»L’Évangile du Serpent » de Pierre Bordage

 »L’Évangile du Serpent » de Pierre Bordage aurait bien pu être le genre de livre que j’aurais bien aimé  écrire. En fait, j’avoue que j’envie Pierre Bordage.  J’apprécie le plus souvent ce qu’il écrit (science-fiction teintée d’orientalisme, d’une vision antioccidentale, normée par les sciences de Newton et de Kant (pris au hasard). Ici, il signe un très intéressant roman qui n’est pas de la Science Fiction et qui traite de thèmes proches de l’enseignement de Thay. Bien sûr, je trouve des choses qui me plaisent moins mais au final c’est du détail, mon ego est touché.

« L’évangile du Serpent » est un titre provocateur (le serpent a une place particulière dans le premier testament) et superbe à la fois quand on lit le roman (les deux serpents, la double hélice de l’ADN). Rien que le titre donne un intérêt au roman. La structure du roman n’est pas originale, car elle élabore la trame autour de cinq personnages. C’est à la fois prenant et lent. D’ailleurs cela permet à son auteur de diluer en deux romans au lieu d’un seul plus efficace mais moins rentable (sûrement la raison de la concession de l’éditeur à son auteur-vedette de sortir de son fonds de commerce : la SF). Le roman est techniquement parfait. Il dénonce des choses très importantes qui devraient soulever beaucoup plus de débats que la vie privée d’un président. Alors pourquoi passe-t-il inaperçu ? même s’il est noyé dans un tel bruit de fond, le bouche-à-oreille fait encore peur au plus grande société de communication. L’homme est peut-être influençable, il n’est pas dupe au plus profond de lui.

Je pense que la réponse vient de deux choses : ce n’est pas le moment, c’est une écriture balzacienne.

Alain Robbe-Grillet dans ses mémoires (« Préface à une vie d’écrivain ») m’a révélé que le doute était permis. Bien mieux, le doute est sain. Je dirais le doute est vital. Pierre Bordage écrit sans la moindre parcelle de doute. Un auteur de Science Fiction fait de même pour appuyer l’authenticité de ses dires que l’on sait nous, lecteurs, tirés de sa seule imagination. Pierre Bordage écrit un roman qui n’est pas de la Science Fiction de la même manière qu’il a écrit ses autres romans de Science Fiction. D’ailleurs à partir de 500 pages, on quitte peu à peu le réel pour aller au-delà.

La force du roman réside dans l’humain que Pierre Bordage sait rendre si vivant, voire un peu trop crue à mon goût. Des moments d’émotion très forts ponctuent son texte. Ce qui pêche c’est son assurance des choses de la vie qui ne laisse pas d’autres choix qu’une lecture passive, sans effort, à un seul niveau. C’est la stratégie du documentaire télévisuel où le journaliste prend un ton de certitude pour appuyer ses révélations. Balzac n’est pas loin. Merci Monsieur Robbe-Grillet, je pensais écouter avec vos préfaces radiophoniques le résumé, la conclusion d’une vie d’écrivain avec ses trucs et astuces alors que j’entendais et je continue d’entendre la préface de ma vie d’écrivain, d’homme de sciences à homme de sciences, d’artiste à artiste démontrant ce qu’il n’a pas de théories, la nécessité de faire part le peu que l’on maîtrise en ce bas monde. Je suis heureux que Pierre Bordage ait écrit ce livre, un peu pour lui car c’est une très belle histoire qui lui a imposé d’aller au-delà de ses habitudes, beaucoup pour moi car ce qui est fait n’est plus à faire. Je fais l’économie de ce roman et je réserve mes forces pour aller au delà, bien au delà dans le tourbillon d’une vie apparemment rangée.

Publicités
Cet article, publié dans Littérature, Notes, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s