Passé, avenir et présent dans  »L’Évangile du Serpent »

Le passé est jugement, l’avenir repose sur des souhaits qui jugeront plus tard le présent, seul le moment présent est liberté. Pierre Bordage dans  »L’Évangile du Serpent », livre de maturité après « Les guerriers du silence » déjà révélateur bien que plus naïf donc pur :  »Le présent ne juge pas, car il n’a pas d’autre référence que son propre mouvement. Le passé juge, et la projection dans le futur engendre des désirs, des déceptions, des décalages qui préparent le jugement. »

Bien sûr nombreux sont ceux qui s’élèvent contre ce procès d’intention fait à l’Histoire, l’histoire de l’humanité dont les événements sont un grand enseignement dans la plupart des cas. Certes, le passé comme source d’enseignement comme la psychanalyse ou la sociologie sont des outils très utiles mais  »la pire des tricheries, celle qui pousse à se berner soi-même » est une erreur intemporelle. Se focaliser sur un outil en oubliant le reste, le monde autour de nous, est une tricherie. Regarder en arrière signifie ne pas voir ce qui se passe à côté de nous, voire juste devant, c’est un risque d’accident.

À force de regarder d’avant en arrière, on se trouve dans la situation décrite par Pierre Bordage :  »Ce genre de pensée masquait un réflexe de supériorité, un sentiment d’appartenance à l’élite, la pire de toutes, l’intellectuelle, la cynique, celle qui figure avoir des idées et des réponses sur tout, celle qui se dresse, le flambeau à la main, pour dessiller les yeux de ces masses dont elle se gausse. »

Et si ce n’était pas suffisant Pierre Bordage enfonce le clou :  »Quelle folie que de vouloir s’attacher aux réalisations humaines ! Elles étaient toutes appelées à disparaître. Les conquérants, les bâtisseurs n’avaient laissé derrière eux que des ruines et des fleuves de souffrance qui n’étaient pas encore asséchés… Et celle-ci, la plus orgueilleuse, la plus insensée de toutes, celle que l’homme qualifiait de moderne, de progressiste, d’ultime, n’échapperait pas à la règle. »

En effet si le passé ne sert qu’à nous conforter dans notre position et l’avenir justifiant nos actes présents, c’est ainsi que l’on commet un pêché d’orgueil et que l’on s’oublie, que l’on se sacrifie pour des parasites :  »La création et l’entretien de dépendances, monsieur. Votre journal, par exemple, n’est nullement indispensable à la vie, vous n’avez donc pas d’autre choix que de créer et d’entretenir des dépendances. C’est la définition même des organismes parasites… Une entité qui n’a aucune justification vitale, dont la seule obsession est de survivre. »

La croissance crée les parasites. Une société tournée vers l’avenir qui n’a plus d’autres réactions face aux événements du moment présent que la spéculation, qu’à parier sur la consommation des ménages, qu’à réduire les coûts et à maintenir l’illusion de la reprise économique comme si tout n’avait pas déjà été fait, essayé, envisagé. Une société qui brandit le spectre du passé, les atrocités bien entendu, comme seul et unique adversaire rescapé de son hégémonie établie. L’exploitation de l’homme par l’homme est une valeur sûre de tout temps, c’est génétique.

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