Digressions… suite

=> Dans la vie on dit beaucoup de conneries, j’ai décidé d’en écrire… Qui sait peut-être que quelqu’un les lira et contre toute attente les trouvera dignes d’intérêt.

Le monde que nous connaissons en février 2008 est ainsi fait, bâti par l’humain, loin très loin d’être parfait, complet, omniscient. Et on crie au génie dès que l’on croise quelqu’un qui a deux coups d’avance sur soi.

Notre monde n’est pas beau à voir avec les ‘yeux’ d’un extraterrestre.

Les choses ne s’améliorent ni ne s’empirent, elles ne font que changer.

Quelle piètre réputation nous pourrions avoir dans l’Univers si tant est que notre système solaire insignifiant et isolé ait attiré un visiteur.

Alors, dans ce contexte, je n’ai pas trop honte de mes conneries grattées sur mon Palm. Même inutiles ou oubliées, elles ne valent pas moins que le reste.

Pure coïncidence, nous sommes le lendemain de ce qui précède plus haut dans ce mémo, et voilà qu’hier soir dans ma boîte aux lettres j’ai trouvé deux courriers du Prix Pégase 2008, deux réponses négatives sans autre explication que le succès grandissant du concours avec plus de 300 textes en lice sans oublier leur très bonne facture. Je suis triste. Rebondir…

Quelle sorte de malchance empêche le monde de connaître mes textes ? Quel ange gardien veille sur la pureté de mon âme ? Ne pas enlever mes chaînes de manière artificielle comme le ferait une renommée soudaine. Me laisser me construire jusqu’au bout. Qui sait devrais-je tout emporter dans la tombe et telle la momie découverte des millénaires plus tard éclairer le monde de ma sagesse. Pauvre fou.

=> Rupture. Cette année 2008 est sous le signe du changement. Nous avons une prédilection pour les années paires, 2000 aménagement dans notre premier appartement, 2002 mariage, 2004 naissance de Maximilien, 2006 naissance d’Hadrien, et 2008 vente de l’appartement pour s’installer dans un plus grand à Versailles. Seulement voilà alors que notre quotidien vit des heures intenses, et que plane même l’ombre d’une possible expatriation à Hong Kong, il couve au sein de notre couple un vent de rupture.

La fatigue, l’appartement trop petit, 13 années de vie commune, la monotonie blessante jusqu’au fond de notre chair, je ne saurais désigner un coupable. Le spectre de deux caractères forts aux signes astrologiques incompatibles (rat-cheval, Scorpion-Verseaux) résonne à chaque fois dans ma tête quand les crises éclatent.

Elle :  »Tu es allé trop loin cette fois ! Ce que tu as dit ce n’était pas des reproches sur la forme, car je sais que de ce point de vue-là j’ai beaucoup à améliorer. Non, tu as attaqué le fond et là je ne te le pardonnerais jamais. »

Lui (in petto) : « La forme c’est justement le fond du problème. »

Je ne souhaite pas revenir ici sur ces événements, pas tout de suite. Dans une rupture (même si elle n’est pas comme ici prononcée) personne n’est gagnant, personne n’a raison.

Ce qui en revanche justifie cette note, c’est cette pensée formulée à voix basse sous forme de prise de conscience : La forme est le fond du problème. Ne serait-ce pas ce qui touche notre société ? Plus d’esclavage, plus de dictatures, plus de véritable ennemi, de grandes causes, d’idéologies, … À la place des oppositions, des menaces noyées dans la masse comme le terrorisme, l’environnement, les virus, …

Le fond, le tangible, nos racines, tout cela enfoui sous les emails, sous un raz-de-marée de nouvelles formes technologiques où l’homme croit devenir dieu en vendant son âme au diable.

Rupture. Comment exprimer la rupture entre le passé et notre époque. J’aurais un faible pour la téléphonie cellulaire puisque mon amour est fortement lié à cette branche des télécoms. Le téléphone portable a libéré l’homme plus que n’importe quelle technologie même internet qui a besoin d’un support et dont le téléphone portable est l’ultime mobilité, l’ultime accessibilité. Le téléphone portable a changé les civilités, les habitudes, le langage.

Rupture, rien ne sera jamais pareil. En extrapolant, même immortel on ne serait pas immuable. La continuité dans le changement est la seule certitude que l’on peut espérer. Piètre consolation quand on veut croire à un amour éternel, pour le meilleur et pour le pire. Qu’en est-il de Dieu ?

Rupture, elle est assise à côté de moi. Rien ne sera comme avant. Continuer pour les enfants. Finies coopération intuitive, communication quasi télépathique, regards amoureux. Faire place à la diplomatie au quotidien. Nouvelle étape dans la vie.

=> Processus de pensée. Le magazine Sciences Humaines a édité un numéro spécial : « Les grandes questions de la Philosophie ». Parmi ceux-ci le thème évoqué plus haut. La thèse principale est de séparer le langage de la pensée en y préférant les images mentales. L’exemple des sourds-muets est pris, le témoignage d’Einstein aussi. Et moi de m’exclamer :  »Et les aveugles alors ? ». On croit décidément que tout s’explique avec des images. À notre image, une civilisation occidentale qui en oublie peu à peu les autres sens.

Images, sons, odeurs, toucher sont des interfaces de base avec ce qui nous entoure. Le langage est un codage civilisé de ces entrées/sorties au même titre que la peinture, la photographie et la musique.

La pensée est un processus sous-jacent qui nous échappe le plus souvent puisque l’on est accaparé par les tâches de haut niveau : communication, analyse, jugement, paraître…

On peut donc penser sans langage et sans image. Au même titre que l’on peut raisonner sur un concept dont on n’a pas attribué de nom, ou sur une chose que l’on n’a jamais vue, ou que l’on peut s’exprimer en Anglais sans traduction au préalable du Français vers l’Anglais. Il suffit de désapprendre. N’était-ce pas la thèse soutenue par Isaac Asimov avec sa Seconde Fondation ? La télépathie selon lui passait par le désapprentissage de la pensée avec le langage.

Les processus de pensée sont si complexes, faisant intervenir tellement de spécialités scientifiques que je doute que la Philosophie soit à même d’y répondre seule même avec son statut de Science des sciences.

=> « Les hommes sont ainsi faits qu’ils préfèrent parier sur l’espoir plutôt que spéculer sur le néant », magazine Sciences Humaines, « Les grandes questions de la Philosophie ».

Autre citation :  »L’histoire a-t-elle encore un sens depuis la fin des grandes idéologies ? Comment penser le destin humain dans nos sociétés individualistes basées tant sur le consumérisme que sur une recherche de plus en plus manifeste d’épanouissement personnel ? ».

Quand on constate que même pour assurer le bon fonctionnement des institutions de notre pays l’état a recours à la publicité (le vote par exemple) alliant réflexe conditionné et bon sens à caractère performance personnelle ( »ma voix aura le dernier mot ») réfutant la faible utilité de se déplacer pour voter au regard de l’influence individuelle du vote. L’égo est ici recherché, galvanisé vers un objectif de masse (taux de participation).

Woody Allen : « Je m’intéresse à l’avenir car c’est là que j’ai choisi de passer mes derniers jours. »

Aller de l’avant, que ce soit pour le progrès ou par conviction religieuse, est une nécessité liée à la survie, à la lutte des espèces. Désormais la lutte ne se fait plus au niveau de l’individu depuis que nous sommes l’espèce largement la plus forte de notre monde et surtout depuis la globalisation de nos économies, de nos nations. Cette course en avant passe par l’accroissement de notre potentiel et de nos compétences, passe aussi par un modèle social où consommer est un devoir sinon un exutoire allant jusqu’à mener certains individus au vol… non lucratif.

=> Manger cinq fruits ou légumes par jour. Manger et bouger. Pour votre santé consommer mieux, dépenser mieux. Le credo du riche, d’une société consumériste, ego-consumériste, je consomme donc je suis. Je suis donc je m’épanouis. Devant l’inutilité de l’existence (mort de Dieu), reste l’optimisation de ce laps de temps accordé au petit bonheur d’une nature incohérente. Nous sommes ses pions dans l’échiquier Blancs-Néant. Des puissances supérieures nous dépassent, mais ces puissances n’ont pas de conscience. Nous avons été dotés de conscience, de ce pouvoir fatal.

=> « Il arrive que l’on puisse mieux nourrir ses angoisses que ses enfants », on croirait une citation de Dolto ou autre pédopsychiatre. N’en croyez rien, il s’agit d’une publicité du Secours Catholique pour « Être près de ceux qui sont loin de tout ».

Culpabilisation, vade retro. Nourrir et angoisses. Continuer à s’empiffrer si possible avec des fruits et des légumes tout en tendant une aumône en guise de cure, de développement personnel. Faites-vous du bien en leur donnant un petit rien. C’est l’esprit du Secours Catholique ? IL a donné sa vie pour nos pêchés. Esprit de partage. C’est louable en soi. Comme il est louable de toucher tout un chacun pour le salut d’autrui. Il n’en reste pas moins que nous sommes sollicités de toutes parts. Que c’est difficile d’être riches…

Et Thay : « Il n’y a pas de liberté sans responsabilité ». Il faut assumer ce bonheur que l’on n’a pas choisi pour qu’il perdure. Les gardiens de prison restent plus longtemps que la plupart de leurs pensionnaires. Mais Thay veut aller plus loin, la responsabilité est le remède aux maux qu’engendre la liberté. À l’instar d’un pouvoir maléfice, la liberté pervertit. Elle consume ceux qui l’idolâtrent. La responsabilité est ce contre-pouvoir qui remet les choses à leur place, qui régularise les frictions de toutes les libertés individuelles qui se croisent inévitablement dans une société urbaine.    »Je pense donc je suis », la pensée est responsabilité, l’être est par essence liberté. Même si l’être a besoin des autres, d’une société organisée. Alors il doit composer entre sa nature et sa raison.

=> Réalité et virtuel. Nous sommes dans une société de l’image (le son étant du bruit, l’odorat et le toucher des extensions de notre pouvoir de consommateur). Avec les nouvelles technologies (notion mercantile qui me fait sourire), le virtuel prend une place croissante dans notre vie que ce soit en images externes (TV, ordinateur, cinéma, jeux vidéo, publicités, look, …) ou internes (quand on parle avec un téléphone portable, internet, …). En contrepartie, la réalité est mise en avant comme un argument de vente.

Autre point de vue, Didier Daeninckx auteur de « Camarades de classe » que je viens d’entendre à l’instant à la radio FM dans le TGV qui me propulse vers Montpellier alors que j’aimerais que ce voyage ne finisse jamais tant je suis enfin seul avec mon Palm et mes oreillettes. Autre point de vue, dis-je, selon lequel Internet qui prône l’anonymat propose avec autant de facilité (dans la démarche seulement) de moyens de rencontre et de transparence (Copains d’avant, LinkedIn, …). Désormais il est plus simple d’aller googleliser quelqu’un plutôt que de lui poser des questions.

De plus, Didier Daeninckx a sa propre formule : « Devoir de mémoire, Droit à l’oubli ». Il est vrai que mon Palm me permet de noter des idées pour que je puisse ensuite les oublier. Jolie formule. N’est-ce pas sa seule utilité ? Une carte de visite. Car après tout un monument aux morts fait partie de ce devoir de mémoire qui donne un droit à l’oubli, à la vie qui doit continuer. Repose en paix pour les morts comme les vivants.

=> « Servitude volontaire », un des  thèmes de  Sciences Humaines magazine qui ont attiré mon attention parmi « Les grandes questions de la philosophie » :  »Le processus psychologique à l’œuvre relève de l’identification : chaque homme s’identifie au tyran et croit incarner le pouvoir. »

Ne croyez pas que cela date d’un temps révolu, on retrouve ce phénomène couramment dans les entreprises où le tyran local est un manager charismatique. De plus, depuis la crise de 1929, la peur du chômage est devenue quasi-atavique.

« Sigmund Freud prend l’exemple de formations collectives organisées comme l’Église catholique ou l’armée. Nous sommes en présence de masses humaines qui sont ‘avides d’autorité’ et ont ‘soif de soumission’. Cette aspiration se concentre sur la figure tutélaire du meneur… Ce leader charismatique apparaît comme un substitut symbolique du père et fait office d’un idéal du moi’… De même, car ils abandonnent leur narcissisme et portent leur affection sur un même être perçu comme extraordinaire, les membres de la foule s’identifient les uns aux autres, ce qui crée une communauté fusionnelle. La cohésion des masses étudiées par Freud repose in fine sur des liens de nature libidinale : les individus qui les composent aiment leur chef et vivent dans l’illusion que celui-ci les aime en retour d’un amour égal. »

Une chose est certaine (façon de parler car rien n’est certain pas même la vérité) c’est que je n’ai jamais éprouvé ce sentiment fusionnel des foules même s’IL est essentiel dans ma vie, essentiel car IL me soutient, IL me rassure, IL est mon seul salut face à cette fin qui m’effraie et rien ne pourra mieux m’aider que LUI. Même en me disant que bien d’autres y sont passés, même si je suis entouré, à l’abri. Ce chemin se fera seul et devra se faire. Alors c’est vrai, je suis un de ces individus qui croit en l’improbable tel qu’il est proclamé par tant de scientifiques. Par contre est-ce ma nature de créateur qui me dicte mon individualisme (Thomas Mann) ou est-ce cette attitude qui m’a poussé sur la voie de la création comme seul autre exutoire de mes peurs.

On trouve ensuite dans le même article du magazine une définition de la démocratie dans ce qui suit : « La liberté ou l’autonomie des êtres qui sont confrontés au pouvoir. Il est possible d’envisager une autre approche où celui-ci ne s’appuie pas sur une soumission de type psychologique mais sur un consentement éclairé des individus… nul désir énigmatique d’être dominé mais une adhésion rationnelle aux impératifs de la vie en commun et un rapport de confiance aux institutions en place. »

Comme souvent on peut facilement ressentir le parti pris de l’auteur convaincu de vivre ce qu’il y a de meilleur. On pouvait lire de pareils discours pleins de cohérence et de bon sens dans les périodes fastes de l’idéal communiste mais ici ce qui est mieux et à la fois pire, selon un autre point de vue, c’est que l’auteur n’a pas d’idéal (enfin c’est ce qu’il croit) mais il n’en reste pas moins un otage… éclairé de sa condition.

 »La Boétie n’est pas loin : pour ce dernier, la sortie de l’esclavage ne passe pas par un tyrannicide sanglant, mais par le développement du refus de servir. C’est l’affirmation d’un véritable désir de liberté émanant du peuple qui mettra définitivement fin à l’ère de la servitude volontaire. Tel un colosse aux pieds d’argile, le tyran s’effondrera dès lors que les hommes cesseront d’être subjugués par sa figure et de croire en sa toute-puissance. »

Les esclaves en état ‘servitude volontaire’ ? Je crois rêver. Un peu comme les pauvres (pas seulement les crève-la-faim mais aussi les ouvriers, même les cadres… quand on pense aux Bill Gates), ils sont volontairement pauvres ? Certains vous diront oui. De volonté ce que je constate c’est son absence. Trimer toute la journée pour joindre les deux bouts ou pour satisfaire un devoir économique de consommation et vous verrez si c’est facile de dégager de l’énergie pour frapper des murs de pierre avec vos poings. Il est enseigné à juste titre que sacrifice ne rime pas avec courage. De plus pour ceux qui sont nés dans cette situation (souvent établie depuis longtemps) la démarche n’est pas si évidente qui plus est dans un monde moderne et complexe. Il nous faut une grande partie de notre vie, pour ceux qui en ont la capacité intellectuelle, pour atteindre un degré de compréhension et de compassion suffisant, pour passer du chameau au lion puis du lion à l’enfant (Nietzsche).

Mettons-nous un instant de l’autre côté du miroir (car je pense qu’il n’y a pas forcément un côté meilleur que l’autre, que le dominant est le reflet du dominé, qu’il n’y a rien d’enviable). Il existe deux termes pour caractériser la position de dominant : leader et tyran. Un leader est nécessaire pour la foule même… éclairée. Le meneur du troupeau devient peu à peu le Père de ses sujets et le dérapage n’est pas loin vers l’autorité, l’autoritarisme, la tyrannie. Quelque soit l’état du dominant, il a toujours besoin de ses sujets et sa chute est inévitable dès lors qu’ils se détournent de lui. Et comme je disais plus haut la foule a besoin d’être subjuguée. On a besoin de héros, de pères, de directions pour donner un sens à notre vie, le sens de la marche, à défaut de savoir pourquoi.

« De manière générale, le pouvoir ne doit pas être conçu comme l’ensemble des mécanismes permettant aux gouvernants d’assurer leur domination sur les gouvernés. Selon Michel Foucault, le pouvoir définit essentiellement un type de relation entre les individus; il renvoie à un processus concret au terme duquel certains hommes déterminent la conduite d’autres hommes… Le désir d’être esclave et l’amour du maître sont des hypothèses mystérieuses qui masquent le fonctionnement réel du pouvoir : celui-ci s’exerce sur des ‘sujets libres’, sur des individus ou des groupes qui sont toujours en mesure d’adopter des ‘stratégies de lutte’, de refus ou de contournement des actions qui leur sont prescrites. ‘L’insoumission de la liberté’ et les résistances diverses qui en sont la manifestation constituent le réquisit et le pendant irréductible de toute relation de pouvoir. Il n’en résulte pas une opposition binaire entre la liberté et le pouvoir, mais un rapport dynamique marqué par l’incitation et la provocation permanentes. De telles analyses ont été relayées de manière concrète par la sociologie des organisations. »

Il y a soit de la naïveté soit de la condescendance dans ces propos. L’extrait est trop court pour que je puisse le déterminer. Il me faudrait prendre le temps de lire Michel Foucault pour trier la part de l’auteur, celle du journaliste qui a collecté puis écrit l’article et connaître enfin la bonne tendance (ce souci on le trouve dans toutes citations). En tout cas ces propos de ‘sujets libres’, ‘stratégies de lutte’ et de ‘insoumission de la liberté’ me font réagir. D’une part, le simple fait de le dire sans précaution de langage, de le clamer ainsi, est un danger de sentiment de supériorité usurpée par une foule qui n’a jamais connu les privations ou un danger d’effet publicitaire à l’instar de l’effet blouse blanche. D’autre part, je ressens une opposition binaire avec les théories précédentes (tyran) au lieu de les intégrer à un niveau plus local. ‘Un homme averti en vaut deux’ ne signifie pas qu’un intellectuel en vaut deux car la plupart du temps l’intellectuel vit dans un monde bien éloigné de la réalité.

Quant à la Sociologie des Organisations, j’ai eu la chance de rencontrer messieurs Crozier et Freiberg via le DEA à Sciences Po que m’a future femme à l’époque a suivi. Une approche scientifique du problème sans prérequis sur ce que l’on doit découvrir est proposée par les deux auteurs de « Acteur et le Système ». Le dépouillement des entretiens apporte des éclairages qui mènent vers des entretiens plus ciblés. La théorie et la pratique se confondent enfin pour délivrer le schéma organisationnel du point de vue des individus et de leurs rapports d’influences. Mais tout ceci est-ce bien de la philosophie ou un autre moyen de ranger les individus dans des petites cases ? Je  ne doute pas de l’humanisme de Michel Crozier mais qu’en sera-t-il de ses héritiers ?

=> Après ce qui précède… plus léger, peut-être ?

« Je ne pourrais pas déjeuner avec toi aujourd’hui, car j’ai 80 mails en retard ». De liberté, le mail est devenu travail. Ainsi vont les choses. Ce qui est une avancée aujourd’hui peut devenir un frein demain c’est l’impermanence des choses… immuables et en constante mutation.

Par contre, l’écrit, avec les emails et les SMS, est à l’honneur dans un monde hyper-communiquant  où images et sons sont désormais disponibles sur les téléphones grand public. Là encore c’est notre société orientée visuel qui prime sur les autres sens. Certes, les écrits restent mais c’est moins vrai avec les emails à foison et encore moins vrai avec les SMS car l’un et surtout l’autre sont sur des supports volatiles et surtout ils sont succincts donc le plus souvent compréhensibles que dans le contexte du moment de leur rédaction. Les emails et les SMS sont le plus souvent du domaine de l’instant, peu enclins à rester.

Cela n’empêche pas que l’écrit à encore la cote. Alain Robbe-Grillet citait les  »psychologues » d’Hollywood : « Le spectateur voit peu et entend presque rien ». Alain Robbe-Grillet aurait pu rétorquer que ce qui intéressait surtout Hollywood c’était d’augmenter l’attention du spectateur afin de lui en donner pour son argent et de le voir revenir rapidement (surtout son portefeuille). Il est vrai qu’Alain Robbe-Grillet dans cette  émission radiophonique était sur une toute autre problématique, même s’il était coutumier de la digression, il n’en restait pas moins un professionnel de la pédagogie avec le carcan du programme à suivre envers et contre tout (ce qui n’est pas un mal en soi). De plus, il a dit aussi que l’on pouvait toujours tout argumenter, ce qui est vrai. Les emails et les SMS sont dans la logique que l’image et le son instantanés sont plus difficiles à assurer une compréhension totale. De plus, comme disait … :  »Écrire c’est parler sans être interrompu ». C’est que je fais ici sur mon Palm. C’est sans doute ma motivation principale, car je ne suis pas assez patient et doué dans les conversations mondaines 😉

J’ai introduit en guise de point de fin de phrase et de paragraphe un smiley. C’est la grande nouveauté typographique des emails et SMS que ces petits signes car ils apportent essentiellement des indicateurs d’état (humeur, priorité, humour) avec une grande finesse. Faut-il encore que les personnes soient en phase sur le sens, le décodage :-p. Ces indicateurs vont dans le sens de l’histoire : vitesse et concision, concision et vitesse. C’est ainsi que l’on finit par avoir 80 emails non lus en retard…

=> « Revendez vos cadeaux », dès le mois de février, à peine un mois après Noël, on pouvait voir fleurir cette publicité comme une déclaration libératrice pour nous esclaves-consommateurs. Noël fait partie du rituel économique, il en est le point d’orgue. Depuis que Coca Cola a imposé son icône, le père Noël, à la couleur de la marque, voire la silhouette (même la barbe représente la mousse). Le XXème siècle a établi de nouveaux réflexes pour la sacro sainte loi économique où nos achats sont nos emplois, gare aux déserteurs.

En revendant nos cadeaux, on nous propose plusieurs choses : s’en débarrasser (le superflu) pour mieux continuer l’année prochaine (croissance oblige), échanger contre d’autres pour voir si on a perdu quelque chose en ne les ayant pas tout de suite (suppression du choix). C’est guérir une jambe en bois avec un cautère. Il faut maintenir en vie la vache à lait. Le consommateur est un ouvrier qui se doit d’acheter ce qu’il produit. C’est son devoir du soir ou du week-end. Il croit être mieux loti qu’au XIXème siècle alors que l’on ne lui donne pas qu’un salaire mais surtout un pouvoir d’achat. Et quand ce dernier diminue c’est comme priver un drogué de sa dose. Il sacrifie son salaire.

Mais ce qui émerge depuis ces temps révolus d’une France et de ses colonies c’est que nous ne sommes plus maîtres de notre destin.  »La France, ses déséquilibres » titrait un quotidien ce matin au lendemain du lundi de Pâques. Le français est chatouilleux dès que l’on le dérange dans ses habitudes, ses valeurs sûres. Le français est arrogant dans sa basse-cour dorée. Il se croit le garant des Droits de l’Homme alors qu’il est bien planqué. J’oscille entre une croyance absurde du destin de la France, de sa voix de sagesse, et le dégoût de mon pays toujours mécontent : râleur, un coq bien fier. Tant que l’on tient tête aux États-Unis comme De Gaule en a donné le mouvement, l’instigation. Tant que l’on ne joue pas les moutons dans un concert anglo-saxon. Tant que l’on fait un contrepoids sincère et honnête, convaincu de notre position médiane entre le capital globalisé et les peuples de la terre. Alors ainsi la France restera digne d’intérêt malgré ses défauts. Revendons nos cadeaux mais pas notre âme.

=> Pyramide et chaîne. Echelon et maillon. Objectif et réalité. Chaîne peut nous faire penser à l’esclavage, à la prison, aux contraintes, aux entraves. Pyramide peut nous faire penser à l’Égypte, aux pharaons, à la grande sociale, à la croissance légitime de notre niveau après des années de labeur. Le premier concept semble mauvais, à fuir, à se libérer à coups d’enseignement, de développement personnel tandis que le second, dès que l’on progresse vers le sommet, semble enviable, digne d’une société organisée, une civilisation. Derrière le matraquage publicitaire de notre société de consommation se cachent d’autres points de vue où la chaîne devient synonyme de vie ensemble et la pyramide le joug social que l’on s’impose, gardiens et prisonniers à la fois.

Quelque soit la fonction que l’on exerce dans la société (ouvriers en informatique, écrivain à succès, président d’un pays), nous remplissons tous des cases d’un même échiquier. Bien sûr on ne peut nier qu’il y ait des situations plus enviables que d’autres (des pièces plus fortes que d’autres comme une tour comparée à un pion) mais humainement parlant tout le monde est logé à la même enseigne face à la mort, le sommeil et la faim. Sans parler des contraintes liées à sa fonction sociale qui n’apporte pas nécessairement une vie plus simple, plus facile, plus heureuse. Et pour corser le tout, il y a la pyramide, les échelons, nombreux, à gravir avant d’arriver au sommet (encore faut-il que ce sommet existe que la pyramide ne reboucle pas sur elle-même). Ces échelons sont notre prison. À quoi cela sert-il de priver sa jeunesse pour une hypothétique retraite. Vivre l’instant présent, refuser la pyramide et comprendre l’importance du maillon pour la chaîne tout entière comme le grain de sable qui fait écrouler l’édifice.

Je n’aime pas écrire avec des phrases toutes faites, des dictons populaires qui participent à la démonstration de l’ensemble par leur seule énonciation. C’est un des meilleurs outils des charlatans qui revendent des lendemains, en mal de vrais arguments, surfant le plus souvent sur un public à demi convaincu, qui aime écouter quelqu’un qui leur dit tout haut ce qu’ils pensent, ce qu’ils croient penser alors qu’ils sont conditionnés. Pas même un philosophe n’est à l’abri. Pas même moi.

=> Genèse. Ces notes constituent la genèse d’une œuvre que je n’écrirai peut-être jamais mais qui restera dans l’inconscient collectif de l’humanité. Écrire une telle épitaphe maintenant c’est pour être sûr que si la mort me prend trop tôt, mon âme partira en paix, quittera mon palm.

Si je suis protégé du succès comme de la guigne, c’est aussi parce que je n’ai pas besoin d’éditer pour vivre. Du coup, je dépense l’énergie de ma jeunesse dans mon métier d’informaticien, d’écriture de logiciels. Je trouve un certain succès localement… sur les principales places boursières mondiales. Une certaine concrétisation de grandeur bien illusoire à l’instar de l’économie de marché, de la virtualité de ces chiffres par milliers et par seconde qui illuminent les écrans multiples des traders. Toute ma fougue dans l’illusoire mais c’est aussi le cas d’écrivain comme Pierre Bordage enchaînés dans leur soi-disant univers et obligés d’écrire 500 pages pour laisser s’échapper une idée.

Évidemment, noircir des pages est fort utile pour l’écrivain en construction. C’est aussi l’objet de ces notes, de gratter ce Palm (et d’autres avant lui). Par contre, son objectif n’est pas aussi limité, étriqué, qu’une commande de son éditeur, de son public. Ces notes ne sont pas destinées à mon seul usage sinon je les jetterais (effacerais en l’occurrence après écriture). Au contraire, je les conserve, je les étiquète avec soin. Elles ont un objectif qui dépasse ma personne sinon elles disparaîtront avec moi. Elles ont donc aussi un public, potentiel. Mais elles sont libres, issues simplement du moment présent, sans continuité si ce n’est la trame de ma pensée, la progression de ma compréhension. Ainsi c’est ainsi qu’elles sont une à une écrites, avec une intention de départ qui soutient la rédaction vers un point final cadencé par le métro et mes souhaits d’y revenir plus tard (ici je suis revenu trois fois en quinze jours) selon ma trame de pensée personnelle.

Ne pas participer à l’agitation ambiante, ne pas polluer avec des centaines de pages multipliées par le nombre d’exemplaire, sans parler des ripostes à mes idées grotesques. Rester humblement à sa place, attendre d’être prêt ou de ne plus être.

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