance voulez-vous accorder à des individus ou à des groupes d’individus piégés par des structures ? »

 »Ils ont bâti toute leur existence sur l’idée de la possession, ils se sont à ce point identifiés à leurs richesses, à leur avoir, à leur paraître, qu’ils ne peuvent même pas supporter l’idée de la générosité infinie de leur Mère céleste. Ils cesseraient de se sentir puissants sans les subalternes et les moins que rien en dessous d’eux, ils cesseraient de se sentir privilégiés sans les malheureux parmi eux. »

Ainsi en va-t-il de chacun de nous. Ainsi naît la peur de lâcher tout cela. Ainsi nous restons prisonniers de nous-mêmes comme des chercheurs d’or mais avec le confort en plus. Les objets autour de nous sont la représentation de cette servitude. Ils encombrent nos espaces vitaux qu’ils réduisent, savent se rendre indispensables avant qu’on les achète puis rechignent à accomplir leur usage, leur destination, ils polluent nos vies et l’environnement un fois jettés. Et dire que l’on travaille pour les acheter, que l’on y sacrifie nos rêves.

Et puis comme le signale Pierre Bordage il y a les pauvres. Salauds de pauvres comme le disaient certains comiques. Une confusion existe entre la pauvreté, le dénuement à cause d’un manque de ressources (famine, assèchement des sols, …) et le risque de se retrouver à leur place. Un pauvre dans un pays riche comme le nôtre à moins d’être ‘sans-papiers’ ou malade psychologiquement ne devrait pas se retrouver sans nourriture, sans hébergement. Le risque individuel est infime, mais un engouement de masse serait une catastrophe nationale. C’est pourquoi le spectre de la pauvreté le plus souvent associé au passé, crise de 29, grande famine historique, permet de garder nos esprits dans les rangs de la nécessité économique, de protéger nos intérêts communs (tous corrompus, tous collabos).

Désormais, l’appartement familial payé et une bonne partie de l’appartement locatif, je ne devrais plus avoir de freins. Cependant une petite voix me serine gentiment d’attendre encore quelques années tandis que mon corps multiple les alertes. Dilemme ou simplement manque de courage ? À moins que ce soit la peur de découvrir que le rêve ne restera qu’un rêve, que je ne suis pas fait pour cela. La peur de la vérité.

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