Les mots de Jean Paul Sartre

=> « Je suis homme et rien d’humain ne m’est étranger », page 51 de « Les mots » de Jean Paul Sartre. C’était son grand-père Charles alias Karl qui disait cela au Jean Paul enfant. Ce dernier se posait une multitude de questions en découvrant les livres avec son âme d’enfant : De quoi parlent-ils? Qui les a écrits? Pourquoi?

Bien sûr, un grand-père peut avoir suffisamment d’expériences pour répondre à un enfant, en tout cas les bases (biographie des auteurs dans le Larousse, par exemple). Il affranchit donc à merveille son petit-fils tant est si bien qu’il lui laissa une empreinte indélébile. C’est ainsi la vie que le mentor est souvent la première personne qui donne à voir, à sentir et à comprendre. Sauf Goethe qui, semble-t-il, a su toute sa vie apprendre de tout que ce soit négatif ou positif, que cela aille dans le même sens que ce que l’on croit intimement ou pas, l’ouverture d’esprit. La plupart du temps, cet exercice n’est pas si facile et l’on reste marqué à vie par les fortes personnalités qui ont su nous affranchir, sortir de l’esclavage de l’ignorance, vers la connaissance.

Maintenant reste à savoir si tout ce qui est humain est compréhensible par nous humains, c’est plus difficile à dire. « Connais-toi toi-même » disait Socrate, on peut penser que les choses n’ont pas trop évolué depuis.

La preuve Sartre, un peu plus loin, doute de lui-même : « Comment pourrais-je fixer l’insaisissable et mouvante frontière qui sépare la possession du cabotinage? », parce que d’après Sartre on ne peut pas connaître la sincérité de nos affections même d’après nos actes puisque l’on ne peut distinguer ceux-ci de simples gestes, pour la forme. Alors si c’est si difficile de distinguer ce qui est le cher pour nous (nos vocations d’enfant, les prémisses de nos destinés) alors comment se comprendre ou du moins justement on aura beaucoup de mal à se comprendre. Et dès lors comment peut-on dire que l’on comprend les autres? Que tout ce qui est humain, comme nous, est compréhensible parce que humain comme nous? Cela ressemble à un incipit Balzacien comme dirait Alain Robbe-Grillet. C’est Dieu qui parle maman!

=> « Un père m’eût lesté de quelques obstinations durables », Jean Paul Sartre dans « Les mots » exprime le rôle du père qu’il n’a pas eu et les influences naturelles de cette relation. Il en énumère quelques-unes : « faisant de ses humeurs mes principes, de son ignorance mon savoir, de ses rancœurs mon orgueil, de ses manies ma loi ». Et il parle du respect pour soi-même que cette relation apporte. Je suis impressionné par cela, mais à la fois je ne peux m’empêcher de regarder au fond de moi-même et au fond de ce que je connais pour ma femme, alors qu’elle allaite notre second fils de deux mois après l’avoir fait pour le premier moins de deux ans plus tôt (c’est dire que mon rôle de père est très jeune mais sûrement très à vif).

Ma mère est une femme de caractère avec ses faiblesses pour lesquelles mon père est venu en soutien inscrivant son rôle principal dans notre histoire familiale, un rôle somme toute effacé à l’instar d’un greffier dans un tribunal où ma mère serait le juge. Ma femme n’a pas connu son père. Elle est partie en boat people avec une mère de remplacement qui, bien que 30 ans son aînée, n’est qu’une cousine et un grand-père qui est le père de cette mère de remplacement. Je reconnais bien dans la relation entre ma femme et sa mère la relation du petit Jean Paul et de sa mère, d’autant plus que ma femme a été l’homme de la famille à la mort de son grand-père qui était en fait son vrai père naturel mais considéré comme le grand-père. Il y a de quoi en écrire un livre que l’on pourrait intituler « Les stylos », objets de grand respect pour ma femme, symbole d’intégration dans son nouveau monde où elle a su suivre les meilleures études à la force de sa conviction, à l’instar de jadis son grand-père de père en Chine puis au Vietnam, en support d’une cousine / mère qui a consumé toute sa volonté durant l’éducation de ma femme devenant après coup à demi dépressive.

Revenons donc à Sartre et à son allégation du rôle particulier père fils. Je ne mets pas en doute cela. Pas totalement. J’aime aussi les généralités pour ce qu’elles apportent à l’évolution humaine qui progresse à coups d’expansion-synthèse. En Finance on parlerait de hausse-prise de bénéfices. Et lors de cette dernière phase je ne peux m’empêcher de penser qu’elle s’accompagne d’une  »légère » baisse. On pourrait faire le parallèle avec l’état de grâce dans lequel on est projeté quand tout devient enfin clair sur un sujet qui nous tient à cœur (par exemple une découverte scientifique) puis, lorsque l’on retombe, on a l’impression que notre esprit ferme ses portes sur la Connaissance en n’apportant qu’une partie du butin. De même, lorsque l’on écrit, le premier jet est rempli de fautes, d’incohérences, de contradictions alors que l’idée était si belle, si prodigieuse. Et je ne parle pas de ce que l’on écrit après coup quand l’idée qui a vu le jour dans notre esprit n’a pas pu être retranscrite tout de suite.

En tout cas, mon idée à moi est que la généralité est éloignée de la réalité, si tant est que l’expérience de Sartre à partir de laquelle Sartre tire sa généralité sur la relation père-fils soit une généralité au sens statistique plutôt qu’au sens commun. Mon idée à moi est tout autre, que mon père à moi fut ma mère.

Évidemment, c’est un peu provocateur ce que j’avance là. Mais c’est pour dire que les choses ne sont pas aussi simples. Et c’est d’ailleurs peut-être le rôle de toute généralité que de rapporter un état de connaissance en le simplifiant suffisamment pour permettre la controverse, le retour à la réflexion. Une astuce consistant à dire voilà ce que l’on sait :   »E=MC2 ». Au suivant de reprendre le flambeau de la

=>  »Plus absurde est la vie, moins supportable est la mort. », Jean Paul Sartre dans  »Les mots », page 83, décrit une névrose enfantine. Je fais aussi partie de ces enfants « névrosés ». Bien que n’ayant pas eu une enfance spéciale et au contraire à cause de cette normalité pensante qui m’a amené sur le chemin d’un imaginaire fertile (combien de rêves, combien de mensonges ai-je servi, combien d’histoires me suis-je raconté, de maladies imaginaires, de super héros, …) où la mort par son absence (aucun de mes proches n’est décédé avant mes 25 ans) avait une présence étouffante, jusqu’à la suffocation : il suffisait que je sente de l’éther pour être paniqué (un moment difficile fut mon opération des amygdales où l’on m’a tué en me mettant un masque sur le visage pour m’endormir).

Rien à voir avec Sartre, j’étais aussi inutile que lui mais je croyais à une destinée à la hauteur de mes rêves grandioses. Mourir aurait été insupportable tant ce qui a été vécu a été insignifiant. Ce sentiment perdure encore. Comme si l’avenir devait m’attribuer un rôle principal, un rôle primordial pour l’humanité.

Puérilité ou névrose? En tout cas j’ai vécu difficilement l’affaire. Et mon imagination a été là pour me fournir les meilleurs scénarios d’épouvante.

Plus tard, étudiant, ce fut un moteur et un handicap. Un moteur lorsque je m’inventais des challenges un peu ridicules à la limite du mysticisme : un jour d’examen, je sortis du métro à toute vitesse en essayant de monter le maximum de marches avant que la porte ne claque à l’instar de la note espérée à cet examen. Et un handicap puisque pendant les heures de révision, je n’étais pas à 100% de mes possibilités.

En tout cas, aujourd’hui encore, je me sers de mon imagination comme un moyen de décompression bien plus efficace que d’allumer la TV.

=> Autorité ou Autoritarisme. Liberté ou Anarchie. Telle est la situation américaine que je perçois de par ma lorgnette d’Européen et sans avoir à l’appui une étude menée sur plusieurs années. Mais parfois l’intuition vaut toutes les études.

Les Etats-Unis maîtres du monde sont à la fois notre référence pour ses valeurs et notre critique pour ses abus à la mesure de ce pays démesuré. Ils incarnent la liberté la plus aboutie où les seules règles du jeu sont l’argent et les droits de l’homme. Comme opposition à l’anarchie qui pourrait voir le jour avec un tel libéralisme économique et une importante liberté d’action / pensée, l’autorité est fortement développée avec des moyens à la mesure des puissances économiques locales qui se reproduisent d’ici de là. Une autorité relayée par Hollywood qui maintient le mythe soit par souci de dévoiler un existant probable ou réel mais légèrement romancé soit par lobbying politique.

Toujours est-il que le succès du modèle américain et ses activités externes, l’un impliquant sûrement l’autre, attisent jalousie et besoin de justice dans le monde entier. Ces dernières années la « résistance » ou le « terrorisme », selon le point de vue, s’est organisé de façon à porter son action sur le sol américain. Du même coup, l’ennemi est à l’intérieur et l’autorité s’est elle-même organisée de manière à ne rien laisser au hasard.

Jean Paul Sartre disait dans « Les mots » que le Dieu qu’on lui enseigna ne fut pas le Dieu qu’il avait attendu : « Il me fallait un Créateur, et on me donna un Grand Patron ». Sur le moment, j’ai cru qu’il faisait référence aux Francs Massons mais d’une part ces derniers n’ont rien à voir avec un ordre religieux malgré des éléments de tradition à la limite du mysticisme, d’autre part Sartre parlait bien de religion depuis l’incipit.

Alors pourquoi m’acharner à gratter tout cela sur mon Palm? Les États-Unis sont profondément religieux et Dieu est référence dans la plupart des textes fondateurs. Lorsque George Bush s’est exprimé à la suite des attentats du 11 septembre, il a fait référence à Dieu ; L’Amérique est profondément puritaine et pratiquante. Et cette remarque de Sartre cadre parfaitement avec le statut de Dieu aux États-Unis. Au pays du libéralisme, Dieu est roi.

Ainsi dans la guerre Nord-Sud, dans le terrorisme Islamique, il est à craindre un Autoritarisme que le Cinéma et les Séries véhiculent à grand renfort de publicité : Les experts, Médium, …

Le message est là : Vous êtes libres mais nous sommes assez forts pour vous vaincre si vous sortez du droit chemin (police scientifique, paranormal).

=> « un athée… Un maniaque de Dieu qui voyait partout Son absence et qui ne pouvait ouvrir la bouche sans prononcer Son nom, bref un monsieur qui avait des convictions religieuses. Le croyant n’en avait point… « , Jean Paul Sartre dans  »Les mots » me renvoie dans un écho mon mémo précédant sur l’Amérique croyante, libre et autoritaire.

En opposition la vieille Europe évolue plus qu’il ne le semblerait. Certes, les États-Unis sont en avance sur nous, mais comment cela pourrait en être autrement pour un modèle vis-à-vis de ceux qui le suivent.  En tout cas, passé les gratte-ciels et les dollars, je me souviens quand j’étais enfant (en 1977) comment j’avais été déçu avec surprise par certains retards ou aspects vieillots que j’ai pu y trouver pendant les quatre mois (style intégration, passage obligé) du séjour que mon père nous offrit dans le cadre de son travail chez IBM.

Et de nos jours c’est cette fois à travers les news et les séries américaines que je ressens de plus en plus le retard religieux de l’Amérique si chère à Joe Dassin.

Un décalage fort s’est créé au niveau de la religion entre la vieille Europe et le géant américain. Une vieille Europe qui s’est réunie pour garder sa place dans le monde qu’elle avait jadis individuellement et encore un semblant de force. En vrai l’union des faibles n’a jamais donné un puissant. Et là où le potentiel économique est évident, la volonté de régner sur le monde a disparu en laissant place à un rôle d’arbitre et de donneur de leçons.

Si la vieille Europe a perdu son statut de conquérant, ressemblant plus à un regroupement de vieillards timorés. Si les États-Unis ont repris le flambeau en dirigeant d’un « Talon de fer » le monde. Le paradoxe, si cela en est un, se trouve dans la religion. Mais dans la mesure où l’on a d’un côté un puissant qui a besoin d’idéologie pour valider ses actions : régner impose des décisions et ces décisions parfois autoritaires (on règne sans partage) n’ont pas d’autres justifications que le pouvoir et pour se voiler la face publiquement on implore Dieu qui a donné ce rôle civilisateur…

De l’autre côté on a un club d’anciens puissants. Ils sont bien contents de voir les États-Unis reprendre le flambeau. La pression idéologique peut baisser. Dieu n’est plus au pouvoir et le peuple peut vivre une autre relation, laissant aux vrais croyants le silence de leurs prières.

Si Dieu n’existait pas Il l’aurait inventé. Je n’ai pas eu besoin qu’il l’invente.

=> L’Homme est un système binaire. C’est en regardant avec mon premier fils, Maximilien, un livre pour enfants sur le corps humain où étaient représentées diverses parties de l’anatomie d’un bébé : ses deux yeux, ses deux mains, ses deux bras, ses deux jambes, … Tout est devenu clair dans mon esprit, deux cerveaux, dormir se réveiller, on-off, le système binaire, la vision binoculaire, le bien le mal, le noir le blanc, la vie la mort, le double dans le miroir, l’ordre le désordre, l’objectivité la subjectivité, le double langage, la vie en couple, à deux, tout est ainsi et cela se lit sur notre visage quasi symétrique à l’instar de nos jugements, de notre raison, de notre logique. Et là je me dis : « oh mon Dieu (le père le fils) ils ne vont rien y comprendre ». Oui, les individus qui vont découvrir les messages que nous avons envoyé par sonde et par onde, et ce malgré la description de nos mathématiques, le langage soit disant universel, humainement universel.

Je pense qu’il serait notablement plus complexe pour une race extraterrestre de nous comprendre par les mathématiques et autres concepts descriptifs humains que de les laisser nous découvrir par ses propres moyens.

En effet que sont les cinq sens sinon les seuls sens connus par nous? Qu’est-ce la vue sinon notre vue? Qu’est-ce que l’image ou le son sinon des perceptions humaines?

Ce n’est pas la peine d’imaginer l’inimaginable car la réalité est toujours autre que la fiction, même la plus invraisemblable.

Autre point qui me vient bien après l’écriture de ce mémo (disons deux ou trois mois plus tard) à l’occasion d’un séminaire informatique et finance dans la banque qui m’apporte mes moyens de subsistance et j’espère la possibilité d’arrêter un jour de travailler pour m’essayer à l’écriture. L’être humain aime la symétrie et il est d’autant plus satisfait que cette symétrie est parfaite (à l’image du château de Chambord). Une symétrie signifie deux côtés identiques dans notre vision 3D habituelle mais il existe aussi des symétries temporelles quand le passé resurgit dans le présent et des symétries plus complexes mais moins courantes.

Dans cet ordre d’idées, l’image que nous renvoie un miroir nous fascine et nous gêne à la fois. Il renvoie une certaine symétrie de nous-même et en même temps notre image relativement symétrique nous rassure, dans la mesure où ce visage est en effet symétrique, car dans le cas contraire cela n’a rien de rassurant rien de beau.  Cependant, l’image du miroir est inversée. Si on l’a regardé de côté cela fera avec nous même une belle symétrie à l’instar de Chambord. Mais de face l’image inversée nous apparaît suspecte, qui suis-je ? Celui-là dans le miroir ou un autre ? La vision inversée nous gêne par rapport au regard des autres puisque l’on ne peut pas contrôler avec exactitude notre image. La symétrie nous joue des tours et notre raisonnement binaire reprend le relais : docteur Jekill ou Mister Hide? Un raisonnement en boucle, un cercle à la Borges.

=> « Rendez-nous nos vies vous ne savez pas quoi en faire », ce tag qui fut lisible à une certaine époque sur l’un des murs de l’hôpital Necker à Paris et n’était pas signé. Adressé aux scientifiques ou aux politiques ou aux deux à la fois ou au peuple dont je suis l’un des administrés,  il montre la montée en puissance de la clairvoyance humaine qui a commencé quelques siècles plus tôt avec la Révolution Française puis les grèves des mineurs, la libération de la femme… Il est adressé à ceux qui ont un pouvoir, sur la désillusion du puissant à s’occuper de ses ouailles…

À l’heure où j’écris ces lignes, je suis fortement désabusé moi aussi (signe des temps comme un effet de mode?) par le décisionnaire dans un pays de libertés comme le nôtre. Il est clair que les décisions de nos dirigeants ne sont pas exemptes de pressions capitalistiques. À l’heure actuelle il existe de nombreux moyens viables pour réduire notre facture pétrolière.  Et même si le coût n’est pas moindre au moins il a des avantages écologiques et même pour l’économie de notre pays mais les fleurons du CAC40 ne sont plus depuis longtemps nationaux voire même non plus seulement européens, ils sont internationaux. Peu leur importe nos besoins économiques et environnementaux, le consommateur si indispensable si puissant est le prisonnier de ses gadgets qu’on lui sert à petites doses dans un souci de rentabilité et de profit. Au final le consommateur que nous sommes se retrouve à respirer l’hydrocarbure tandis que les puissants du CAC40 se sont ménagés une place au soleil loin du monde qu’ils maintiennent dans cet état.

=> « Je les vivrai », à 9 ans, Jean Paul Sartre répliquait un peu crânement à sa mère lorsqu’elle s’inquiétait que son fils lisait (par son intermédiaire toutefois qui lui faisait la lecture) « Madame Bovary » à son âge ; Que lira t-il quand il sera grand. Sans doute une première profession de foi, une vocation inconsciente du futur écrivain qui ne lit pas ses textes mais les vit. Cette phrase a eu certainement plusieurs implications pour le petit Jean Paul puisqu’elle est devenue la légende familiale comme tous les  »traits d’esprit » qu’un jeune enfant sort en public : on s’aperçoit de sa présence intellectuelle, qu’il nous écoute et qu’il est capable de ressortir certaines choses pour le plus grand bonheur de ses parents (on oubliera les fois quand ce qu’il dit nous fait honte…).

En tout cas, le petit Jean Paul a certainement dû être influencé par sa propre réplique quant à son avenir. Mais comme il n’y a pas de fumée sans feu on peut s’autoriser de dire qu’il y avait déjà de la matière, à savoir les ingrédients de l’écrivain : lire et imaginer la suite ou autrement.

=> La musique au cinéma vient de l’époque du muet où privé du son de la parole et de la vie le réalisateur ordonnait des morceaux choisis au piano pour exprimer des sensations que les images médiocres de l’époque ne pouvaient que rendre à grande peine ; C’était une sorte de code.

Désormais la musique est restée, elle participe à l’effet d’immersion totale (rien de mieux qu’une valse pour introduire un film sur l’empire austro-hongrois). Le résultat est parfois impressionnant.

=> « J’avais rencontré mes vrais juges… Un gringalet qui n’intéressait personne », écrivait Sartre dans  »Les mots » juste avant de conclure la première partie « Lire ».

Ni gringalet ni enfant unique, ni aussi précoce que Sartre, avec deux pères (mon père et ma mère), avec une sœur pour copain de jeu qui a encore de nos jours une poigne d’homme puis avec une épouse qui n’a pas eu de père (qui a eu grand-père très présent de leur petit deux-pièces en banlieue sud parisienne et qui était génétiquement son père) et qui a dû jouer le rôle de l’homme de la famille, un rôle qu’elle joue encore trop souvent et qui provoque quelques échauffourées. Donc rien à voir avec Sartre (d’ailleurs il s’en faut encore de beaucoup), cependant certains faits comme les jeux imaginaires (ma sœur étant spectateur d’une petite partie), ma sensibilité à fleur de peau et les retours sur terre lorsque la réalité me montrait qui j’étais, qui je suis, une personne normale à l’imaginaire débridé. Mon décalage était tel qu’il pouvait me porter préjudice dans mes études alors que si je voulais je pouvais être un bon élève mais si je n’étais pas le premier autant être le dernier. Même ce matin en sortant du métro tout en finissant ce mémo sur mon Palm je ne supporte pas que l’on me dépasse dans les couloirs sinon autant m’arrêter et attendre que tout le monde soit passé.

Alors différent de Sartre? Certes, on est tous uniques.  Et quand bien même « Les mots » retraceraient avec une extrême fidélité (je connais bien les difficultés de l’écriture où la fiction, la technique, la pudeur sont autant de maîtresses à satisfaire) un écrit aussi bien fait soit-il ne peut reproduire l’auteur. Il ne peut donner que des éléments disparates parfois déplacés et même le point de vue que l’on se fait sur nous-mêmes n’est pas parfait : « Connais-toi toi-même ».

Donc différents mais des éléments si ressemblants comme ce décalage que j’ai toujours senti avec les autres (même si là aussi j’ai su mieux gérer les relations de camaraderie que Sartre quand j’étais jeune).

Différents, je suis différent en sentant l’écho d’un frère d’âme.

=> La pensée des autres m’est étrangère. Je sais que je ne suis pas Sartre, son être interne, dans l’intimité de ses pensées. Et je sais aussi qu’en lisant « Les mots » je ne serai pas plus avancé dans cette connaissance de l’auteur tant il est impossible de se livrer entièrement dans des écrits où se mêle soi, les autres et l’imaginaire. Sans oublier aussi que le lecteur que je suis lit avec sa subjectivité qui est différente de l’auteur. Et ces deux subjectivités sont aussi variables à chaque instant : Je peux lire / écrire différemment aujourd’hui ou demain, maintenant ou dans 5 minutes. Il suffit pour cela de se relire quelques années plus tard pour voir ou revoir quelqu’un que l’on a oublié ou quelqu’un que l’on n’avait pas perçu sous un nouvel angle de lecture, l’angle de notre compréhension et de notre subjectivité future.

Alors si l’autre, le lecteur, dans le présent est si différent de nous, que dire de l’autre dans le futur. Un futur où les acquis intellectuels seront différents. Un futur dont on ne peut pas prédire les évolutions, les modifications. Un futur qui n’existe pas et que l’on contribue chaque jour à son existence, même si l’on se considère insignifiant. Un futur d’impossibles bâtit sur un présent des possibles (la machine à vapeur et la navette spatiale). Un futur où ce que l’on croyait vrai est devenu faux, les vérités à l’instar des pensées vivent et meurent dans la Vérité et la Pensée humaine.

Comme se faire comprendre alors avec de tels manques alors qu’aujourd’hui, à cette heure, je ne peux même pas me faire comprendre d’un homme qui accueille ma famille et moi dans sa maison et qui de toute évidence souhaite discuter avec moi de problèmes scientifiques et mystiques, un professeur de mathématiques et moi un écrivant gavé aux sciences.

On m’a dit un jour qu’il ne faut pas laisser aux scientifiques la liberté de parler idéologie. Chacun doit rester à sa place. Et quelqu’un qui a une aura d’homme de réflexion, de manipulateur de concepts, est plus dangereux qu’un autre vis-à-vis de tout un chacun qui écoute des idées sous le sceau de la blouse blanche. J’ai souvent eu affaire à des personnes avec un vrai esprit scientifique (pas ceux qui récitent ce qu’ils ont appris voire compris avec peine mais ceux qui ont senti depuis leur jeunesse les faits scientifiques). Ces personnes se caractérisent de part leur dispositions puis leur formation par des approches très diverses de chaque notion. Il y a à prendre et à jeter. Mais « mon » professeur de mathématiques est consciemment ou non persuadé de la fausseté des religions (mais pas de Dieu) ; Peut-être un rejet fort d’une identité empruntée (le grand père Vietnamien a acheté le nom de famille d’un colon français pour mettre à l’abri son fils). Il est comme un photographe amateur (mais reconnu par tous ces proches) qui après sa mort révèle à ses héritiers des masses de photographies floues (Dan Simmons). Tout une vie inutile (ou des images qu’il a voulu garder pour lui) mais voilà qu’à l’arrière d’une épreuve est inscrit : « Responsabilité, Solidarité et Tolérance », disait ce soir mon professeur de mathématiques comme un pendant de « Liberté, Egalité et Fraternité ». Des idées qui semblent se tenir là où le Capitalisme a échoué en se basant sur la Liberté et fonctionne mieux avec la Responsabilité (le permis à point est une liberté à responsabilité limitée) et le Communisme a échoué avec l’Egalité et trouverait sa voie avec la Solidarité (en Chine).

Et le dernier point? Une société nouvelle qui, tout en prônant la Fraternité, verrait son avenir plus assuré avec la Tolérance. Les Seigneurs Galactiques, l’Empire de Smirn est basé sur une telle société. On comprend mieux qu’ils aient laissé à la Confédération les rênes de la destinée humaine tout en assurant ses arrières.

=> Jésus n’avait pas de père, il était fils unique. S’il n’était le fils de Dieu, il l’aurait inventé. Une sorte de reflexe psychologique qu’il aurait pu essayer au début puis il se serait pris à son propre jeu jusqu’en accepter la croix dans sa mythomanie qu’il aurait don à l’humanité tout entière.

Ce genre de réflexion est difficile pour moi avec mon éducation catholique et le respect qui en est resté.

=> Quelques semaines avant la naissance de Maximilien, un artiste poète, avait offert à ma femme  et à moi une calligraphie de sa main où l’on peut y lire :  »Souris à la vie ».

La naissance de Maximilien a été pour ma femme et moi un sourire à la vie, un don du ciel, que nous appelions de nos vœux depuis quelques années.

Puis un second sourire est venu enrichir nos vies, Hadrien, un enfant qui a été, dès ses premières minutes, très éveillé, un enfant souriant et très attentif au monde qui l’entoure.

Aujourd’hui Maximilien, Hadrien, maman et papa nous vous confions à l’église, à Jésus Christ, à la communauté chrétienne dans laquelle nous retrouvons des valeurs de joie et de bien. Nous souhaitons que dans la recherche d’autonomie que vous entreprendrez pour votre épanouissement personnel, vous retrouverez dans la communauté des frères, des sœurs et des amis laïques pour vous écouter, pour vous soutenir, pour vous guider afin que grandisse ce sourire dans nos cœurs.

=> Abandonner la force armée comme seule possibilité d’assurer sa défense et même sa survie c’est faire un nouveau pas essentiel dans l’évolution comme le fut le feu.

Le Seigneur Flip Steiner apprend cela en même temps qu’il apprend l’existence des Gardiens de E, êtres puissants non détectables même par un Grand Maître comme Steiner. Melbor, l’un de ses Gardiens lui a été révélé par l’anti-Seigneur (Seigneur qui ne peut pas utiliser E pour lui mais qui développe une capacité très forte à sentir E) Anh qui s’était retiré en hermite quand FP est venu le voir pour en connaître la raison (en fait Anh avait contacté FP pour donner sa position et avait ainsi provoqué la rencontre avec Melbor pour que ce dernier explique la disparition subite de 2 nouvelles sources E). Ainsi FP et l’Empire apprirent la notion de répartition de E dans l’Univers, limitant le nombre de Chevaliers et Seigneurs dans Smirn.

Il y a 2 paramètres à considérer quant aux nombres des Chevaliers et Seigneurs E, tout d’abord le remplacement. Quoiqu’immortels, on compte 10 Seigneurs qui décident de continuer leur existence dans l’autre monde. Les Chevaliers quant à eux vivent environ 200 ans pour les plus résistants d’entre eux. 10% des Chevaliers et 1% des Seigneurs meurent dans des conflits galactiques tous les 100 ans. Ensuite il y a la capacité de renouvellement qui diminue au fur et à mesure et qui va conduire au projet Terre.

Cela fait 50 ans que le nombre maximum n’est plus atteint et depuis la grande guerre contre les terribles monstres ailés il y a 150 ans les pertes ont été élevées ce qui a conduit à un effort massif dont a fait partie FP.

Enfin l’augmentation des sources E a été l’objectif, il y a 100 ans, pour continuer le recrutement. Mais FP a découvert les raisons de l’échec de cette politique d’expansion.

L’Empire est le prémisse au nouveau stade d’évolution. Les Seigneurs et leur action seront le moyen d’empêcher à la source l’utilisation de la force armée.

Le Cuelho (nom de l’écrivain sud américain) est le nom du groupe de  »Gardiens de la Lumière » (titre du petit livret de Paulo Cuelho que FP va ramener sur Smirn sous une forme semi matériel). Les Gardiens sont répartis dans tous l’Univers et ses dimensions, à l’instar de celles-ci leur nombre est infini et fini. On reprend l’idée de noms connus que l’on transpose dans l’univers de Smirn en changeant l’objet (ici Cuelho devient un groupe et le fondateur s’appelait Paulo, le père de Melbor, il y a un million d’années).

Trois énergies pour la recherche de E (qui sont trois états les plus hauts de la conscience) : la pleine conscience (ici et maintenant), la concentration, le collectif.  Cependant avec la baisse des individus qui acceptent E est venu un nouvel engouement pour ces 3 énergies qui ont eu des réussites éclatantes dans le passé avec le collectif des Stratèges, des Sci (Scientifiques qui font abstraction du passé et du futur pour une meilleure efficience), puis un autre collectif plus obscur les anti-E. De nombreux groupuscules pratiquent ces 3 énergies jusqu’au ridicule comme le groupe des Ermites.

=> « La mobilité et le regard » sont « les vertus essentielles au romancier » selon François Nourissier critique pour le Figaro. Il parle de Pascal Quignard et de sa « Villa Amalia ». Dans ce roman Pascal Quignard  »écrit des scènes, du vivant ». Je souscris entièrement à cette analyse en lisant  »Tous les matins du monde » du même auteur et particulièrement le Chapitre 10 où le jeune Marin Marais prend sa première leçon auprès de son maître Monsieur de Sainte Colombe (nom d’un village tout près de Duras, à 50 km de Bergerac où je suis en retraite Zen-Scientifique).

Regard c’est comme l’œil du photographe où l’on capte l’instant décisif de la photographie.

Mobilité c’est l’action qui mène le lecteur et le maintient en haleine.

C’est un mélange d’images zoomées et de plan large avec une caméra à l’épaule style reporter.

Si on va au delà du regard et de la mobilité, notée par François Nourissier (qui s’est sans doute arrêté à une première lecture après avoir si brillamment trouvé sa note éditoriale ; le travail ne manquant pas au Figaro mais le temps oui), on trouvera dans le livre que je lis (mais je suis sûr que c’est pareil dans  »Villa Amelia ») une leçon, qui est en l’occurrence sur la musique (une leçon dans la leçon), que l’on peut transposer aisément à l’écriture.

Mais tout d’abord prenons quelques exemples, sur le regard et la mobilité, qui vont nous amener à cette leçon.

La mobilité se caractérise par les commentaires de Sainte Colombe et les sentiments qu’ils provoquent chez son jeune apprenti, la fierté. Il y a une étrange mobilité dans les paroles du maître en contraste avec cet homme figé par la mort de sa femme qui commence seulement à en faire le deuil (20 ans après). La mobilité est aussi renforcée par le regard que le jeune homme porte sur les filles du maître provoquant un second vertige, hormonal. Le regard est par images, à la dérobée, à l’insu (mais est-ce bien à leur insu?), d’une manière très réaliste cadrant avec le personnage.

Le Chapitre 10 est très court (3 pages en format de poche (3000 signes environ). L’avant dernier paragraphe est le point d’orgue de la leçon que l’on peut tout aussi bien appliquer à la musique qu’à l’écriture : « Cependant votre voix brisée m’a ému. Je vous garde pour votre douleur, non pour votre art ». Et c’est là que ce complète une pensée d’Alain Robbe-Grillet (qui n’est pas originale en soi mais qui officialise) selon laquelle un homme de lettres devrait se garder de devoir écrire (pour faire comme les autres) car le résultât est loin d’être satisfaisant au bout du compte. Pour écrire peu importe finalement l’art, la poétique, il faut savoir quoi écrire (la douleur), la poïétique, sinon l’écriture ne sera là que pour amuser les foules.

=> Il y a des pensées qui m’échappent. J’ai beau avoir mon Palm à porter de moi il arrive souvent que je n’ai pas l’opportunité de les saisir (avec les deux bébés il ne peut s’agir que d’opportunité et non de loisir).

Ces pensées sont pourtant fortes et saisissantes (en tout cas pour que je ressente le besoin de les noter et surtout la frustration de ne l’avoir pas fait) mais je ne sais pas pourquoi elles ne restent pas longtemps, vite remplacées par d’autres souvent de moindre importance.

Peut-être sont-elles des pensées structurantes destinées à ne pas rester, à ne pas être pris en compte comme lorsque l’on tourne une page, on achève un cycle.

Peut-être sont elles trop profondes ou trop conceptuelles pour demeurer dans un esprit en proie à un quotidien chargé.

Qu’elles soient destinées à être oubliées ou à ne pas être souvenues, j’espère qu’une bonne partie d’entre elles ont été écrites et que, dans l’avenir, elles reviendront d’une manière ou d’une autre. En tout cas, il est impossible d’espérer tout écrire, tout sauvegarder de soi.

Et si je meurs sur le trajet du retour, avant que quiconque ait l’idée de synchroniser ce Palm, alors cette pensée s’auto détruira juste après moi, avec moi.

Une réponse (indirecte?) de Thay qui pourrait être valable pour ceux qui tentent d’atteindre E. Il ne faut pas se battre contre, mais vivre avec. Donc si je ne veux plus perdre les idées qui me sont venues, il faut que je libère mon esprit de l’enjeu.  Comme devrait le faire le chercheur qui lutte pour découvrir la solution, il doit abandonner la lutte et faire qu’un avec l’objet de sa recherche.

=>  »un petit morceau de mon cœur vivant que je déchire », dit Monsieur de Sainte Colombe dans  »Tous les matins du monde » de Pascal Quignard. C’est exactement cela qui me manquait pour écrire à l’époque où je croyais que ma seule imagination suffirait. Le moteur est la douleur, on l’a déjà dit, mais le dira-t-on assez (Ursula Le Guin dans « Les dépossédés »)? La douleur n’est pas seulement la souffrance, les joies aussi sont douleur. Et il faut connaître l’un pour connaître l’autre comme le verre d’eau qui rassasie une grande soif. La joie de ce verre d’eau est aussi de la douleur. Il faut du vivant pour exprimer quelque chose par la musique comme par l’écriture sinon ce n’est divertissement, un consommable comme le reste. Même Bouddha a connu la douleur et en l’atteignant il ne l’a pas quitté (je pense que beaucoup le croient) il a atteint un nouvel état de conscience.

« Ce que je fais, ce n’est que la discipline d’une vie où aucun jour n’est férié. J’accomplis mon destin. », ajoute ensuite Monsieur de Sainte Colombe. C’est que je fais chaque jour comme le disait Chateaubriand : « Pas un jour sans une ligne ». On verra si mon destin suit mes ambitions.

=> La fameuse retraite neuroscience au Village des Pruniers vient de commencer ce Samedi 19 août 2006 à 19h30. Que va-t-on nous réserver? On connaît sûrement la réponse, car il ne s’agira que d’une variation sur le thème du Bouddhisme.  La curiosité est un vilain défaut, disait-on au catéchisme, mais qu’elle est cette stupide règle quand on voit comment se développe un nouveau-né. Et que dire de l’esprit scientifique? Sans curiosité l’homme aurait éteint le premier feu et serait resté dans sa caverne. Non la curiosité n’est pas un défaut, la règle est un abri pour petites gens qui veulent un ascendant sur la foule.

En tout cas cette retraite regroupe des curieux qui veulent progresser sur le chemin de la connaissance.

=> « What we know about love, we learn from our families », de Nora Roberts en couverture de  »Going home ». Ce livre exposé parmi les objets perdus du Hameau Nouveau du Village des Pruniers (il se prête tellement bien au lieu « Je suis arrivé, je suis chez moi » (« I am home, I arrived »).

Il n’y a qu’un seul moment à vivre, le moment présent (le passé n’est plus, le futur n’est pas encore) : l’Ici et le Maintenant. Et c’est durant les six premières années de la vie de l’enfant que l’on inscrit dans sa conscience profonde les données fondamentales de sa vie future. Alors bien sûr c’est avec la famille que beaucoup de choses vont se faire et surtout l’amour de maman, de papa, des frères et des sœurs.

=> Les phobies, celle de la voiture que je n’arrive plus à conduire (étouffement, perte de l’action musculaire), l’éloignement de seulement quelques pas de mon fils si petit, si insouciant des dangers (douleur aux articulations des mains, l’os qui fait mal).

Un roman sur ses phobies grandissantes petit à petit (étudiant, célibataire, en couple, avec les enfants) au fur et à mesure que les responsabilités augmentent.

Des scènes uniquement accès sur ses phobies où se développent les personnages. La nausée de Sartre revisitée.

Des cas normaux jusqu’à la rupture du couple, la bascule volontaire ou le manque de force après toutes ses années de labeur.

=>  »Je me sens vide, le silence m’a rempli », une femme n’a pas réellement dit cela mais parfois dans un groupe de discussion (en anglais de surcroît) on peut capter et adapter une idée particulièrement déstabilisante mais si vrai dans le contexte du Village des Pruniers.

Comment penser avec l’esprit vide? En fait un esprit vide ne signifie pas une absence d’esprit. Le vide participe au retour à la conscience car l’esprit s’est ressaisi et peut regarder en soi ou à l’extérieur librement.

Le son peut donc revenir, l’esprit est ressourcé. En Science on peut s’étonner que, ce qui est considéré comme vrai, était impensable quelque temps plus tôt. C’est le principe de la formation mentale qui n’existe que quand toutes les conditions sont réunies. C’est la vie et la mort des pensées.

=> Ami du futur, toi qui me lit et m’apprécie, j’aurais aimé te connaître.

Combien de personnes dans le passé auraient aimé réaliser comme moi cet impossible? Sûrement beaucoup et nombreux auraient même aimé être reconnus. Mais ces instants de gloire ne sont que de vains remèdes à la souffrance que l’on s’impose beaucoup trop souvent à cause de notre égo, moteur et frein.

 »Rien ne naît, rien ne meurt.

Le Samsara est le Nirvana.

Il n’y a rien à atteindre.

Rien à saisir ni à lâcher. », Thich Nhat Hanh dans  »Transformation at the base ». Il faut se souvenir de cela pour contenir nos peurs, destructrices de nos vies.

=> Et je suis devenu mon père. Mon fils est devenu moi, enfant. J’ai vu par les yeux de mon père la colère sortir de ma bouche et de mes mains, se déverser sur moi enfant comme une avalanche qui ensevelit tout.

=> Nous avons trois vies : l’enfance, la vie d’adulte (trois phases : célibataires, en couple, parents), la séniorité. La dernière phase a tendance à se développer au fur et à mesure que l’espérance de vie s’accroît. Il s’agit la plupart du temps d’être déchargé de nos enfants (même si occasionnellement on doit assurer la fonction de grand-parents mais cela ne vient pas tout de suite). C’est un retour à la vie d’adulte en couple (ou quasi célibataires) sans pression d’avoir des enfants et de réussir socialement pour eux ou pour nous. Je pense que les seniors doivent pouvoir continuer leur projet professionnel dans un esprit de transmission ou de continuation pour eux ou pour leurs enfants ou pour la société.

=> La télépathie est une non-communication entre des êtres qui inter-sont. Il n’y a pas de langage dans la télépathie, il y a du silence qui fait sens, une non-transmission, car il n’y a rien à transmettre puisque l’expéditeur et le destinataire font un.  Il y a synchronisation, unicité de vues : Il n’y a pas dialogue, pas d’échange de point de vue, seul le point de vue partagé se manifeste.

=> La boucle est bouclée.

Pour écrire il faut de la matière.

Pour avoir de la matière il faut du vécu.

Pour disposer de vécu il faut vivre.

Pour pouvoir vivre il faut du temps.

Pour avoir du temps il faut de la patience.

Pour être patient il faut de la sagesse.

Pour être sage il faut comprendre.

Pour comprendre il faut se comprendre.

Pour se comprendre il faut prendre des notes.

Pour prendre des notes il faut savoir écrire.

Pour savoir écrire il faut écrire.

=> La roue tourne? Non c’est la continuité des choses et des êtres. Lorsque mes parents se sont rencontrés, ils se sont retrouvés comme des âmes sœurs.  Mon père et ma mère avaient perdu leurs pères à l’adolescence et je pense que leur belle histoire d’amour est née de ce manque. Je pense que mes grand-mères ont bien vécu cette union qui a créé un climat général d’amour et qui a su durer longtemps puisque je n’ai pratiquement pas vécu de décès familial avant mes 25 ans.

Aujourd’hui mes grand-mères chéries sont décédées (2002 et 2003) mais avant cela j’avais rencontré ma future femme elle aussi sans père. Mes parents continuent aujourd’hui à apporter leur amour dans la jolie histoire de ma femme et moi, et des deux garçons que nous avons eus.

=> Un échantillon de cellules humaines pourrait suffire à  contenir le devenir de l’humanité et toute son histoire, ses ancêtres.

Lors d’un chemin initiatique de Humain, Seigneur Galactique, il y a fort longtemps, il découvrit une relique d’un peuple disparu sur laquelle il y avait inscrit (il lui fallut passer de nombreuses années pour déchiffrer le message) :  »Ces cellules sont la mémoire de notre civilisation et son devenir possible. Nous avons décidé de continuer après une pause indéterminée. Nous vous en laissons la liberté ». Seul un Seigneur maîtrisant E pouvait les trouver étant capable de les faire se manifester en apportant l’élément manquant E.

Ces cellules furent les éléments initiaux du vivant utilisées pour habiter le projet Terre puis Terra Mater quand Humain découvrit leur forte capacité à accepter E et les moyens de les utiliser pour générer la biosphère de la terre. Ce travail lui prit 500 ans.

=> « La pensée n’est pas autre chose que le substitut du désir hallucinatoire (Freud). D’une part, toute pensée, originairement, est menteuse. D’autre part, tout mot est mensonge… La pensée est vouée à nier quelque chose d’absent. Les deux matériaux dont est constituée la pensée humaine sont l’absence, l’écart avec le réel, la négation, l’écart avec l’absence. », Pascal Quignard dans « Le nom sur le bout de la langue ». Tout d’abord je dois avouer que je n’ai rien compris ou plutôt rien voulu comprendre tant l’idée est biscornue. Habitué ces derniers jours à lire Thay et ses idées bouddhiques simplifiées à l’extrême, pourtant d’une grande subtilité. Je n’aime pas trop ceux qui aiment couper les cheveux en quatre et raconter n’importe quoi sous fond d’érudition ; Parfois les formules sonnent justes mais ne sont qu’un tissu d’imbécilités. Cependant ici on cite Freud et là je dois faire une halte. Mais aussi et sûrement surtout, Monsieur Quignard m’a fait une bonne impression dans l’interview que j’ai vue de lui dans « Le bateau livre ».

La notion de pensée exprimée par Pascal Quignard correspond à la conscience mentale où les processus mentaux opèrent via des informations des organes sensoriels. Cette conscience mentale n’est pas dans le réel et, sans entraînement elle n’est très souvent pas dans le présent. Pourtant elle en a conscience, quelques moments de lucidité, et elle se remet en cause, la négation. Je ne sais où veut en venir Pascal Quignard mais au moins ce qui est dit plus haut me semble juste. Reste à décortiquer la pensée de Sigmund Freud sur les désirs hallucinatoires mais il me faut savoir ce qu’il entend par là.

Si la pensée ne représente au mieux que des désirs alors que dire que cette pensée que Freud a eue. C’est du même principe que de dire que toute parole est mensonge (ce que dit d’ailleurs en substance Pascal Quignard quelques pages auparavant même s’il parle de mots support du langage qu’il a perdu et qu’il a remplacé par une écriture muette) car si c’est le cas alors même cette affirmation est fausse. Donc si on revient à Freud, sa pensée ne serait qu’un désir hallucinatoire. Je ne suis pas le partisan des formules bien faites qui réduisent le sujet. La pensée n’est pas qu’une hallucination, qu’un désir. Elle est beaucoup plus complexe et à la fois plus simple.

=> « Qu’un mot puisse être perdu, cela veut dire… Que la langue en nous est acquise, cela veut dire : nous pouvons connaître son abandon », écrit Pascal Quignard dans  »Le nom sur le bout de la langue ». Ce seul titre d’un roman très court (54 pages) a fait pour moi l’effet d’un aimant.

Et maintenant c’est une surprise quand je lis  »Petit traité sur Méduse » qui suit le petit roman. C’est un point de vue très différent de ce que j’ai l’habitude de lire et en première lecture j’ai failli abandonner après avoir survolé quelques pages.

En tout cas, cela fait l’effet d’une thérapie quand un écrivain comme lui explique ses problèmes avec le langage. On a toujours l’idée qu’un écrivain manie les mots comme un jeu dont la maîtrise est telle qu’il peut écrire un roman sans rature ni gribouillage.

Ma mère était stricte sur l’usage du Français au point de me couper la parole à chaque faute, à chaque tentative d’expression, me laissant préférer le silence de mes pensées.

Plus tard, mon rapport aux mots fut difficile étant donné cette inhibition et mon manque de pratique. A 15 ou 16 ans j’ai été suivi par une orthophoniste tant il m’était très difficile de lire et de comprendre en même temps le texte lu. C’est encore difficile de nos jours et il me faut me concentrer pour brider mon imaginaire et laisser le texte me pénétrer. Par contre je n’ai pas ce souci en écrivant et me relisant.

Aujourd’hui je m’aperçois que ma mère n’a jamais eu de précision dans le choix de ses mots. Les Sudistes sont ainsi, des dilettantes, la précision n’est pas leur fort, mais leur accent est une musique qui résonne dans mon imaginaire.

Je me considère encore de nos jours en déficit du langage, un acquis encore en acquisition.

Toutefois je voudrais rendre justice aux mères de tous les temps et de tous les lieux (pas de démagogie j’ai été et je suis toujours pour l’équité dans la responsabilité des acteurs). Ce ne sont pas nos mères qui sont à l’origine de nos maux mais nous-mêmes les acteurs de notre souffrance dont les conditions initiales ne sont pas discernables : En donnant la vie on offre des conditions initiales dont la portée est inconnaissable et les parents s’offrent à lui puisque le nouveau né est en partie eux-mêmes par conséquent ils lui donnent la vie et le monde qui est le leur. En tant que parents nous ne lui imposons rien que nous ayons choisi pour nous.

=> La religion chrétienne est Création (le monde puis nous), la religion bouddhique est Manifestation (le monde a toujours existé seul les conditions changent faisant apparaître ou disparaître telles ou telles choses ou êtres.

Il nous arrive parfois de nous dire qu’une découverte (ou théorie) scientifique semble naturelle, allée de soi, comme si elle avait depuis toujours été dans nos esprits. De même on dit que l’on découvre et non que l’on crée ou invente car ce qui est mis en lumière existait avant alors qu’à mon avis seule l’espèce humaine dans les conditions qui existent sur notre planète aurait pu faire cette découverte.

Quand je vois mon premier fils (22 mois) et même mon second fils (deux mois) j’ai l’impression qu’ils sont là depuis toujours. Tandis que le souvenir de mes grand-mères s’estompe peu à peu comme si cela avait été un doux rêve que j’essaie de garder en mémoire. Et cependant quand je m’observe profondément je sais que je suis un peu elles, qu’elles sont en moi. Je suis les conditions que leurs manifestations en moi.

La notion bouddhique semble bien convenir à mon esprit intellectuel élevé au Christianisme. De plus la notion de Création a son opposé la destruction alors que la Manifestation est dans les deux sens.

D’autre part la Création implique un début (la destruction sa fin) et du coup la pensée scientifique occidentale s’escrime à trouver un âge à l’Univers. À décrire sa Création et à dater son évolution pour estimer son âge, sa fin. Et s’il n’y avait pas de commencement ni de fin? Ma grand-mère est en moi et je suis déjà dans mes deux fils. Je suis aussi dans ce Palm, mon ordinateur, dans vos yeux, dans votre esprit cher lecteur.

=>  »La mémoire est d’abord une sélection dans ce qui est à oublier, ensuite seulement une rétention de ce qu’on entend mettre à l’écart de l’emprise de l’oubli qui la fonde », jolie pirouette sur l’oubli et la mémoire de Pascal Quignard mais là aussi (« Le nom sur le bout de la langue ») c’est un artifice intellectuel inversant les choses pour faire genre.

Là aussi, les choses sont plus complexes et simples à la fois. L’oubli est la disparition (volontaire ou non, consciente ou non, totale ou non, définitive ou non, …) d’une information, d’un souvenir, d’une idée, de notre mémoire démontrant (si cela pouvait être nécessaire) que la mémoire est humaine, perfectible.

Je ne pense donc pas qu’il y ait une fonction  »oubli » fondatrice de la mémoire permettant de faire un filtre entre un lieu de stockage exhaustif et notre conscience.

Dans le Bouddhisme on appelle ce lieu de stockage la conscience du tréfonds, la conscience de base ou racine, et certains maîtres l’assimilent à un disque dur. Il est prouvé que l’esprit humain en sait plus qu’il n’en prétend (séances d’hypnotisation) et cette conscience de base me semble réaliste. La conscience « classique » s’appelle la conscience mentale, elle n’est pas directement liée à la conscience du tréfonds mais à Manas, la conscience de soi, une conscience dont le jugement est très souvent erroné et dont les maîtres bouddhistes essaient de se débarrasser.

Même si Manas est un frein ou un filtre par rapport à la masse d’informations enfouie dans notre conscience de base. Je ne crois qu’elle soit la cause réelle de cette limitation.

La conscience mentale est à la mémoire vive (Random Access Memory) ce que la conscience de base est au disque dur. Et la capacité de stockage de la mémoire vive ne peut pas être équivalente au disque dur (je suis informaticien), d’autant plus que la conscience mentale a besoin d’autres ressources de traitement qu’à assurer le stockage et la restitution ; La conscience de base restitue beaucoup d’informations car elle assure la gestion en « automatique » du quotidien tandis que la conscience mentale vaque à des tâches de plus haut niveau et elle est beaucoup plus laxiste (moins stricte) que la conscience de base en se laissant aller indifféremment du passé au présent puis au futur et inversement et dans n’importe quel ordre.

En somme l’oubli n’a aucune prétention à quoique ce soit même s’il est bénéfique parfois. Les conditions d’oubli sont multiples : dépendant du bon vouloir peu maîtrisable de la conscience mentale, dépendant de la conscience de soi encore moins maîtrisable et dépendant de la conscience de base pour laquelle il faut une pratique de pleine conscience digne d’un maître bouddhiste.

En somme c’est comme si je vous disais que le cor au pied est fondateur du pied. Quoique…

L’oubli n’est qu’un mot désignant un état de notre mémoire que l’on n’arrive pas tout à fait à comprendre les mécanismes. Même si on parle de capacité ou de force d’oubli il n’en reste pas moins un état de le mémoire comme le souvenir en est un.

=> « Le radeau de méduse » c’est ainsi que Pascal Quignard aurait dû intituler son « Petit traité sur méduse » tant je trouve des idées, certes bien tournées, mais hélas un peu trop intellectualisant sans rapport avec la réalité.

Cependant une petite voix en moi ne peut s’empêcher de me dire que chacun à ses idées et sans démonstration précise et irréfutable il ne sera jamais possible de déterminer qui aura raison.

Et puis, même si tout ceci est trop intellectualisant, il n’en reste pas moins que tout le monde a ses petits travers et que cela ne signifie pas que  les idées soient mauvaises pour autant.

Il est évident que quelqu’un aura des propos tout aussi durs sur mes idées, même si j’atteins les sommets d’un Sartre il n’y a aucune échappatoire. Alors rendons justice à tous ces faiseurs de pensées, ils n’ont qu’un seul mérite c’est faire avancer la pensée humaine, nous faire avancer même si parfois on est réticent à les lire.

=> Ma rencontre avec le bouddhisme ne remet pas en cause ma croyance en Dieu et en Jésus son fils.

Je sais que Jésus fait partie de mon éducation, qu’il m’a été imposé. Alors que le bouddhisme est une découverte d’adulte avec mes pleins moyens de jugement. Tandis que depuis le lycée (21 ans déjà) je n’ai jamais l’occasion de faire ce que je fais avec le bouddhisme en lisant, en allant à des séminaires. J’en suis resté aux cours de catéchisme de mon enfance. C’est comme si j’essayais de comparer un conte pour enfants lus il y a 21 ans avec un essai philosophique en cours de lecture. Enfin le bouddhisme est actuellement tendance alors que le christianisme est soumis à diverses controverses (Leonard de Vinci).

Alors comment se fait-il que je n’arrive pas à m’avouer ne serait-ce à moi-même que j’ai perdu la foi en ma confession d’origine? Suis-je un simple observateur du bouddhisme comme un jésuite des époques révolues de la colonisation?

=> La vie est un long fleuve tranquille mais si Palm n’est plus un Palm alors que vais-je devenir?

Je comprends bien les intérêts économiques qui soutendent notre société mais je vois aussi les principes de jadis qui disparaissent à l’arrivée de l’informatique. Le téléphone portable est là comme un pourfendeur de vie entre les gens qui se croisent. Il suffit de lever les yeux dans le quartier Opéra pour rencontrer leurs sourires, leurs regards, et entendre leurs paroles, les conversations téléphoniques qui ne nous sont pas adressées mais que l’on subit les effets ou l’indifférence.

Pour s’en assurer, rassurer, il suffit de repérer la main portée à l’oreille ou le geste esquissé par habitude ou traces de (non) communication gestuelle envers ce qui entoure à l’instar d’un bouclier quand ils utilisent une oreillette main libre. On croise des robots et on devient parfois l’un d’entre eux. Plus question de salutation par courtoisie, pas seulement car il y a trop de monde, d’inconnus, mais même les connaissances il vaut mieux souvent les laisser dans leur monde, on peut les rappeler plus tard.

C’est l’ironie de la chose, on croise quelqu’un dans la rue mais l’on n’est pas seul (l’autre peut être aussi n’est pas seul) et, contrairement à jadis où si l’on avait besoin de lui parler, on aurait pu solliciter un bref échange en demandant à l’assistance un petit moment. À ce moment-là, on préfère différer la communication, car on sait qu’elle sera possible plus tard même si la distance s’interpose.  On peut le rappeler. Du coup si on extrapole à outrance le phénomène, on peut être sans cesse en communication distante ne pouvant plus prendre les communications locales ;  il deviendrait inconvenant de parler à quelqu’un que l’on croiserait dans la rue.

=> Maréchal Ney : « La qualité ne dépend pas du nombre des années ». S’il est vrai que cet homme célèbre voulait en son temps (mais n’est-ce pas de toutes les époques?) décrier le statut d’homme sage à l’ainé comme si les années suffisent à elles seules à rendre les hommes plus malins.

Assurément non quand on pense à la bonification / maturation du vin car il ne faut pas oublier que certaines conditions sont nécessaires à la garde des vins sur une longue période : tanin, qualité du bouchon, lieu de stockage, … Ainsi sans ces considérations il peut tourner au vinaigre.

Cependant, pour l’écriture, un peu de maturité ne serait pas un mal. Même s’il est vrai que l’intelligence du sens ou le hasard de l’existence permet des raccourcis, du vécu est bien utile pour enrichir l’écriture.

En tout cas, il est vrai que tout dépend de l’individu, de sa capacité à acquérir les expériences de la vie, et de la richesse de sa vie en bon ou en mauvais mais qu’il ne faut pas prétendre à plus de sagacité simplement par le décompte des années même si cependant en écriture cela compte beaucoup. C’est un exemple de mon esprit versatile, dans le sens qu’il n’y a rien qui soit tout blanc ou tout noir et donc que la décision se trouve être un compromis sans compromission.

=> « Ce que le bouddhisme appelle le nirvana, c’est l’implosion dissolvante du sujet dans le non-désir », Pascal Quignard persiste et signe dans « Le nom sur le bout de la langue » à manier, remanier, les concepts selon ses propres fantasmes. Le non-désir ce n’est pas le désir mais ce n’est pas non plus la négation du désir. C’est le problème quand on ne va pas chercher les informations à la source c’est que les erreurs d’interprétation des uns se cumulent à nos propres erreurs comme un calcul sur ordinateur qui fait des erreurs de précision qu’il cumule avec les calculs qu’il fera plus tard… On peut aboutir ainsi à déclarer qu’une vache boit du lait. Le non-être dans le bouddhisme est le fait que l’être n’est pas tout seul sans interaction avec le reste de l’univers. En fait, on non-est toute notre vie (pas seulement quand on atteint le nirvana et surtout pas à notre mort où notre corps physique ne se manifeste plus mais où l’on continue à travers l’univers) et on devrait dire : « Je pense donc je non-suis, mais je n’ai pas besoin de penser pour savoir que j’existe, car le fait que l’univers que je perçois existe autour de moi, donc j’existe à travers lui ».

C’est pourquoi je sors à l’instant de la FNAC avec les œuvres complètes de Freud à qui Pascal Quignard fait référence. Il n’y a rien de mieux que lire à la source et notamment ce qu’il en dit sur l’oubli. Cependant il ne faut pas oublier qu’à l’instar de « tout homme est mortel » on peut déclarer que « tout homme commet des erreurs » (et non « l’erreur est humaine » qui est certes une belle phrase mais qui laisse croire à un effet d’égalité bien qu’elle n’exprime que l’erreur est une des caractéristiques de l’être humain) et qu’à travers ces erreurs la pensée humaine progresse ; Car si le doute est permis alors on peut se permettre de réfléchir sans prendre pour acquis telle ou telle connaissance. Ce sont les erreurs qui empêchent la stagnation, qui permettent la remise en question) mais on ne va pas faire comme Pascal Quignard et donner des intentions là où il n’y en a pas à une simple notion, en la personnifiant. L’oubli n’est pas la condition nécessaire à la mémoire, l’erreur n’est pas non plus nécessaire à la pensée humaine. Ce ne sont que des faits physiques caractérisant notre espèce. On peut imaginer une espèce différente sans oubli et sans erreur qui, dans cette perfection à nos yeux, aurait des mutations cérébrales permettant les nouvelles découvertes de la pensée, des nouveaux stades d’évolution.

Après une lecture de quelques pages des conférences de Freud relatives à l’oubli, je suis rassuré de retrouver une approche scientifique très éloignée du bavardage intellectuel.

=> Philip Roth ou je m’écoute écrire. Exemple dans  »La tache » : « L’affrontement avec Farley. L’affrontement de cette nuit-là avec Farley… ». Et ce n’est pas le pire. Le pire est l’annonce de cet affrontement qui sera différé de l’acte par quelques pages de description dudit Farley avec quelques ouvertures sur les conditions de vie financière d’un petit agriculteur américain, sur le passé agressif du personnage, certes très utiles s’il n’y avait pas une digression par phrase… Un professeur de Français dans toute sa hauteur de sa fonction vis-à-vis d’un mauvais élève parlerait d’hors sujet. Ici on parle d’une formidable fresque. Mais quel poids! Il faut un bon estomac pour avaler cela. Et puis il y a un  »je-ne-sais-quoi » de surfait qui me fait prendre de la distance à l’œuvre, comme un commérage ou badinage.  »La montagne magique » de Thomas Mann avait aussi un beau poids mais chaque chapitre avait du sens, de l’importance, des révélations au-delà des faits d’actualité, sans redite pour faire style, beaucoup sens.

=>  »Rien ne dure et pourtant rien ne passe. Et rien ne passe justement parce que rien ne dure », Philip Roth dans « La tache ».

Si la phrase percute de par sa tournure un peu en forme cyclique, elle contient les éléments de sa contradiction. À moins de considérer passer et durer comme ayant une affectation propre : durer ce serait pour des étapes de la vie comme jeunes mariés, jeunes parents, passer ce serait pour les sentiments, les émotions, que l’on essaierait d’oublier. Pour ma part je ne fais pas ces affectations et pour moi un sentiment peut durer.

Cependant la phrase a des accents de vérité. Elle résume bien certaines situations même si son tors est de vouloir trop résumer et d’apparaître comme une généralité, un dicton à se rappeler.

Quand on se retrouve dans une certaine situation, je prends par exemple la mienne de jeune papa, le temps peut sembler figer sur l’instant et pourtant, presque deux ans après la naissance de mon premier garçon, tout cela m’a paru finalement assez court, intense mais court.

Dans « La montagne magique » de Thomas Mann, il était beaucoup question des effets de durée psychologique du temps. En tant que jeune papa il y a la nouveauté de la chose, l’inquiétude sur la vie qui ne sera plus la même, et il y a la cadence des nouvelles journées (tétées, changes, lever-coucher…). Tout se mêle. Le temps se fige un moment puis à un autre il repart à toute vitesse. Du coup, quand on regarde en arrière 2 ans après on en arrive à se dire que le temps a passé vite mais le souvenir que l’on a est tout autre. J’en arrive aussi à se dire que l’on ne se rappelle plus comment était mon premier fils l’année dernière tant il y a eu du changement par contre j’assure à fond pour m’occuper du second. Le second que l’on oublie un peu, le second qui fait oublier comment était le premier à son age.

Dans ce sens on peut dire comme Philip Roth que rien ne dure (un bébé grandit) mais que les sentiments restent et parfois ne passe pas (le fait de voir son fils comme le bébé qu’il fut) peut-être (mais pas seulement à mon sens) parce que cela n’a pas duré. En fait, pour moi cela a duré suffisamment même un peu trop.  Ne soyons pas trop masochiste, deux ans et demi de couches-culottes, c’est assez long. En fait on se plaint que lorsque c’est fini et on croit que l’on est triste parce que cela n’a pas assez duré. Et si cela ne passe pas c’est aussi et surtout parce que l’on ne veut pas que cela passe quelque soit la durée que cela a eu. Imaginer le temps de vie d’un papillon. À sa place vous ne perdriez pas votre temps à réfléchir, à vous plaindre.  Imaginer un dieu. À chaque battement de cils un siècle s’écoulerait. La durée et son utilisation ne dépendent que de la manière que l’on utilise l’instant présent. Au diable passé et avenir, vivez! Et oublier Philip Roth.

=> 2006 is a challenging year and a year of change. Merci le ton est donné dans cette conférence, ce meeting, ce séminaire (appelez cela comme vous voudrez) de mon travail et quel travail, assurer la compétitivité d’une banque sur les marchés financiers mondiaux. A cela s’ajoute le stress de la vie familiale avec les deux bambins dans notre 3 pièces multidimensionnel. Et ma vie intime d’écrivain à l’instar des autres, grands comme Kafka ou petits comme beaucoup d’autres que l’on ne lira jamais, ne cesse de réclamer du temps alors je capture rapidement une place dans le métro pour les 30 minutes de graffitis (ils ont accéléré la ligne les bougres).

35 heures, si par chance je pouvais ne faire que 35 heures (d’où les RTT) apporte un stress supplémentaire par rapport à avant car on n’a théoriquement que 5 x 7 heures de travail mais comme un cadre comme je suis ne peut pas se contenter d’une journée aussi courte (10 heures seraient une bonne moyenne à mon avis bien que là aussi ce soit parfois trop court) on nous donne des jours de récupération qui s’ajoutent aux congés payés classiques qu’on a du mal à prendre. Résultat, stress supplémentaire car le cadre doit trouver un moment pour prendre son RTT puis rattraper son absence ne serait-ce qu’en lisant ses 200 mails arrivés pendant son absence de quelques jours. Une course contre la montre avec un travail qui ne désemplit pas et des jours de congés en plus.

Comme il n’existe pas de salaire pour les écrivains (d’ailleurs personne ne voudrait perdre son indépendance) on le retrouve notre pauvre écrivain à savoir moi-même en tant que cadre à jongler avec les 35 heures là où son art n’a pas d’horaire.

=> « Lecteur, je sautais ces passages didactiques ; auteur, j’en bourrais mes romans », dans « Les mots » Jean Paul Sartre explique ses débuts d’écriture avec la réécriture d’histoires d’aventures pour enfants et avec l’ajout de passages issus du Grand Larousse.

Je me souviens de mes rédactions de devoir de Philosophie qui prenaient allégrement dix feuilles doubles d’écolier petit carreaux où je poussais le vice de ne pas laisser d’interligne entre les phrases, j’y insérais des quantités de textes issus de mon propre Grand Larousse. Pour les histoires réécrites je me rappelle qu’en 3ème j’en avais montré une à mon professeur de français qui l’avait presque jeté au panier. Ce fut la fin de ce type d’écriture où je collais sur un petit cahier des autocollants de Bernard et Bianca comme moteur pour mon imagination sans que je ne connaisse réellement l’histoire de ces héros. Quand j’étais plus petit pour échapper à mes cauchemars, j’ai inventé un nouveau mode de déplacement, celui de Peter Pan.  Bien sûr, j’avais vu des images de Peter Pan, mais je n’avais pas retenu son nom et son histoire.  En fait, j’avais zappé Peter Pan, mais mon imagination l’avait repris à son compte.

Contrairement à Sartre, je n’ai pas eu dans mon entourage des prétextes à l’écriture et je ne suis pas fils unique. Ma sœur a été mon spectateur dans mes jeux imaginés qui ont duré longtemps même dans l’adolescence (elle a 5 ans de moins que moi). Quand l’envie d’écriture est arrivée, j’ai été découragé par l’école et par ma mère qui n’arrêtait pas de me reprendre pour la moindre faute de français décourageant la pensée sous-jacente.  Ma grand-mère paternelle et l’un de ses deux fils (mon oncle, alias mon parrain) qui a vécu chez elle jusqu’à la mort de ma grand-mère m’ont apporté un regain salvateur : elle car elle m’a offert le Grand Larousse, lui car j’ai pu lui emprunter ses livres de science-fiction.

=> « On parle dans sa propre langue, on écrit en langue étrangère », Jean Paul Sartre dans « Les mots » écrit son rapport difficile à l’écriture, à la prosodie (tiens un mot en langue étrangère). Il écrit même à la page précédente : « Il est vrai que je ne suis pas doué pour écrire ; on me l’a fait savoir, on m’a traité de fort en thème : j’en suis un ; mes livres sentent la sueur et la peine, … je les ai souvent faits contre moi, ce qui veut dire contre tous ».

Je pense que je suis quelque peu fort en thème. Je pense que je n’ai pas de frein à l’écriture. Je pense qu’il faut que je travaille ma langue étrangère : je viens du Sud et j’ai des carences. Je dois beaucoup retravailler mes textes à cause de mes carences et de ma propension à m’investir dans la complexité de mes thèmes et de mes contraintes.

=> Même Sartre n’a pas été maître de son destin. La condition inhumaine de son enfance, enfant unique sans père avec une mère à la relation de grand sœur et un grand-père patriarche pour les autres et papi gâteau pour lui, on lui a imposé d’écrire là où l’écriture était un jeu d’enfant, un caprice. Du style, qu’il est doué ce petit garçon, tu seras écrivain.  Mais ils ne lui présentèrent pas la chose aussi simplement, ce serait faire injure au futur Jean Paul Sartre, au grand homme. On lui présenta l’écriture comme une passion et la nécessité de prendre un second métier de préférence littéraire pour en vivre et pour avoir un statut social (on sait bien que seuls les grands écrivains sont écrivains, les autres sont en devenir) tandis . Présenté ainsi, le petit Jean Paul ne pouvait que contrarier ce patriarche qui s’adressa ainsi une seule fois dans sa vie pour lui brosser l’avenir de ce grand professeur de lettres qui écrit par passion de jeunesse. Et c’est le trio infernal qui s’installe avec la victime, le bourreau et le donneur d’ordre. La victime c’est le Jean Paul intime, le bourreau c’est le Jean Paul écrivain et le donneur d’ordre c’est le Jean Paul exécuteur testamentaire de son grand-père et de ses rêves de revanche sociale, lui un Alsacien ne maîtrisant pas totalement le Français, lui à la lisière des deux mondes Français et Allemand, lui un enseignant.

=> Professeur Schweitzer, la nausée, les mots, tout se mêle dans sa tête. Il se réveille sans que son esprit soit revenu en plein dans la réalité. La sueur, le froid, le lit défait par l’agitation de cette nuit, il se répète comme une évidence qu’il ne l’aime pas. Qu’il ne l’a jamais vraiment aimé. Une lubie de sa part, un ancrage dans le mensonge que l’on se raconte à soi-même. Il faut vivre dans la réalité, oublier le passé, ne pas convoiter l’avenir, … vivre, dormir. Il se rendort consolé par ces révélations nocturnes.

Au matin, une jolie musique lui parvient du radio-réveil. Il fait soleil et il se sent en forme. Il se lève, se dirige vers son bureau, tire la chaise dessous la table et s’y assied. Il ouvre son cahier de correspondance et lui écrit une lettre d’amour.

=> « Je refilai à l’écrivain les pouvoirs sacrés du héro. », le très jeune jean Paul Sartre, à huit ans, a trouvé ainsi le moyen de se libérer pour écrire malgré une pression environnementale forte et déjà perceptible à son âge. Dans « Les mots », il explique son premier grand blocage à l’écriture, celui que beaucoup d’écrivains connaissent, leur coming-out comme on se plait à le dire actuellement pour les orientations sexuelles. La pression familiale, l’école, les amis, les rencontres littéraires, le poids de l’Histoire, tout cela peut être un frein à l’écriture.  Même si on est porté, propulsé, le résultat peut être un arrêt total. Un écrivain doit toujours prendre garde à se protéger des autres et de leur regard. Il doit rester humble et discret. Cette discrétion est le seul moyen de garder la concentration et l’envie nécessaire pour extraire du néant quelque chose qu’il ne peut définir lui même mais qu’il s’efforce de définir. L’écriture est intimement liée à psychologie de son auteur. Même dans le choix des mots si on en croit Sigmund Freud dans l’oubli des noms familiers.

« Je n’y voyais au fond qu’un hasard incapable de légitimer cet autre hasard, moi-même » dit aussi Jean Paul Sartre et c’est le fond du problème puisque ce qui pousse à l’écriture c’est le manque comme dirait Alain Robbe-Grillet et un manque légitime c’est la réponse à pourquoi j’existe? De plus un artiste a une vision différente du monde, il cultive le doute dans un monde de sciences qui remettent chaque jour en cause les acquis. Le doute et le manque sont mes moteurs à l’écriture.

=> « Ne jamais tout à fait exclure ni la liberté qui exalte ni la nécessité qui justifie », Jean Paul Sartre dans « Les mots » (page 146), nous expose les deux piliers de l’écriture et les deux sentiments autour desquels tout se joue.

La liberté est le sentiment que procure l’écriture (il est dit qu’écrire c’est parler sans être coupé). Ecriture et Liberté vont de pair. L’expression est l’un des fondements de la Liberté.

La nécessité c’est ce besoin impérieux d’écrire qui justifie tous ces efforts sans contrepartie ou du moins assez faible en comparaison. Mais la nécessité peut aussi être un frein car on se pose souvent cette question, on doute, on quête la justification. Si le manque (une absence de liberté, une dimension) vient s’installer alors la nécessité est amplifiée. Par contre la nécessité n’apporte aucune liberté mais quand on est libre d’écrire, de trouver les conditions d’écriture alors on exulte.

=> « Je crus étouffer une fois de plus dans ce monde sans conflits qui réduisait l’écrivain au chômage », Jean Paul Sartre retrace encore dans « Les mots » des sentiments que j’ai aussi vécu où le manque de problèmes inhibe l’écriture là où le manque est en général un moteur ; l’absence ne peut être comparée au vide.

Enfant, je m’inventais, j’inventais des problèmes graves, en général familiaux. Je peux dire qu’adolescent tout ceci ce soit transformé en romantisme. Et que maintenant, adulte, mes choix ne m’orientent presque jamais vers la simplicité.

C’est pourquoi je n’ai toujours pas envie de me consacrer uniquement à l’écriture. D’abord je devais m’assurer un certain revenu mais désormais que c’est chose faite, je dois me laisser le temps de vivre avant d’écrire. Non pas que si je me mettais à écrire je ne vivrais plus mais que je veux vivre suffisamment pour enrichir une écriture que je considère encore trop pauvre et qui me conduirait à boucler sur quelques thèmes éculés (amour, enfants) sans le recul du temps. Je prends donc des notes régulièrement de ce qui se passe dans ma vie comme exercice de style et comme mémoire.

=> « J’étais élu, marqué mais sans talent : tout viendrait de ma longue patience et de mes malheurs », Jean Paul Sartre dans  »Les mots » parle de moi? Que dire de plus devant cette description si simple et si complète. Une vocation n’attend pas une prédisposition, une facilité. Elle désigne et marque sa proie qui doit mener la vie dure pour réaliser ses objectifs.

=> « que je meure pour naître à la gloire, que la gloire vienne d’abord et me tue, l’appétit d’écrire enveloppe un refus de vivre ». Est-ce que la reconnaissance remet en cause la motivation d’écriture ? En tout cas il doit être fréquent de penser cela quand on est inconnu, quand on est écrivant. C’était le cas de Jean Paul Sartre tel qu’il décrit ses états d’âme dans « Les mots » quand il était jeune en proie aux doutes. Qu’en fut-il du Jean Paul Sartre renommé qui a écrit cette autobiographie ? A t-il trouvé matière à confirmer ses soupçons ?

En tout cas, si l’écrivain recherche la reconnaissance, ce manque reste un formidable moteur qui doit perdurer jusqu’à la confirmation de l’auteur, sa professionnalisation. Il faut dépasser le statut de la lubie hallucinatoire pour que le travail régulier s’installe et remplace la souffrance du manque. Par contre, la gloire change comme le temps change mais en beaucoup plus rapide (comme le dirait Thomas Mann dans « La montagne magique » avec son temps nouveau ou l’arrivée d’un événement qui fait date dans la chronologie de la vie). Le tout est de savoir la gérer positivement et humblement (Pascal Quignard semble le montrer mais n’est-ce pas une jouissance intérieure de se montrer ainsi à l’instar du petit Jean Paul Sartre, enfant sage ?). Mais c’est comme tout il faut le vivre pour savoir. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas s’y préparer : combien de fois me suis-je jouer en solitaire une interview d’écrivain où j’essayais de ne pas parler pour le plaisir m’écouter, où j’essayais d’être conscient que la reconnaissance ne m’avait pas changé (je continuerais à faire des fautes d’orthographe), où j’essayais de ne pas romancer ma vie, de parler du roman mais pas trop de moi pour flatter mon égo, où j’essayais d’être vrai, … En tout cas, cette sympathique comédie avait le don de regonfler mon égo : j’étais si brillant que je décidais d’arrêter le jeu pour garder l’inspiration le jour où ce sera pour de vrai. Un peu comme si les choses étant dites elles appartenaient irrémédiablement au passé. Comme si au mieux je ne pouvais que résumer car je ne suis pas doué pour la répétition, je n’aurais jamais pu être un acteur car je ne peux m’empêcher d’improviser, à cause de mon imagination. Et puis les choses étant dites mon esprit se serait mis à aller plus loin, à dépasser la révélation de l’instant, à analyser, au risque de ne plus être capable d’en reparler tant qu’une autre révélation ne serait pas arrivée. Il n’y a pas que pour les interviews que j’ai cette peur : même au travail, si je pense à un mail important que je dois écrire, je préfère dissuader mon esprit de le faire surgir dans ma conscience mentale, je préfère qu’il se réserve dans le tréfonds de mon être.

Revenons à la seconde partie de la citation du début car cette phrase comporte deux idées différentes, portant sur le même sujet mais différentes. L’une pouvant cacher l’autre, il est bon d’être vigilant à éviter d’écrire ainsi même si l’écriture de thème est tentatrice. Le refus de vivre est habituel chez moi et j’ose penser à tous ceux qui ont l’âme à l’écriture. Vivre signifie souvent une dispersion, une déconcentration vis à vis de l’écrivain. Il s’éloigne de sa passion et comme tout passionné il en souffre. Il en vient même parfois à ne plus souhaiter vivre et il s’isole quelque part en dehors du monde. De plus une vie bien réglée et sans heurt ne convient pas non plus à l’écrivain comme on en a parlé dans une précédente note. Il a besoin de manque et s’il n’y en a pas il s’en crée. On peut dire que l’écrivain se tourmente lui-même pour créer son imaginaire, son monde d’écriture. Le refus de vivre vient là aussi naturellement.

Et pourtant comme j’en ai déjà aussi parlé on ne peut pas se passer de l’expérience de la vie pour écrire. Il faut donner de la matière à l’écriture sinon elle souffre de pauvreté thématique et les manques seraient observés avec un regard qui souffrirait du manque d’expérience. La lecture est souvent le meilleur ami de l’écriture. Un écrivain peut passer sa vie dans les livres au lieu de descendre dans la rue, que dire désormais d’Internet ? Il faut cependant comprendre ce qui est écrit dans les livres. Même si on est suffisamment intelligent, l’erreur d’interprétation guette d’autant plus sûrement que l’inexpérience de la vie est grande. Il y a là une contradiction qui donne matière à écrire.

Et puis il y a aussi matière à colporter des choses que l’on ne comprend pas, que l’on n’a pas vraiment fait connaissance : je cite Jean Paul Sartre un peu plus loin dans son texte : « je sentais, au creux des reins, le frisson de la peur ». Outre l’aspect intime qui me rebute (peut être est-ce tout simplement la véritable raison ?), je ne suis pas certain que la peur (la vraie) se manifeste ainsi chez moi. D’abord, je n’en ai pas souvenir mais en plus je ne pense pas avoir fait attention à ce qui se passait au creux de mes reins. Je ne dis pas que c’est le cas pour Sartre, mais je crains que beaucoup d’auteurs usent et abusent de ces phrases que l’on trouve dans les écrits des autres, des phrases qui fassent plus littérature et qui soient personnelles.

J’ai aussi noté, cette fois dans un téléfilm américain, une autre phrase intéressante : « use de ton expérience et ne laisse pas ton expérience t’user ». Je ne sais pas s’il s’agit d’une citation d’un auteur connu. L’expérience des lectures et celle de la vie ne doit pas éloigner l’écrivain de lui-même, de ses perceptions au moment où il écrit.

=> « Nos intentions profondes sont des projets et des fuites inséparablement liées », Jean Paul Sartre me rappelle à l’ordre dans « Les mots ». En effet il me semble raisonnable de vivre d’abord avant d’écrire afin de forger une expérience de la vie enrichissante pour mes écrits. N’est-ce pas là une fuite inséparable de mon projet d’écriture ? Il a raison en un sens bien que « Les mots » n’aient pas été écrits pour me répondre. Quoique. On verra dans les pages qui suivent qu’il s’impose à son lecteur (moi en l’occurrence) comme un pygmalion.

Un Verseau comme moi est parait-il enclin à des changements radicaux de points de vue, à la versalité. Le passage du projet à la fuite et de la fuite au projet est plus naturel chez moi. D’un côté le Verseau que je suis a pris l’habitude de ne pas considérer les points de vue à sens unique. Ainsi je crois fermement à l’expérience de la vie qui est plus ou moins facile à acquérir chez les uns ou chez les autres. Pour ma part, mon imaginaire m’a servi de lunettes de soleil pendant toute mon enfance m’évitant de m’éblouir avec les réalités de la vie. Il faut que je rattrape le retard, heureusement ce n’était pas des œillères.

Un projet d’écriture a tellement de valeur pour son auteur et représente tellement d’investissement que la fuite est compréhensible voire nécessaire au bon équilibre de l’écrivain. Il faut qu’il prenne l’air sinon il deviendrait fou. Ensuite avec l’expérience et surtout un peu de reconnaissance il est plus facile de canaliser ces fuites et surtout d’éviter leurs réactions passionnées.

Comme il y a un monde entre le travail d’écriture dans son coin, connu et reconnu par personne ou presque, et la notoriété publique, les affres de l’écrivain ne sont pas tout le temps celle de ses débuts comme un jeune amoureux vis à vis de sa belle. Il faut donc ne pas tarder à écrire de manière à libérer cette part de doute, écrire coûte que coûte pour être édité.

=> Jean Paul Sartre se proclame pygmalion de l’humanité dans « Les mots ». Voilà un joli titre en manchette à servir un Dimanche soir, à la fin du repos dominical du monde occidental.

« Je n’écrirais pas pour le plaisir d’écrire mais pour tailler ce corps de gloire dans les mots », ou plus loin, « je m’impose à distance, mes pouvoirs traversent l’espace et le temps, foudroient les méchants et protègent les bons », ou bien enfin, « je suis partout : ce parasite de l’humanité, mes bienfaits la rongent et l’obligent sans cesse à ressusciter mon absence ».

Evidemment il s’agit de lubies de jeunesse racontées de manière à donner le tournis au lecteur. Une sorte de lâcher prise de la bienséance au bénéfice du texte, de cette autobiographie romancée.

=> Grand Amiral Kedal, chef très charismatique de la première flotte de la Confédération. Il sait mener ses hommes au delà du possible. Par contre il ne connait rien en Stratégie. Il laisse les experts stratèges le soin de débattre tandis que le responsable des stratèges prend une décision par rapport aux éventuelles propositions puis communique sa décision au Grand Amiral tandis qu’il envoie la marche à suivre aux soldats concernés. Kedal n’est là que comme soutien psychologique et pour dénouer une crise par sa seule présence. Il représente quand même l’autorité suprême des armées de la Confédération. Il doit cependant rendre des comptes au Gouverneur de la Confédération et à ses représentants.

=> « La mort ne prendrait qu’un mort », le Jean Paul Sartre enfant avait donné un sens à sa vie, une œuvre de longue haleine commandée par le divin qui le prémunissait de la mort accidentelle.  »Les mots » ne disent pas aussi simplement les choses, l’homme n’est pas aussi simple. Il inversa la situation en se considérant mort-vivant, vivant car il faut un cerveau et des bras pour écrire, mort car sa vocation d’écriture traduit son refus de vivre. Dès lors il est déjà dans la mort dont chaque œuvre qu’il écrit rapproche du but et lorsque la mort viendra le prendre il aura terminé sa dernière œuvre, cessé de vivre pour écrire.

« Pour ôter à la mort sa barbarie, j’en avais fait mon but et de ma vie l’unique moyen connu de mourir », il est vrai que pour ma part ma croyance en Dieu est liée à ce besoin de croire à une destinée. L’un et l’autre me servant de rempart contre la mort fortuite et l’un comme l’autre se justifiant.

« je m’étais tué d’avance parce que les défunts sont seuls à jouir de l’immortalité », je ne peux pas dire que je rejoigne Sartre sur ce point tant mon désir de vivre est fortement ancré chez moi à l’instar de ses collègues de régime.

Je trouve que plus on avance dans la vie moins on souhaite évoquer la mort (sauf lors de la dernière ligne droite). En tout cas, à 40 ans, je préfère ne pas penser alors que quand j’étais petit c’était un sujet de préoccupation puis adolescent une impossibilité, un problème qui exclut dans mon cas. Maintenant cela semble plus préoccupant depuis les enfants (j’en ai deux donc ma femme et moi avons fait ce qui fallait pour la continuation de l’espèce) mais j’évite d’aborder ce sujet. Même lire ce qu’écrivais Sartre me pose problème. Avec les enfants les week-ends défilent à toute allure. 52 semaines dans une année, 40 ans d’espérance de vie supplémentaire et voilà 2000 week-ends qui me restent. Ce chiffre me parait bien petit aux jours d’aujourd’hui (an 2000, importance des nombres dans la vie quotidienne, machine de calcul, science qui nous fournit des idées sur l’infini avec l’astronomie, …) même si la perspective de vivre 2000 week-ends, comme nous les vivons ma femme et moi actuellement, m’achèverait presque sur le champ.

Une autre idée m’est venue à la lecture de cette phrase. Celle d’un personnage pour un roman qui choisirait de mourir pour rejoindre l’immortalité d’un système de réplication de son être intime en choisissant le moment et la façon d’opérer. Mais vivre n’est pas mourir petit à petit ? Est-ce vivre que de figer son être dans les cellules mémorielles d’une machine si complexe soit-elle, amen.

Et si cette machine était capable de reproduire le mode de raisonnement de celui dupliqué ? Elle pourrait simuler la vie et la mort de nos idées donc la transformation interne de nos processus mentaux. La perspective de mourir nous oriente vers des décisions et des processus mentaux spécifiques comme le fait d’être de chair et d’os, sensibles, fragiles. Le passage au monde plus abstrait de la machine aurait un effet de transformation important comme le fait de se retrouver mêlé, fortement interagissant avec d’autres locataires du système. L’être d’avant serait bel et bien mort. C’était de toute manière inéluctable. L’idée serait de nous projeter dans ce nouveau système en ne prenant pas en considération ce que la vraie vie aurait pu encore nous apporter. Je pense que si j’avais décidé de le faire quand j’étais enfant alors je ne serais jamais devenu l’homme que je suis, sans parler de mes enfants. Alors quand faut-il rompre le cours naturel ? Est-ce qu’il y a une meilleure version que les autres ?  Imaginons que notre personnage, dans le doute, ait fait plusieurs sauvegardes de lui-même à des moments différents. Elles loueraient leur nouveau statut et se déclareraient toutes les meilleures versions de peur d’être effacées ou archivées. Imaginons aussi que notre personnage ait fini par mourir en désignant la meilleure. Imaginons que cette version fasse ensuite appel à une version archivée parce qu’elle est seule supposée résoudre la crise actuelle…

=>  »Voilà le mirage : l’avenir plus réel que le présent. Cela n’étonnera pas : dans une vie terminée, c’est la fin que l’on tient pour la vérité du commencement. », Jean Paul Sartre montre dans « Les mots » la coutume qui est toujours d’actualité et qui est de considérer la vie d’un grand homme d’une manière plus ostentatoire  que celle de quiconque. Et la nature de  »grand homme » devient irrémédiablement effective qu’à la mort du dit homme.

D’ailleurs le statut d’homme est difficile à obtenir. Si on est un garçon, on ne nait pas homme mais nourrisson. Ensuite on passe par tous les qualificatifs avant d’arriver à jeune homme et à homme. Pour atteindre le statut de grand homme il faut être jugé par ses pairs mais le bon définitif n’est remis qu’à titre posthume au cas où les actes du vieillard déferaient l’œuvre d’une vie.

« vous ne pourrez vous défendre d’apprécier sa conduite à la lumière de résultats qui n’étaient pas prévisibles et de renseignements qu’il ne possédait pas, ni de donner une solennité particulière à des événements dont les effets plus tard l’ont marqué mais qu’il a vécus négligemment. », l’analyse posthume d’une vie inclue le plus souvent ce genre d’écueils que Sartre résume magistralement. Quel grand homme !

Ce délire de Sartre a fait écho chez moi. Je suis capable de délire littéraire, lui aussi, alors il ne m’est pas si inaccessible.

Ensuite mon esprit retors sur le cours du temps a aussi réagi. « l’avenir plus réel que le présent », c’est certain que lire la biographie d’un grand homme a quelque chose de reposant, de divertissant pour oublier nos doutes quotidiens. Sa vie était tracée, il a écrit avant 10 ans ! Quel génie !

Mais alors ce serait possible que l’avenir soit comme pour Sartre petit plus facile à décoder, plus réel ?

Et puis il y a ce :  »c’est la fin que l’on tient pour la vérité du commencement ». Pourrions-nous imaginer qu’un tel grand homme, pour l’Univers entier, détourne le cours du Temps en sautant directement de sa naissance à sa mort, mort qui serait une transformation, une manifestation de l’énergie de l’Amour, le commencement de sa vie de Seigneur.

« Ils étaient rares, pourtant, ceux qui voulaient s’élever au-dessus de leurs pères : pour la plupart, il ne s’agissait que d’atteindre l’âge d’homme », encore une citation de « Les mots » où il est question de la vie que l’on souhaite mener après la longue traversée de l’enfance. Doit-on se repaitre dans la facilité et le confort ? On voit de nos jours beaucoup de célibataires naviguer entre l’état d’adulte et l’insouciance du quotidien de l’adolescence : on les appelle parfois les adulescents. Si les enfants, la constitution d’une famille n’apparait plus comme une nécessité dans les grandes villes modernes, si cela semble même une corvée, un frein aux loisirs ou au développement personnel, ma femme et moi avons vécu ainsi en couple pendant 7 ans avant de nous dégouter des cinémas, des restaurants, des sorties du samedi soir, avant de nous décider d’avoir un premier puis un second fils, et de ne plus avoir le temps de sortir, on comprend alors que dans les conditions modernes de nos vies quotidiennes nous n’avons pas le temps d’aller au delà de nos activités professionnelles, personnelles, au delà de nos vies. Vouloir être sur tous les fronts en affichant à chaque fois une efficacité optimale, on en arrive à s’acharner sur son palm pendant les quelques minutes de son trajet en métro quotidien.

=> Je crois en l’inspiration et à son renouveau. Si on découvre qu’untel ou soi-même a déjà eu la même idée à quelques mots près et que l’expression qui en a été faite quelque soit le média (papier ou électronique) semble meilleure du fait des années ou de sa nature publique et reconnue par un grand monde ou une élite. L’inspiration nouvelle ne doit jamais être mise à l’écart car elle comporte un contexte actuel qui concerne et intéresse son époque.

Au regard de cela, je préfère écrire sans le regard critique de la connaissance de l’Œuvre que je ne prétends pas maîtriser dans son ensemble (et loin s’en faut) même si ce n’est pas pour une finalité de publication ou de transmission aux générations futures.

=> L’homme est enchaîné à son téléphone sans fil. Il ne s’agit pas ici de dénoncer l’accoutumance à tel ou tel produit mais à montrer l’incohérence de la vie que l’on mène à l’heure de la communication à outrance et sans limite, à l’heure du mode connecté partout et de la facilité, une hydre, un nouveau démon est apparu, il ne supporte pas l’attente et contraint l’homme à une haute disponibilité.

La vie est désormais vécue en mode panique. On ne parle même plus de vitesse car seul le délai d’attente importe. On peut aller vite cela n’a pas d’intérêt si on y passe trop de temps.  La société de consommation globale y est pour quelque chose car c’est elle qui a enfanté de ce monstre.

Ainsi de nos jours on peut faire en une journée ce qui nécessitait jadis des jours non pas seulement dans l’espace (avec les distances parcourues physiquement) mais dans les possibilités de contacts (téléphone, sms, mails) et autres facilités au quotidien (par exemple les possibilités à la puériculture).

Le 19 décembre dernier, nous (ma femme et moi) avons pu accompagner sa mère à l’aéroport avec nos deux petits de 6 mois et 2 ans. J’ai pu rester en contact avec le travail et ne pas perdre de vue mon épouse tandis que m’occupait du grand et elle du petit avec le porte-bébé. Tout est possible mais ce fut aussi la course. La vie est devenue une course.

=> Dire de ne faire confiance à personne rend par défaut digne de confiance car on fait confiance à celui qui dit de se méfier puisqu’il s’inclue lui-même à priori et s’exclue aussitôt grâce à son conseil.

=> Les bruits de civilisation au VietNam ne me dérange pas car ils n’ont aucune signification pour moi puisque je ne comprends pas la finalité. En France je suis d’autant plus dérangé que je critique l’action, son bien fondé ou sa malveillance.

Un homme mûr d’une cinquantaine d’années qui voyage un peu au hasard au VietNam rentre dans une pagode. Il trouve le lieu à son goût. Il s’assoit à même le pavé sur une des terrasses abritées qui donne sur le jardin. Retour initiatique à soi.

Il ne se relèvera pas, le temps disparaissant et l’espace s’ouvrant sur l’infini.

A l’instar de l’homme qui ne voulait plus se lever de David Lodge, la fin est mystique.

=> Rendre visite à la famille.

Au cimetière de Phung Hiep, les 3 filles, un des fils le plus jeune, les deux beaux fils dont l’un est français, et la cousine nonne rendent visite au père craint mais vénéré qui a tout orchresté jusqu’à son tombeau.

L’occasion d’en savoir plus…

L’âme qui offre un sursis au corps afin que le tombeau le protège de la terre et retarde sa fin inéluctable… une âme qui a encore besoin de ce réceptacle, de ce corps pour s’y réfugier et s’accepter, à l’instar du nid pour un oisillon qui s’apprête à quitter la terre ferme.

=> Quarante neuf jours, 7 x 7 jours, c’est la durée du deuil au VietNam que l’on ne peut pas cumuler avec un autre deuil même de moindre importance (exemple du grand frère de Tam qui ne peut pas porter le deuil de son père).

=> Un changement d’époque ne se fait pas nécessairement à un changement  calendaire mais quand la lassitude a atteint un tel niveau que les meilleurs esprits arrêtent de consacrer de l’énergie dans cette époque qui tire sur sa fin.

Il y a donc une période où rien ne se passe tandis que les esprits murissent et que leurs œuvres soient acceptés par le monde. Un telle période pourrait être comparé au calme qui précède la tempête.

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