Docteur Faustus de Thomas Mann – première partie

=> Les réponses attendent des questions. Sans nécessairement jouer sur les mots, ce ne sont pas les questions qui attendent des réponses mais l’inverse car le plus difficile c’est de savoir formuler la bonne question pour obtenir des réponses. Un peu comme dans « Le monde du non-A » de Van Vogt, l’ordinateur qui répond connait en principe toutes les réponses, reste à savoir quoi lui demander. Nos scientifiques trouvent parfois des réponses à nos questions mais en a-t-on déjà vu n’apporter aucune nouvelle question. C’est ainsi que l’on avance, on soulève une pierre et on découvre de quoi satisfaire non seulement notre curiosité, notre soif de connaissance, mais surtout notre besoin de nouveaux défis. Vivement donc que l’on sache plus pour que se révèle mieux le mystère de ce qui nous entoure et nous compose, si le second est réellement si différent du premier.

=> « Ecrire c’est une façon de parler sans être interrompu » : Jules Renard.

 »La guerre décime les jeunes et font parler les vieillards » : La guerre de Troie à propos d’Agamemnon qui récolte les lauriers d’une action menée par Achille.

Hector : vaisseau de bataille ou station orbitale, la légende défendant Smirn sans talon sans points faibles et à l’abri de tout équidé de toutes sortes.

=>  »Nos actes dans le présent décident de notre futur, et nos actes sont fondés sur notre interprétation des expériences passées. »

Le passé à travers nos souvenirs influence tout ou en partie nos actions quotidiennes (le feu brûle donc je fais attention lorsque j’essaie d’attraper un objet brûlant). Et le futur est construit à partir de chacun de nos actes. Dès lors dans la lumière du présent nos souvenirs éclairent encore avec parcimonie notre passé qui guide nos décisions présentes éclaircissant petit à petit le futur qui s’impose.

=> Ce serait trop long de résumer « L’aube de là nuit’ de Peter F Hamilton, œuvre énorme qui aurait mérité de-ci de-là quelques raccourcis. Cependant, à l’instar d’Hercule Poirot qui sévit sur TMC avec force égocentrisme, le roman d’Hamilton (et l’atmosphère du héro d’Agatha Christie) m’a inspiré une idée étrange.

Les possédés d’Hamilton sont des âmes de l’au-delà qui prennent possession des corps des vivants en y apportant des pouvoirs « magiques ». L’un d’eux, Al Capone (sic?), met en place une nouvelle devise basée sur la magie à l’instar du fusio-dollar (sorte de petro-dollar futuriste du roman). L’idée est qu’un possédé puisse accorder des devises de magie à un non-possédé coopératif pour son travail : l’économie des possédés.

Or voilà qu’une remarque des autorités, qui luttent contre Al Capone et les possédés en général, fait état de la futilité de cette devise car les possédés disposent d’une quantité illimitée de magie. Dès lors les non-possédés coopératifs sont floués. C’est ignorer que ces derniers n’ont pas d’autres moyens d’obtenir de la magie, car ils en sont incapables par eux-mêmes.

Et c’est là que je me dis : n’est-ce pas exactement ce qui se passe dans la réalité? Ne prêtons-nous donc pas qu’aux riches car on sait qu’ils ont les moyens de rembourser puisqu’ils disposent de leur richesse que manière illimitée? Si je cite une réplique célèbre de « Ah si j’étais riche! » :  »La richesse c’est comme la pauvreté, on ne peut s’en défaire ».

Même s’il existe des exemples de faillite individuelle, ce ne sont que des exemples qui confirment la règle : Les nantis imposent aux peuples et le peuple ne fait que suivre le troupeau.

=> La principale différence politique entre la Confédération et l’Empire se situe que les dirigeants du second (les Seigneurs) sont en première ligne ce qui est un fait unique dans l’histoire humaine où les dirigeants sont à l’abri pour synthétiser les faits et prendre des décisions tandis que leurs subalternes essuient les coups à leur place et prennent toute la responsabilité de ces décisions.

Même l’Empereur est en première ligne même s’il est cantonné à son palais sur Smyrn ou la source E est la plus puissante de l’Univers connu. Sa bataille se situe dans le maintien de la puissance de cette source qui est un enjeu vital pour tous les Seigneurs.

=> Il n’y a pas que l’analphabétisation, il y a infalphabétisation : Ce concept traduit une autre difficulté de communiquer : construire les idées en phrases cohérentes. Cet autre handicap est la conséquence de l’utilisation massive de l’ordinateur (remplaçant peu à peu les livres) et de ses outils de communication : La complétion automatique (mieux que la correction automatique) propose de compléter par des mots dont son auteur ne connaît pas l’orthographe jusqu’à ce que ce même auteur finisse par en perdre le sens puis  l’usage jusqu’à l’oubli.  Autre cas, l’écriture intuitive transposant des expressions du langage parlé en écrit électronique en ce sens que l’ordinateur brise la barrière entre l’écrit et l’oral (le « chat » ou messaging) en introduisant en plus une notion de temps réel donc en perdant le temps de réfléchir avant envoi et en rendant la durée de vie de ces textes très courte : garderons-nous des messages comme on gardait jadis des lettres et même si on peut les stocker automatiquement est-ce que l’on saura comment les retrouver alors qu’ils seront perdus dans cette somme de messages et sans trace pérenne dans nos souvenirs ? L’ordinateur ne perdra rien, mais qui sera là pour s’en souvenir?

Dès lors comment être étonné d’entendre des jeunes discuter avec des interjections à la place des phrases et des raisonnements bien construits, reproduisant le style request/reply du messaging. Abrutissant jusqu’à l’incapacité de mener un raisonnement cohérent. « Tu vois ce que je veux dire!! ».

=> À la lisière entre »Johnny Mémonique » et Avallon : des gars qui vivent ou jouent (on ne sait plus trop) dans la réalité virtuelle sauf qu’ils peuvent effacer ce qui les gêne d’une expérience passée (souvenirs, informations, quelle est la différence?). On peut imaginer un petit roman ou longue nouvelle sous forme de stéréotypes ou un détective ou bien quelqu’un jouant le rôle de détective enquête sur un meurtre virtuel (mais qui sait?) et il découvre des choses troublantes sur son passé effacé (effacé par qui? Lui ou l’État ou la compagnie qui l’emploi pour ce voyage vers Utopia, la première planète extrasolaire?). La difficulté est que parfois les personnages qui sont témoins de ces choses troublantes perdent la mémoire (est-ce leur décision ou on les a forcés?). Complot ou bien la vérité est ailleurs, en lui, qu’est-ce que le programme ICE?

=> L’individualisme est romantique, l’individualisme est anarchique. Dixit Thomas Mann : « La liberté était en réalité une conception plus romantique que progressiste ». La force de l’égotisme humain le poussant à chaque fois plus loin quitte à affronter l’inconnu. Et si on relit au fait que l’esprit humain est câblé dès sa naissance à considérer d’abord ce qui nouveau, on a un bel aperçu de ce qu’est la liberté pour nous. Un « nous » anarchique sauf quand il doit se soumettre aux compromis de la famille et de la patrie. La liberté est donc une affaire personnelle qui peut ne pas se sentir dans une société d’absolue liberté. On est libre de se souffrir, quand même!

=> « Devenir beaucoup plus barbares pour être à nouveau capable de culture » Le Docteur Faustus de Thomas Mann apporte ici la pierre angulaire du Projet Terre.

Il fait allusion à Beethoven, à la séparation de l’art et du religieux, d’un art nouveau qui s’appesantit pour exprimer cette nouvelle liberté dans un besoin de grandeur qui se traduit en lourdeur, ou la culture est une fin. Jusqu’à étouffer l’art sous la culture. Un retour à la barbarie ne serait pas inutile pour retrouver l’innocence perdue.

=> « Forme et contenu s’y confondaient comme dans nul autre et en définitive ne faisaient qu’un », Docteur Faustus de Thomas Mann. À l’instar du son, le transport E d’un Seigneur à travers l’espace et le temps.   Ce transport devient instantané car d’une part le temps n’a pas de prise sur un Seigneur (ce qui explique déjà que ce soit fatal pour tout autre personne), d’autre part parce que le contenu s’effondre dans la forme comme la lumière dans un trou noir puis la forme est transmise comme une onde quelconque au récepteur qui reconstitue le contenu. La transmission est instantanée mais la durée absolue pour celui qui est transmis est infinie. De plus E permet cette déstructuration car un Seigneur est E. Son contenu est la forme matérielle de E.

=>  »Le pouvoir de recommencer à chaque instant du commencement », Docteur Faustus de Thomas Mann. La musique un art qui tire sa force des éléments. Et si E étant une musique énergétique?

=> Il faut plusieurs vies pour écrire un livre comme cela. Bien sûr il ne s’agit pas de durée mais de vies, de personnes qui nous entourent, d’écrivains qui nous alimentent.

Si je dis que j’ai passé dix ans à écrire ce livre, je passe sous silence les années de ma construction, les années d’écriture des livres que j’ai lus et les années de construction de ces écrivains et ainsi de suite.

=> Je m’aperçois que je n’ai jamais fermé La Montagne Magique. Rêve illusoire ou conséquence d’une lecture étalée sur 6 mois ou prémonition générée par mes sentiments vis à vis de cette œuvre qui m’a fortement marqué. La fin m’a laissé un sentiment mitigé comme si cela ne pouvait être ne cadrant pas du tout avec le reste. J’ai du mal à voir Hans Castorp dans cette situation de chaire à canon fonçant vers ce qui semble être sa fin vu ses chances de survie dans la grande guerre pour un simple homme de troupe. Et pourtant c’est ce qu’a voulu l’auteur rappelant ainsi que notre héro n’est qu’un jeune homme sans prétentions et que la guerre a été si consommatrice de ces jeunes gens. Réalité après tant de magie. Bassesse après tant de hauteur. Thomas Mann alors que je lis le Docteur Faustus, quelques semaines après, n’a pas fini de toucher mon âme.

=> « Seul est libre ce qui est neutre », Docteur Faustus de Thomas Mann.

La devise du JADE, organisation seigneuriale d’agents spéciaux, représente l’action souterraine (presque mythique) de cette organisation : ni déterminée ni liée ni marquée.

=> « Le sens et le goût de l’infini », c’est ainsi que Thomas Mann définit la religion dans le Docteur Faustus en reprenant l’opinion d’un certain Schleiermacher. La Science ne peut se passer de raison et prendre dans son giron ce goût de l’infini et des problèmes éternels pour en faire une science : la Théologie.

« Le sens humain de l’infini », comme état de fait, eût mieux valu être réservé à des sciences exactes comme l’astronomie, la physique théorique…

La Science a toujours influencé la Théologie malgré les réticences voire les rejets de cette dernière. Au final, la Science est sortie gagnante de ce combat perdu d’avance mais « à son moralisme et son humanisme fait défaut la perception du caractère démoniaque de l’existence humaine ».

Après la seconde guerre mondiale, et surtout après la  »Solution finale » de l’Allemagne nazie et la non moindre solution finale des Etats Unis d’Amérique (grands gagnants de cette guerre) avec Hiroshima et Nagasaki, la Science nous a montré ce qu’elle savait faire de pire dépassant toutes les atrocités du passé.

Le passé sert à nous éviter de reproduire les mêmes erreurs et à nous forger notre expérience, il ne sert pas à prédire l’avenir, il ne sert pas à dicter le présent. La troisième guerre mondiale n’a finalement pas eu lieu au siècle dernier à notre grand soulagement mais le démoniaque n’avait pas dit son dernier mot.

Lorsque la société de consommation s’effondra sur elle-même, il fut très tentant de bannir la Science, sa mère nourricière ; Une période d’obscurantisme aurait pu bien voir le jour comme répression bien méritée à cette Science sans conscience. Science libérée jadis de la religiosité et de l’obscurantisme, Science victorieuse dans son face à face avec Dieu, elle aurait dû logiquement être mise au ban du renouveau social malgré sa présence désormais si profondément établie ; une sorte de droit de visite.

Mais le premier Empereur de Smirn évita ce genre d’écueil si souvent fait dans l’histoire de l’humanité. Il la rebaptisa ConScience. Depuis le logo CS avec le C et le S inclus l’un dans l’autre orne son nouveau statut ou le doute et la remise en cause sont permis à condition d’en envisager systématiquement le coût.

54/Les deux « C » : Croissance et Consommation. Les deux tyrans de notre modèle sociétal. Jamais les 2C ne parlent de compétition mais plutôt de compétitivité, jamais de lutte ou de conflits entre eux mais plutôt d’OPA, …

Les adversaires des 2C ne sont pas des opposants ou des ennemis, ce sont des terroristes. Car seuls des terroristes peuvent en vouloir à une société démocratique et de progrès puisqu’ils n’ont rien à opposer que la terreur et la destruction. Les 2C regardent le passé et se félicitent de ce qui a été accompli jusqu’ici malgré quelques questionnements sur les problèmes d’environnement qu’ils génèrent malgré tout. Mais là aussi, les 2C font ce qu’ils peuvent pour que Croissance et Consommation s’adaptent à ces obstacles passagers.

=> Le Bien, le Mal et la Liberté. Le Docteur Faustus introduit cette liberté spirituelle en plus des deux autres libertés déjà identifiées que sont la liberté individuelle et la liberté sociétale.

Il s’agit donc du libre arbitre accordé par le Créateur aux hommes. Un libre arbitre permettant de choisir entre le bien et le mal dans chacune de ses actions quotidiennes. Ce don du Créateur serait fait pour fournir à l’homme les moyens d’atteindre la perfection et donc, à travers ce choix faire le bien en pleine connaissance et conscience du mal. Sachant que le mal permet de louer le bien et qu’au sein du bien le mal se fait plus pernicieux, plus malin.

Ce serait comme donner la possibilité de faire des bons ou des mauvais choix afin d’avoir une capacité d’apprentissage.

=> A lecture du Docteur Faustus et lors de la séparation du narrateur et du héro, une séparation parmi d’autres mais différente, importante, pour le narrateur car le héro va se lancer enfin vers la musique et son étude, un petit passage sur leurs adieux laconiques, car souvent répétés avec l’assurance de retrouvailles, fait écho en moi avec le mécanisme de la poignée de main matinale au bureau, son rituel et son inutilité. Cela me fait aussi penser que, dans un monde communicant sans cesse de manière plus large (bande passante), ce rituel semble désuet sans parler des open-space qui ont remplacé les bureaux ce qui amplifie le rituel matinal et le rend insipide.

L’homme va t-il se retrouver encore plus dans sa bulle (je pense donc je suis) prohibant tout contact physique? Le film Matrix me semble si réaliste : confinés dans un réceptacle et vivants par simulation.

=> La jeunesse d’un lotus. Petit récit ou roman (la différence se situe dans l’intention comme un film avec ou sans voix off). Du style de « Soie »… ou bien je l’écris comme celui-ci, puis je l’intègre dans une lecture commentée en classe de… Flip. L’idée est de distancier le premier récit de mon style littéraire car il peut avoir des accents épiques et grandiloquents (en bref je peux me lâcher) mais aussi cela me donne l’occasion de parler du premier empereur dans la classe d’école de mon héro ; une double introduction comme Bilbo le Hobbit lut par Frodon.

=> Musique et langage vont de pair, écrit Thomas Mann dans son Docteur Faustus. Et le Simaï, ce cri de guerre permettant l’énergie destructrice de E d’atteindre son point culminant. Si E est une musique; l’être humain apporte ses mots pour son activation. Et c’est ce rituel de mots que l’Empereur utilise pour maintenir la principale source connue de E sur Smirn. Mais les mots ne sont pas suffisants sans un esprit de compréhension et de compassion qui leur donne la musicalité nécessaire pour les rendre efficaces, en résonance avec E.

=> H5N1, un risque de panique… Économique. Les titres de la presse sont aussi clairs que celui de « Metro » : Rester serein face au H5N1.

Personne ne court dans les rues, pour aller où d’ailleurs? Personne ne se jette sur les achats de produits de première nécessité, pourquoi on n’en a trop chez soi ou pas loin et à quel produit peut-on faire confiance?

La grippe aviaire nous cerne de toutes parts dans notre cocon carcéral. Alors, consommateur ne paniquez pas, achetez du poulet, il n’y a pas de risque et en plus il n’est pas cher! La presse jouant son double jeu de faire passer des rappels au calme tout en saturant au maximum ce nouveau filon médiatique. N’oubliez pas mais ne paniquez pas, consommer!

=> « S’illusionnait sur l’absence en lui d’une force créatrice authentique et irrésistible », Thomas Mann m’envoie un message cinglant sur l’illusion d’obstacles à la production personnelle, à l’écriture. Il raconte en effet dans le Docteur Faustus comment un écrivain en herbe (qui se croit  »écrivain-né » à tors ou à raison n’est pas le propos, on lui donnera le bénéfice du doute) « se donnait pour les œuvres étrangères au service desquelles il se consumait ». Thomas Mann parle d’un traducteur de textes anglais, plus précisément de poèmes anglais avec une minutie allant jusqu’à l’extrême alors qu’il est lui-même poète. Tout cela pour gagner sa vie.

Qu’en est-il de moi? Ne suis-je pas sur la même fausse route? Illusion d’un besoin d’origine pécuniaire alors que le compteur tourne. Bien sûr, je travaille mes idées et quelques textes que je ponds sous l’impulsion d’atelier d’écriture. Une production somme toute faible qui ne s’explique que par mon activité professionnelle et depuis peu (mais qui me semble très lointaine) par mon fils et le second en route (on saura si c’est une fille ou un garçon dans trois jours). N’est-ce pas des prétextes comme tous les autres? Pour les enfants, je ne crois pas. Pour le travail, il m’apporte une expérience de la vie intéressante et des moyens financiers pour mes cours d’écriture. Mais que de justifications. N’y a-t-il un meilleur moyen, plus traditionnel, comme le disait Chateaubriand :  »chaque jour une ligne ».

=> Sur la route du Château de Chantilly, au détour d’un virage, mon poste radio me jette au visage : L’art c’est la violence camouflée. De violence j’en ai toujours eu, trop dans ce monde de paix qui fut le mien étant enfant, un bon moyen de compenser, un peu souffrance pour exacerber mes pensées ; Je me suis inventé des centaines de drames, d’injustices jusqu’à la période romantique de mon adolescence tardive… J’ai toujours rêvé ma vie ou bien était-ce celle d’un autre, d’un petit garçon dont j’empruntai le corps.

Et sur la route de Chantilly, au volant  de ma dernière voiture (j’en change peu mais cette fois ce fut l’aboutissement d’une longue patience) que de puissance et de qualité de conduite, de mécanique, je n’ai toujours pas essayé tout son potentiel. Il faut dire qu’avec un bébé à l’arrière dans son siège et ma femme enceinte de notre second fils, je ne peux pas faire beaucoup de folies. Eh oui à l’époque je l’aurais bien poussée à ses derniers retranchements lorsqu’il nous arrive de partir sans passager. Est-ce la jeunesse qui fait me défaut ou bien je me cache derrière cet argument fallacieux selon lequel j’aurais dompté cette bête? N’est-ce pas trop puissant pour moi tout simplement? Ce n’est pas un bolide, 150 cv, mais avant, avec mes voitures à 60 cv, je me faisais doucement mes illusions de pilote comme un enfant au volant d’un kart rêvant à la Formule 1. De ma vie je me faisais tant d’espoirs alors qu’elle devait être moyenne voire bien pire si je n’avais pas eu la chance de croiser ma douce et belle épouse. J’ai rêvé d’une vie bien plus triste pour y extirper les mots de mes textes éblouissants.

Si je meurs sans eux au moins aurais-je connu le bonheur d’être auprès d’elle. Cette vie en valait la peine.

Mais peut-il y avoir de l’art sans violence qu’elle soit physique ou intellectuelle? À 39 ans, j’espère avoir la chance d’y répondre un jour.

=> « Jamais œuvre n’a connu de génération spontanée », Thomas Mann dans le Docteur Faustus. Il met le doigt encore là où cela fait mal à savoir sur le fait que depuis dix ans me viennent des idées lumineuses (en toute modestie pour mon ego « ergo sum » (car pour prendre conscience de moi il faut déjà pouvoir penser sinon moi n’existe pas) et que, cependant, rien de tangible ne sort de ma production littéraire au travers de mon Palm. Attendre en travaillant mon style, collecter et mettre en forme mes idées, lire les grands auteurs pour ma culture et pour les deux autres objectifs précédents, … Suis-je sur la bonne voie ou est-ce une illusion, un « mensonge », comme Thomas Mann en termine son paragraphe?

Bien sûr, il parle de mensonge pour ce qui est de la part d’apparence « impression d’immédiat » que produit une œuvre lorsque le lecteur s’en empare alors qu’elle n’est qu’une somme de labeurs, « faite de travail ». Mais comme à son habitude, Thomas Mann élargit sa vision et inclut le monde – la société – dans cette apparence, ce mensonge fait à tous dès lors qu’une œuvre d’art – un des aboutissements majeurs de la conscience humaine – est, elle aussi, atteint par cette duplicité.

=> « La liberté aboutît à l’improductivité », « La promesse d’un remède à une époque de conventions abolies », Docteur Faustus de Thomas Mann. Pourrait-on dire que notre époque qui a mis les conventions, les usages, les bonnes mœurs, au placard (et encore un placard qui est dans une cave) soit arrivée à l’improductivité? On répondrait facilement par la négative au vu de la mondialisation qui nous pousse sans cesse sur le terrain de la productivité accrue. Et pourtant. Que dire de la véritable productivité intellectuelle autre qu’alimentaire, qu’auto générée? Un foisonnement d’arbres qui cachent une forêt de plus en plus lointaine. Du bruit comme on en parlerait en électronique.

De plus si l’on considère liberté et oisiveté ou bien, plus moderne, surcharge d’activités – dispersion – dans le bruit ambiant et recherche frénétique de loisirs, alors la vie intellectuelle dans tout cela? Victime de la mode? Ne pas confondre libéralisme et liberté.

« La liberté n’est en définitive qu’un autre terme pour désigner la subjectivité », « La liberté incline toujours à un revirement dialectique », « Elle apprend très vite à se connaître dans la captivité », Thomas Mann enchaîne, page 233, ces petites phrases superbement intellectualisantes. Subjectivité autre terme pour liberté car comme il le développait dans la Montagne Magique : la liberté est affaire d’individualisme, d’une sensation personnelle de liberté. Puis il parle d’objectivité qui est la version sociétale de la liberté vers laquelle la subjectivité tend pour construire les conditions de vie en tant qu’être pensant libre. Pour terminer vers sa capacité à reconnaître les restrictions que l’on lui impose jusqu’à ne plus se sentir réellement.

La société dite de libertés ne peut pas assurer une liberté individuelle sans restriction donc la subjectivité est souvent titillée vers un manquement dans ses droits sans jamais remettre fondamentalement la notion de liberté dans cette société. Cependant, elle sait reconnaître la captivité lorsque ses restrictions atteignent un certain seuil, subjectif, différent chez chaque être pensant. Et c’est le revirement que l’on peut qualifier de dialectique car non quantifiable même individuellement (chaque individu évolue sans cesse) et qui ne peut que s’exprimer par des mots.

La révolution est la réponse sociétale à un besoin de liberté, mais même si une société évolue aussi, elle ne peut pas suivre ses sujets. La société libérale est un exemple de ces évolutions à contre courant où l’on sert de la liberté comme on servirait à manger à quelqu’un de rassasier : il a besoin de se sentir affamé pour apprécier librement la nourriture : « un jour cette dernière se lasse d’elle-même ».

Je pense que l’on a largement dépassé ce stade et que l’on a rejoint la « sécurité dans l’objectif », mais jusqu’où?

=>Avec Thomas Mann il y a du Sens. Comme le disait très pompeusement ou intellectuellement un philosophe à Caen qui propose une lecture des philosophes en dehors du cursus classique, en dehors de la redite officielle au lieu d’une lecture personnelle, en dehors des philosophes « au programme » en allant chercher les oubliés, … Il estime que le cursus de ses cours viendrait du sens qu’il apporte. Bien qu’il n’ait pas complètement tors, il serait naïf de croire à cela et d’oublier l’effet mode ou commercial de toute l’entreprise.

Mais revenons à Thomas Mann et au Sens qu’il apporte. Chaque histoire qu’il propose est un prétexte pour établir des situations permettant la réflexion sur des idées. Cela n’a rien d’original mais ici la conception du roman finit par tourner autour de cela. A tel point que j’oserais dire que ce sont des romans d’intellect-fiction comme on parle de science-fiction. Sans parler de sa manie d’approfondir jusqu’à l’extrême un besoin de maîtriser un domaine (ici la musique, « là-haut » la médecine), le roman ne peut pas se lire d’un trait tant il prend des allures de manuel. Et c’est tout simplement merveilleux même pour quelqu’un comme moi qui, tout en appréciant la musique par les sensations mélodiques qu’elle m’apporte apprécie plus difficilement la technique musicale à laquelle le classique fait figure de référence pour moi.

=> Un cerveau qui tourne à vide peut avoir la migraine si cela lui en coûte bien plus que tourner à « fond ». Dans le Docteur Faustus le héro, Adrian, a des migraines lorsqu’il souffre d’inactivité intellectuelle. Je me plais à penser que ce génie consomme plus d’énergie mentale au « repos » qu’en activité ; il repose son esprit en réfléchissant comme un programme d’ordinateur qui entre dans une boucle infinie : il ne fait rien mais il n’a pas le temps de faire une pause entre deux réflexions car il boucle à toute vitesse en recherchant sur quel sujet il pourrait réfléchir. Bref une fuite du vide, une fuite en avant dans l’oubli par l’activité, l’usage de son intellect.

Autre point, un génie… Pourquoi diable faut-il être un génie pour éprouver cela? Une sorte d’être supérieur… Thomas Mann aurait pu éviter cela en tant qu’Allemand en pleine seconde guerre mondiale, en plein nazisme, même s’il était un banni, un réfugié politique, mais cela l’aurait moins facilité dans l’écriture de ce roman et cela aurait perdu en souffle… épique. Toutefois, l’usage du concept du génie dans les écrits et on-dit me perturbe car je pense que ce mot ne veut rien dire. C’est un peu comme le conflit entre hasard et déterminisme, qu’est-ce que le génie? Si ce n’est quelque chose qui nous dépasse et que l’on attribue un mythe à une personne. Je ne crois pas plus au génie d’Aladin qu’à ce génie-là. Je crois au travail et à l’effort intellectuel même si les dispositions intellectuelles ne sont pas les mêmes chez chacun d’entre nous. Je crois que l’on a suffisamment de marge pour être tous des Einstein.

Pour moi le mot génie a un goût de lessive.

=> « La liberté est une affaire de riches, l’indépendance est plus une affaire pour les crève-la-faim », voici en substance ce qu’aurait déclaré le Général De Gaulle lors des événements d’Algérie. Peu m’importe qui en est l’auteur, cette réflexion m’a frappé pour ce qu’elle m’apporte à mon moulin d’idées. Tandis que les manifestations anti CPE martèlent le pavé parisien à la recherche d’une revanche sociale. Le rejet du CPE dépasse l’objet lui-même comme il est classique de le constater à chaque soulèvement populaire d’importance. Mais initialement ce qui m’avait frappé c’est que ce sont ceux qui ne craignent rien à ce nouveau contrat de travail qui manifeste tandis que ceux pour qui c’était destiné étaient en retrait (ensuite ils ne l’ont plus été quand l’objet est devenu le besoin de revanche). Ceux, pour qui le CPE n’était pas destiné, les riches, ont eu peur que cela nuise à leur establishment non pas pour le risque que ce nouveau contrat leur apporte pour eux mais pour le risque que les crève-la-faim y trouve un moyen de prouver leur valeur, leur fasse concurrence, y trouve leur indépendance vis à vis de ces riches une fois installés dans leur bon vouloir de leur donner une maigre chance, des miettes. En bref ce n’est pas un anti CPE mais s’opposer à cette nouvelle concurrence.

=> La race humaine est liée au travail. Même si son corps a du mal à être dominé par un esprit lui-même partagé, de manière globale les humains sont studieux ou travaillomanes. Je peux prendre comme exemple rhétorique vous-même qui vous penchez sur ces quelques lignes. Je vous imagine les yeux aiguisés, déchiffrant mes idées et les confrontant aux vôtres. L’ordinateur, création humaine par duplication, est un autre exemple du genre. Je suis convaincu que le futur nous donnera de forts intéressants exemples où un esprit développé sera en arrière plan d’un corps dominant. Imaginer un loup qui élabore des schémas tactiques et des armes durant une traque.

=> Lorsqu’un écrivain meurt, c’est une voix qui s’éteint.  En tout cas comme le disait Borges, l’être avec ses multiples s’en va et reste les rares instants qu’il a légués dans ses écrits. Rares? À moins que ce ne soient tous ses moments lucides le reste n’étant que de l’activité animale et sociale. En tout cas c’est une somme de possibles ou de non révélés qui disparaît, retourne au silence. Cette fin est le terme de ce qu’a apporté l’individu qu’il soit avant-gardiste ou dans la lignée de quelque chose en le magnifiant, l’exhortant. Bien sûr personne ne le remplacera tout à fait puisque personne n’était assez intime avec son être non entièrement révélé et aussi mais surtout chacun est différent, même le plus fidèle a sa vision à lui.

Donc la mort d’un écrivain c’est la fin d’un monde dont il a laissé quelques photos. Ces images ouvreront des portes vers les futurs mondes de futurs écrivains mais rien ne sera pareil.

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