Nous en ferons bon usage

Un cimetière me fait furieusement penser à une décharge dans laquelle l’homme met son dernier déchet, son propre corps. Certes, le lieu est bien plus respectable qu’une simple décharge d’ordures ménagères mais si nous considérons un instant tout le mal qu’un être humain inflige à sa planète, en toute insouciance, par manque d’éducation, alors la valeur de ce respect diminue. De même si nous considérons ce corps en putréfaction, laissé pour compte par une âme enfin libérée, ce corps abandonné de tous, la famille, les amis. Le lieu devient sordide. J’ai l’intime conviction que le corps a bien mieux à faire qu’à pourrir dans cette prison. Ses cellules doivent retrouver le chemin de la vie et de préférence en dehors d’un tombeau. En faisant cela, au contraire, nous leur donnons peu de chances de revoir la lumière de l’Intelligence. Comme si nous les bannissions d’une réincarnation probable. Quel gâchis !

Dans la nouvelle que je m’apprête à écrire, mon héroïne, Dominique, retrouve ses parents au cimetière, pour leur dernière demeure. La fraîcheur de cette fin de matinée d’avril fait écho avec la grisaille des pierres reflétant un ciel tout aussi gris, une journée sans soleil prévue par Météo France. Le silence de circonstance tout aussi glacial n’est troublé que par le murmure de la brise et les chuchotements des Autres. Dominique ne fait aucun effort pour se rappeler leurs noms et leurs relations avec ses parents. Elle préfère depuis le départ de la procession, depuis la maison familiale, se remplir des images de Chamvres qu’elle a quitté des années plus tôt sans jamais vraiment revenir comme ce matin.

Dominique regarde le tombeau ouvert destiné à recueillir ses parents qui voulaient unir ainsi leurs corps passionnés dans cette pourriture éternelle. Deux corps à demi consumés par le feu de leur passion. Quel gâchis ! Le reste brûlé dans l’incendie de la voiture enroulée autour d’un arbre sous un après-midi de canicule précoce. C’était il y a quelques jours, Dominique ne sait plus, c’était presque l’été alors qu’aujourd’hui c’est encore l’hiver, le cycle est brisé. Elle frissonne. C’est l’heure du bilan, à qui le tour ? Le ciel se couvre un peu plus quelques instants. Les oiseaux n’en prennent pas ombrage, affairés dans un printemps fraîchement retrouvé. Elle a envie de jouer avec eux, de s’esquiver pour fuir les regards froids remplis d’une sollicitude carnivore. Dominique sent une lumière froide qui la dérange, un rayon improbable de Soleil et en même temps une voix brisant son silence intérieur.

– Dominique, tiens voilà une rose. Tu passes la première !

Nicole est devenue avec l’âge le portrait de sa sœur, la mère de Dominique, avec son regard impérieux en toutes circonstances. Dominique supporte beaucoup moins ces yeux qui la jugent en permanence que ce reflet du visage maternel. Le ciel s’assombrit à nouveau entraînant un silence pesant tandis que tous les regards se tournent vers elle, la fille unique, la folle pour la majorité, un peu spéciale pour les plus indulgents. Elle soutient aisément leurs pics glacés en leur renvoyant son regard chargé de Nicotine appuyé par sa longue expérience en pareilles situations. Elle ne les connaît que trop bien. Elle passe rapidement sur le regard de bovin de Gilles, le dernier mari de Tante Nicole qui sait si bien les dresser selon ses caprices avant de les jeter ; Georges et Yvonne, et leurs deux crétins de fils, Léonard et Nicolas, ses chers voisins qui n’ont jamais levé un petit doigt quand son père levait sa main psychotique sous l’impulsion de l’intolérance de sa mère. Si la musique forte les dérangeait, les cris semblaient moins traverser le mur mitoyen de sa chambre et de leur chambre. Quant aux deux fils, ils ne jouaient pas dans la même catégorie qu’elle, elle qui tentait d’être admise à la prestigieuse Ecole Polytechnique tandis qu’eux jouaient au docteur avec la biquette comme si c’était au programme des loosers. Dominique avait été élevée à la dure et encore aujourd’hui, il lui arrive de trouver cela normal. Dominique passe rapidement en revue les autres, des Chambériots pure souche dont le maire qui a fait l’oraison funèbre à défaut de diacre pour cette commune comme tant d’autres en France, désertée par les hommes d’église. Mais elle a coupé les ponts depuis tant d’années qu’elle préfère s’en griller une.

– Tu ne vas quand même pas fumer maintenant !

Elle ne l’écoute pas. Ses poumons se remplissent rapidement de sa drogue et son cerveau se libère peu à peu de la gangue matinale. Elle observe les alentours, les champs qui délimitaient le village avec son cimetière en bout, les pierres qui ne sont pas si tristes que cela avec tous ces messages d’adieu, d’amour. Elle s’approche du tombeau de ses parents et lâche la rose comme si elle la jetait dans une vulgaire poubelle, choquant un peu plus l’entourage. Elle s’apprête alors à fermer les yeux, le temps de se mettre à l’écart, quand elle s’arrête net sur une inscription : « Tu es partie avec l’insouciance de tes quinze ans, nous laissant ton courage, nous en ferons bon usage, Papa. »

Dominique s’enfonce un peu plus dans ses souvenirs d’enfance à la lecture de l’inscription. Déjà qu’elle n’est pas bien réveillée, elle en profite pour fuir les autres qui ne manquent de lui glisser quelques paroles fades à tour de rôle, après avoir jeté leur rose. Quel gâchis ! Elle a passé la nuit dernière à rêver de son père avec force de détails occultés ; L’affliction de son haleine chargée par son café au lait matinal et l’odeur de sa névrose ; Il n’avait jamais accepté qu’elle soit une fille ; Il la réveillait chaque matin à cinq heures pour les exercices physiques d’éveil corporel puis le travail de la mémoire et de la concentration, enfin elle avait droit à un petit déjeuner équilibré et nutritif préparé avec soin par sa mère ; L’acidité du citron pressé ; le rythme de ces matinées avant l’école lui remontait encore dans la bouche, lui brûlant l’œsophage. « Nous laissant ton courage », Dominique avait eu beaucoup de courage, celui d’une enfant qui est née dans un monde bizarre, son monde. Elle avait mis dix-huit ans pour en sortir, décision d’adulte, sa seule décision ; Elle n’avait depuis jamais cessé de fuir.

Une douleur au bras la ramène à la réalité. C’est la poigne de sa tante juste au-dessus du coude. Il fait maintenant un peu meilleur dehors mais à part cela l’ambiance est restée glaciale. Tout le monde critique ses absences. Le souvenir de sa mère s’impose à nouveau, la même manière de l’attraper au bras, un étau, un carcan. Dominique n’en voulait pas à son père qui reproduisait un schéma familial. Par contre, sa mère aurait dû la protéger. Au contraire, suivant ses humeurs aussi changeantes qu’incontrôlées, elle portait des jugements cinglants à sa fille comme à son époux, ce qui revenait au même pour Dominique qui défendait son papa. Elle ne cherche pas à se dégager de l’emprise de sa tante. Elle lui sert de guide tortionnaire, en position inversée de l’aveugle et son guide. La chaleur retrouvée du monde réel lui donne du baume au cœur, mais qu’est-ce qui est réel ? Les cauchemars de la nuit dernière ? Ses souvenirs d’enfance ? Le moment présent ? « Nous en ferons bon usage », Qu’a-t-elle fait de sa vie ? Faire bon usage de ce que ses parents lui ont légué que ce soit par la négation ou l’acceptation est une bonne chose mais ne rien n’en faire ? Dominique a passé l’âge des remords. La crise de la quarantaine est derrière elle ; elle a toujours été en avance. Elle fait fi du passé, du futur et même du présent. Elle ne veut rien transmettre. Elle sera le point final d’une descendance maudite par l’orgueil et l’arrogance. « Papa », Dominique s’interroge sur l’absence de Maman dans la signature de l’épitaphe. La réponse ne vient pas. Quel est ce mystère ?

– Dominique ! Il va falloir que tu parles un peu avec tout le monde quand même, cela ne se fait pas !

Son esprit se rebelle. La cigarette est terminée depuis un moment et il y a urgence. Alors Dominique prend la seconde décision de sa vie, la première pour laquelle elle fait un véritable choix, et non une fuite. Elle veut retrouver ce papa et résoudre cette énigme. Elle a l’intime conviction que le sens de sa vie en dépend.

– De quand date cette inscription ?

Elle décide de faire appel à sa mémoire visuelle en ouvrant les yeux en grand.

– Ha ! Enfin te revoilà parmi nous, merci de…

Elle s’arrache sans prévenir à l’étreinte de sa belle-mère qui croyait être parvenue à ses fins et elle se met à courir droit devant elle.

***

Paul Vernet ne se sent pas très bien ce matin. Il a horreur de commencer un week-end par de la grisaille. Une migraine ophtalmologique pointe son nez. Le résultat de trop d’heures passées devant les écrans d’ordinateur ainsi que la conséquence du relâchement brutal en arrivant hier soir très tard de Paris dans cet écrin de silence que sont les environs de Joigny. Vite un bon café… Quant à savoir si, réellement ou pas, le café serait un bon moyen de chasser la migraine. Paul n’en avait cure du moment qu’il n’en boive pas autant que durant la semaine. C’est aussi pourquoi je n’ai pas de machine Nespresso ici. Paul intériorise ainsi très souvent. Paul attrape la boîte en fer factice Illy, signe d’une époque centrée sur l’apparence. Chaque fois qu’il ouvre la boîte, il ne manque pas de se rappeler la première fois qu’il en a acheté une. Excité qu’il était de humer le parfum de son acquisition, de sa découverte. Il aime toujours faire les courses pour ces découvertes, ces idées qu’il mitonne dans sa tête. Il fallait voir sa tête quand la fine mouture lui sauta au visage sous la pression contenue dans la boîte. La curiosité est un vilain défaut… Ceux qui le connaissent bien parlent d’imagination fertile. Il attrape sa cafetière italienne, hésitant avec un filtre en métal vietnamien. Il a un pincement au cœur. Il prépare son café machinalement, mais avec une grande précision. L’eau chauffe rapidement. D’un seul coup le soleil du printemps traverse la cuisine. L’odeur du café remplit l’air. Paul est ébloui. Il est fidèle dans ses amours. Si c’est comme ça je vais m’installer dans le jardin et continuer à lire les Mémoires de ce cher René. Puis écrire… Paul adore se raconter le programme de la journée qu’il ne tient pas forcement mais qui a le mérite à la fois de le rassurer, de rendre son univers moins intangible, et de le motiver, de focaliser ses pensées sur du concret.

Le café est prêt, arrête de dire des bêtises ! Mignonne allons voir la… rosée… J’aurais dû prendre une éponge… Tout en tenant sa tasse d’une main, il retourne la chaise en plastique blanc, lumineuse. Les gouttes d’eau perlent sur le gazon du jardin qui est aussi bien imbibé. Ses yeux clairs le protègent mal de toutes sources de lumière. Il s’assoit en grimaçant tandis que l’humidité résiduelle de la chaise pénètre son jean. Il a fait pipi dans sa culotte… Paul sourit intérieurement accentuant sa grimace alors qu’il lève les yeux avec prudence vers la véranda de sa maison. Elle n’est pas toute jeune… Il se rappelle l’époque où il avait refait à neuf cette jolie demeure bourguignonne. Un travail de pro… C’était son ancienne vie où il retapait des lieux comme celui-ci pour les cadres trop dynamiques de la région parisienne qu’il était finalement devenu. Il couchait au sein même du chantier laissant son épouse, Sandrine, avec le bébé pendant la semaine à Juvisy près d’Orly et parfois il ne rentrait pas du week-end. Son travail était très apprécié et lui rapportait beaucoup. Il en était arrivé à travailler sur plusieurs chantiers en même temps en sous-traitant à des artisans locaux et en employant quelques apprentis. Paul regarde avec fierté sa demeure, sa dernière commande qu’il n’avait pu honorer jadis. De la véranda à la cuisine il n’y a qu’un pas, celui de la cuisine. C’était sa touche à lui, délaissant la porte principale pour agrandir la pièce à vivre, salon et salle à manger. La cuisine fait office de couloir d’entrée, en plus accueillant, en plus pratique pour maison de campagne avec un jardin généreux. Il se souvient bien quand ils avaient passé cette porte pour la première fois ensembles. Sandrine avait œuvré une semaine à fleurir sa véranda avec Lilli qui courait autour du potager. Elles étaient belles à regarder… Ses sentiments sont à fleur de peau quand il pense à Elles. Il frisonne et se lève pour rentrer. C’est beau Lili… Elle n’est plus là. Des larmes acides coulent sur son cœur. Mais elle n’a jamais été aussi présente dans sa vie, dictant sa nouvelle vie. Une vie pour deux… À cette époque, Paul était certain qu’à Chamvres Lili allait guérir. Elle n’avait que cinq ans.

***

Dominique n’est pas rentrée à la maison de ses parents cette nuit. En fait, elle n’a jamais plus voulu dormir chez eux, depuis sa fuite, depuis un peu plus de vingt ans. Retrouver sa chambre eut été d’accepter qu’elle avait fait une erreur de partir, de subir le regard de sa mère, le jugement de son père. Elle n’y était jamais entrée. De toute façon, Dominique fumait tout le temps et il était interdit de fumer dans la maison. Les rares fois qu’elle passait les voir, elle logeait chez des amis à Joigny. Aurélie et Charles Quesnel étaient sa famille d’accueil puisqu’à l’époque ils l’avaient recueillie chez eux alors qu’elle errait seule à la gare. Monsieur Quesnel était chef de station. Ce soir-là, il finissait sa journée assez tard. Il surprit Dominique prostrée dans un coin. Les clochards étaient encore rares dans cette gare de province fin des années 80, à plus forte raison une jeune fille qui avait l’air perdue. Lorsqu’il s’adressa à elle, Dominique l’ignora. Mais comme il était persévérant et doux, il finit par obtenir son attention. Le dialogue s’installa entre eux, au début laborieusement puis Dominique lui déballa tout.

– Je n’avais pas l’habitude que l’on s’intéressa à moi.

Encore aujourd’hui, elle vit emportée dans la tourmente de ses parents. Quel gâchis ! Son père avait la folie des chiffres. Ils, Eric et Claire s’étaient rencontrés le 6 juin 1966, 6 6 66. Ces quatre six avaient été un déclic pour Eric et le ciment de leur relation. Ils avaient décidé de se marier le 9 septembre 1999, seule date aux yeux d’Eric digne de leur fabuleuse rencontre et signe de la longévité de leur couple. Même la naissance de Dominique avait été planifiée pour juin 1969. Claire avait multiplié les marches à pied à Paris, entre la rue des Saints Pères et les quais de Seine, et les tours en voiture sur les pavés Place de la Concorde. Alors qu’ils croyaient la chose perdue à jamais Dominique avait fini par naître un 26 juin à 18 heures. Cette heureuse surprise fut, hélas, gâchée par le sexe de l’enfant. Son père avait une sainte horreur de l’échec. Le grand-père paternel le qualifiait d’excuse des faibles.

– Je peux vous aider, Madame.

L’employé de la mairie la fixe d’un air péremptoire depuis qu’elle a franchi la porte du modeste établissement. Dominique n’ose pas le contredire, elle n’a jamais été mariée.

– J’ai besoin d’un service mais je ne sais pas comment vous l’exprimer.

– Je vous écoute…

Mais elle ne l’écoutait plus. Elle sait comment obtenir ce qu’elle veut. Elle a eu de très bons professeurs, ses parents aussi. Ils s’étaient rencontrés à Sciences Po avant de faire l’ENA tous les deux. Eric était plutôt attiré par les techniques scientifiques mais son père en avait décidé autrement. Quand le grand-père avait décidé de s’installer dans le VIIe arrondissement après les glorieux mois passés dans la 2ème DB en tant qu’officier de liaison, il envisageait déjà à l’époque que sa descendance fréquenterait cet établissement. Pour s’en assurer il avait participé activement à la Fondation nouvellement créée pour les nouvelles destinées de la déjà célèbre école d’Emile Boutmy. Il participa aussi à la création de l’ENA en tant qu’ami de longue date de la famille Debré. Dominique avait hérité des capacités de déduction et de raisonnement de son père ainsi que de la mémoire sans faille de sa mère. Elle aurait atteint des sommets. Ginette lui était grande ouverte.

– Ginette…

– Je vous demande pardon ?

– Rien, je voudrais voir le maire, je suis la fille de Monsieur De Solan.

L’homme hésite un instant. Le regard de Dominique est devenu une pointe d’acier. Il décroche son téléphone. La détermination est un trait familial. Quel gâchis ! Quand Claire avait décidé de partir au Texas dans un cabinet d’avocats d’affaires pour s’opposer au père d’Eric qui n’avait pas du tout apprécié qu’ils aient eu un bébé en dehors du cadre du mariage et de surcroît pendant leurs études, Eric et claire s’étaient mis les deux familles à dos, la parisienne comme la bourguignonne de Longecourt. Si les deux amants avaient été des élèves studieux puisqu’ils avaient « traversé le jardin » au printemps 1968 sans aucun problème, ils n’avaient pas perdu une seule goutte des événements qui s’étaient déroulés à l’extérieur. Dans un élan romantique de tout envoyer promener, Eric n’avait pas hésité un instant pour tout plaquer, son nouveau poste très prometteur à l’inspection du Ministère de la Défense. Son père l’avait menacé de lui laisser rembourser à l’État les sommes perçues pendant son cursus à l’ENA avec tout ce que la démarche comportait d’humiliation. Au final, il avait fait jouer ses relations pour gommer cet écart autant pour son fils que pour lui, sinon plus. Et puis Houston était un rêve pour Eric depuis qu’il avait vu Neil Armstrong marcher sur la lune. À leur arrivée, il se présenta au Mission Control Center de la NASA qui fut ravie d’accueillir un élément si brillant.

***

La Porsche Cayman gronde sur l’autoroute A6 en direction de Lyon. Paul joue à cache-cache avec les radars. Il est très tard. Les flics dorment aussi… La soirée de fin d’année de l’Eurex avait été réussie cette fois-ci, bénéficiant d’une belle nuit sans nuages et permettant d’avoir lieu sur une péniche à deux pas de Bastille. Comme d’hab organisée à la dernière minute… typique de toutes les Bourses mondiales… Paul a pris son vendredi comme il le fait chaque année depuis qu’il est invité, depuis qu’il traite sur l’Allemagne. Putain déjà deux ans !

Le souvenir de la marionnette de Chirac dans les Guignols des grandes années de 93 à 95 lui revient à l’esprit. Des grandes années aussi pour Sandrine et moi… notre rencontre… la naissance de Lili… le mariage en comité restreint avec le bébé dans les bras… Paul aime beaucoup écrire même en pensée, même pour le néant, l’impermanence des idées et des personnages. Le GPS clignote devant ses yeux, un radar à 400 mètres, 300… Il décélère. La Porsche semble s’arrêter net. L’autoroute est vide. Le temps retombe dans la glu de l’attente, 75 mètres avant l’obstacle, le GPS efface l’icône du radar, Paul accélère laissant ces souvenirs heureux loin derrière.

D’habitude, il ne regagne Chamvres que le vendredi soir un peu avant minuit, après les bouchons. Il quitte d’ailleurs tous les jours tard son travail de trader rue Lafitte sur les produits dérivés allemands pour regagner son petit deux-pièces rue Daunou. La Bourse ferme leur cotation à 22 heures. À cette heure tardive le bâtiment, Maison Dorée, est entièrement fermé. Il est obligé de passer par les sous-sols pour regagner l’autre bâtiment de l’autre côté de la rue. Les pompiers de la banque y ont un poste de veille de nuit. Ils le connaissent bien d’autant plus que Paul sait leur parler, il n’a pas oublié d’où il vient. C’est aussi pour cette raison qu’il vient à pied au travail sauf le vendredi soir. Il regagne le sous-sol pour prendre sa Porsche garée à côté d’un joli coupé BMW tout neuf, la voiture d’un autre trader, plus jeune que lui. Ils le sont presque tous… Paul a brillamment terminé ses études tardives, en 2007, par le prestigieux DEA Finance de Sciences Po ; Il voulait travailler dans une salle des marchés. En Février, il participa à un concours en ligne organisé par son actuel employeur. Le concours consistait à jouer virtuellement en Bourse. Accessible uniquement aux étudiants en Finance et autres grandes écoles, le but sous-jacent était de trouver les meilleurs éléments et de leur proposer un stage de longue durée en salle des marchés. Ou plus si affinités… Paul se retrouva être le plus ancien stagiaire de la salle des marchés. Et de loin… Il démontra aux plus jeunes que la valeur ne se dégrade pas avec le nombre des années. Moins d’un an plus tard il traitait sur l’Allemagne. Et je ne parle même pas allemand… C’est un métier de fou mais ça tombe bien. Paul quitte l’autoroute à la sortie numéro 18, les pneus surchauffent à trop freiner, le conducteur connaît parfaitement le coin, optimisant son allure, la voiture répond à ses sollicitations. La flèche d’argent manque cependant d’emboutir la barrière du péage à cause de l’humidité de la chaussée.

– La fatigue. Et un peu beaucoup d’alcool…

– Pardon ?

L’employé n’a rien vu venir. Paul aperçoit des reflets de lumière bleue dans la vitre de la guérite.

– Merde les flics !

Mais la voiture de police continue sa route silencieuse avec un déluge de flashs déchirants l’obscurité des environs. La carte gold de Paul est avalée sans bruit. L’employé lui remet sa carte avec le reçu puis referme sa vitre sans attendre quoique ce soit d’autre de Paul. La petite bise de fin novembre avait vite fait de refroidir des relations humaines déjà bien échaudées en ce début de siècle. La barrière s’ouvre, lui priant de continuer son chemin.

– Les cowboys rentrent au bercail.

Paul ne s’est pas aperçu qu’il continue à parler tout seul. Lili s’impose dans son esprit.

– Je fais attention, ma chérie. Ne t’inquiète pas, nous sommes bientôt arrivés à la maison. Sains et saufs…

Les phares trouent l’obscurité dévoilant le chemin de la maison à la manière d’un passage vers un autre monde. Au loin le gyrophare des policiers laisse une impression d’orage.

– J’arrive ma chérie. Mais pas tout de suite…

***

Le troupeau de buffles dévale la pente verte ensoleillée, les clochettes pendues au coup des bêtes font un bruit de tous les diables, mais rien ne semble pouvoir briser le flot de coton qui relie chaque rive de la vallée un peu en contrebas. Paul est bien. L’air est pur. Lili le regarde et il la regarde juchée sur l’une des bêtes avec une pâquerette dans ses cheveux noirs comme ceux de sa mère et fins comme ceux son père. Paul se retourne vers Sandrine qui lui sourit, la main dans la sienne. Les clochettes lui arrachent une grimace mais il résiste à leur appel, il n’a jamais été aussi bien depuis des années dans le duvet qu’ils viennent d’atteindre. Ses pieds s’envolent au-dessus de l’herbe. Lili s’éloigne de lui, l’animal voulant rattraper le reste du troupeau qui a commencé à s’éloigner. Paul crie à Lili de descendre mais elle s’enfonce déjà avec sa monture dans la barrière de coton. Paul se retourne vers Sandrine pour lui demander de l’aide mais elle aussi commence à disparaître. Non, revenez ! Ne me laissez pas seul !

Quand Paul ouvre les yeux, il entend toujours les clochettes. Il est enroulé dans son drap, englué de sueur. Il se libère avec une telle maladresse qu’il fait tomber son sempiternel verre d’eau sur la petite table de chevet entre le lit et la fenêtre de la chambre. Merde ! Les cloches lui vrillent les tympans. Il se lève précipitamment pour aller dans le salon. C’est la porte d’entrée… Cela fait des années que quelqu’un ne s’est présenté chez lui ainsi, ses amis préférant le téléphone et quelques fois les textos. Il ouvre la porte et découvre une femme avant de se rendre compte qu’il est en caleçon. Trop tard, m’en fiche…

– Qu… Bonjour ? J’aimerais bien qu’elle m’explique tout ce tintamarre.

– Monsieur Vernet ?

– Oui… Je ne vais pas la laisser s’en tirer facilement, celle-là.

– Je suis désolée… de vous déranger… j’aurais dû vous appeler au téléphone avant. Je m’appelle Dominique… Je peux repasser plus tard ?

– Qui sait comment plus tard sera fait ? Je vais la faire poireauter un peu… Installez-vous sur une de ces chaises… mouillées… derrière vous.

Paul referme la porte sans attendre de réponse et, sans se précipiter, il se dirige vers la salle de bains tout en se demandant ce que sa visiteuse lui veut. Il avait eu le temps cependant de bien l’observer. Elle est encore jolie… Paul a toujours été attiré par les brunes aux cheveux longs qu’elle a attachés à l’arrière dévoilant des oreilles fines légèrement pointues comme son nez.

La douche a vite fait d’achever son réveil. Un coup d’œil sur la petite horloge murale lui indique 11 heures.  Il serait plus courtois que je me dépêche un peu après tout… Il sort de sa douche, se sèche les cheveux après avoir enfilé son peignoir. Deux par deux, il boutonne sa chemise. Et sort comme un diable de la salle de bains. Court vers la cuisine et, à la manière d’un chef d’orchestre, prépare le café. Puis il se rend compte qu’il n’est pas peigné et retourne vers la salle de bains tout en enfilant un pantalon qui traînait sur le parcours.

De retour à la cuisine, il verse l’eau chaude dans les deux filtres vietnamiens et ouvre la porte vers l’extérieur, la véritable porte d’entrée. Dominique est assise, élégante, les jambes croisées, bien galbées, assise sur sa veste qu’elle a posée pour se protéger de l’humidité. Bien vu… La matinée est agréable. Un vent du Sud traverse la France d’après la météo. Derniers sursauts de l’automne… Avant de retrouver ce petit vent de retour de Moscou… Rien de tel pour la grippe… Dominique est en train de fumer. Elle garde les cendres au bout de la cigarette à la manière d’une experte.

– Je vous apporte un cendrier. Vous buvez du café ?  Café… Clopes…

– Merci, vous pouvez m’appeler Dominique.

Les yeux noirs de Dominique sont embués de nicotine. Paul se retourne juste avant d’entrer dans la cuisine pour observer cette vision féminine. Dix ans… D’habitude c’est au printemps que les hirondelles reviennent. Il ressort quelques secondes à peine avec le cendrier qu’il pose sur une des chaises du jardin à côté de Dominique. Paul ne peut s’empêcher de la regarder, de la scanner, à nouveau. Ce n’est pas qu’il vive en ermite mais ici dans son havre de paix, entouré des miens, elle est différente, magique, n’est-ce pas Lili ? Il ressort sans tarder avec les deux cafés.

– L’ange n’a pas bougé.

– Pardon ?

– Ah, j’ai enfin votre attention ! Voici votre café.

– Merci. Je vois que je vous dérange. Vous êtes sûr que je ne devrais pas passer plus tard ?

Paul est passablement énervé. Allez accouche !

– Si ce n’était que pour prendre rendez-vous, il suffisait d’appeler.

– Je n’utilise jamais de téléphone.

– Diable, vous devez être sûrement la seule. Mais au fait, je ne connais toujours pas la raison de votre présence ici et maintenant.

– Je voulais vous rencontrer.

– Ah, je ne savais pas que j’avais une admiratrice à Chamvres. Je vis plutôt en ermite.

– C’est ce que j’ai cru comprendre, le maire vous décrit comme un asocial.

– Vous lui direz que je me moque éperdument de son avis et que, comme je ne suis pas inscrit sur les listes électorales de la commune, il n’a rien à craindre de moi. Mais dîtes-moi, vous n’êtes pas venue pour me dire cela ou me faire signer un autographe ?

– Non en effet.

– Vous faîtes planer un grand mystère…

– Celui de toute femme pour un homme tel que vous.

– Parlez, je vous en prie. Je ne sors pas de Polytechnique. D’ailleurs, je n’y aurais jamais été admis si j’avais voulu.

– Moi si !

– Ah ?

– Mais j’ai démissionné.

– Dommage.

– Vous croyez ?

– Croire quoi ?

– Que c’est une fin en soi d’être une bête de concours ? De ne réussir ses examens qu’avec les félicitations du Jury ? Pensez-vous que la vie en vaille la peine ? Vous êtes bien un homme vous pour croire que la vie est une conquête de trophées, une épreuve de force, un chemin jonché de cadavres…

– Holà, holà, pas si vite…

– Vous avez raison. Êtes-vous libre ce soir ? Je préfère discuter le soir, je suis plus à l’aise.

– Je vous l’ai dit, qui sait comment sera l’avenir…

– Nous verrons bien, à ce soir !

***

Dominique a trouvé Paul à l’opposé d’elle-même. Guère courtois, trop direct, maladroit, elle ne manque pas de qualificatifs et elle garde pour elle les plus corsés. Si elle n’est pas certaine qu’il est l’auteur de l’inscription qu’elle a lu six mois auparavant au cimetière, elle ne retournerait pas le voir comme elle s’apprête à le faire.

– Six mois. En fait sept… Je ne suis pas une rapide. Quel gâchis !

Dominique n’est toujours pas guérie de la disparition soudaine de ses parents. Elle a même envisagé qu’ils ressusciteraient le 6ème jour du 6ème mois. En fait, elle n’avait jamais été guérie d’eux de leur vivant. Désormais, elle n’a plus besoin de les fuir mais pour tourner la page elle ressent l’irrésistible besoin de revoir Paul, d’en savoir plus sur la petite Liliane et surtout sur Sandrine, elle s’est bien renseignée ; Elle a besoin de se jeter dans une autre tourmente.

– Guérir le mal par le mal.

Pour tuer le temps, Dominique fait une bonne promenade le long de l’Yonne sous le regard bienveillant des Gondi. L’après-midi est pluvieux. Sous son parapluie, elle écoute les gouttes frapper la toile, elle s’écoute parler, elle se sent à l’abri sur cette rive déserte.

– Il est grand temps de remonter en voiture et aller tout lui raconter. Il va se moquer de moi. Grand bien lui fasse !

Dominique se met à rire. Cela sonne faux, théâtral. Elle aime jouer ce rôle qu’elle se réserve pour elle seule. Celui que ses parents lui ont toujours dicté.

– Sois fort mon petit !

Sa main tremble alors qu’elle peine à trouver sa clef de voiture avec sa cigarette à la bouche qui menace de délester les cendres dans son sac. Elle ne sait pas si elle part pour l’échafaud ou pour le paradis. Le ciel avec ses gros nuages est en train de s’obscurcir à vive allure, une fin d’après-midi de fin novembre, de fin du monde. Quel gâchis !

***

À peine arrivée, Paul se précipite vers la voiture de Dominique garée dans la cour gravillonnaire. Des petits chocs tintent sur la carrosserie défraîchie de la R5, une antiquité mécanique à l’ère du numérique. Dominique descend sa vitre.

– Ce ne sera pas possible ce soir ! Heu, pardon… une contrainte familiale.

Dominique respire profondément et regarde Paul.

– J’en suis désolée. Un membre de votre famille est arrivé à l’improviste ? Et moi qui m’impose…

– Oui et non.

– Puis-je cependant rester quelques minutes avant de repartir ? Je ne suis pas très à l’aise en voiture de nuit et surtout si près de la maison de mes parents.

– Vos parents vivent à Chamvres ?

– Vivaient… ils sont décédés.

Aille… Paul recule d’un pas en laissant Dominique sortir de sa voiture. La portière grince à tout rompre. Paul ne sait pas si c’est à cause de l’usure ou des multiples coups qui la décorent.

– Je suis désolé.

– Ils se sont tués en voiture en avril dernier.

Poisson d’avril… Paul ne peut retenir cette pensée saugrenue. Son rire intérieur efface quelques instants les paroles de Dominique qui a décidé de tout balancer, de jouer le tout pour le tout, sachant bien qu’elle ne reviendra pas, qu’elle n’en aura plus le courage.

– … au cimetière. C’était pour Liliane, votre fille ? C’est bien vous qui l’avez écrite ?

– Pardon ?

– Je disais qu’à l’enterrement de mes parents j’y ai lu une inscription funéraire dont vous pourriez être l’auteur.

– C’était pour fille. Ma petite Lili…

– Je suis venue vous voir pour en parler avec vous… De cette inscription, des mots, de son courage, de l’usage…

Dominique ne sait plus comment formuler ses questions. Elle a le sentiment que sa démarche est déplacée. La lumière de la cour vient de s’éteindre, les laissant sous un éclairage lunaire, renforçant le caractère dramatique de la situation.

– Je suis désolée. Je devrais m’en aller. Tout cela ne me concerne pas. L’inscription est la vôtre. Je ne veux pas vous embarrasser avec mes problèmes.

– Non, non, c’est moi qui dois vous présenter des excuses, j’ai été odieux avec vous depuis le début. Venez, entrons à l’intérieur pour en discuter, pour mettre des mots sur les maux. Diable, où ai-je pêché cette expression ?

– Mais je vais vous déranger, votre famille…

– Ils ne sont plus là… depuis longtemps…

Le détecteur de mouvements rallume la lumière de la cour tandis que Paul ouvre la marche vers la maison.

***

– Vivre pour le néant semble pathétique. Mais je préfère partir comme un ballon qui explose à forcer d’être trop gorgé d’air que comme une vieille baudruche fripée sous un lit, dans la poussière.

Paul et Dominique sont dans le salon avec un café à la main. Ils discutent depuis bientôt une heure, ne voyant pas le temps passer. Dominique est près de la fenêtre, à côté de la porte d’entrée condamnée. Sa main gauche tient une cigarette à l’extérieur par la fenêtre entrouverte. Elle écoute le monologue de Paul qui ne tient pas en place, tandis qu’elle inspire puis expire de temps en temps la fumée à l’extérieur.

– C’est ma philosophie. Si la vie n’a aucun sens puisque nous sommes mortels, je préfère la vivre sans restriction plutôt que d’y passer à côté. Ma fille Lili vivait ainsi. Elle était atteinte par une maladie qui s’est avérée incurable. Ma femme, Sandrine, s’est attachée à ce qu’elle ne se nourrisse pas de faux espoirs. Elle a vécu dans l’instant présent.

– C’est du bouddhisme, non ? Je côtoie d’ici et de là une Sangha.

– Ma femme était vietnamienne. Elle a su trouver les mots justes. Lili est toujours vivante en moi. Nous ne nous sommes jamais quittés.

– Elle est partie… avec l’innocence de ses quinze ans, vous laissant son courage. En faîtes-vous bon usage ?

– Je vis pour deux. Et pour bien remplir cette exigence, je me suis libéré de ce que tout un chacun nous endossons sans que cela nous soit clairement exprimé, ni même demandé. Ne fais pas ci, ne fais pas ça… Nous vivons dans le pays de la Liberté mais les contraintes n’ont jamais été aussi fortes. Nous sommes esclaves de notre liberté.

– Nous sommes surtout esclaves de nos vices, non ?

– De tout temps.

– Ce n’est pas faux, mais liberté et capitalisme ont engendré la société de consommation, mère de tous nos vices.

– Je ne sais pas. Il faut bien vivre et puisque Dieu est mort nous enlevant la perspective d’une vie après la mort, ce n’est pas plus mal. La vie par définition c’est une manifestation d’énergie.

– Mais ne croyez-vous pas que vivre à toute allure ne la fait pas s’écouler plus vite, trop vite ? À défaut de la raccourcir par accident ou par usure prématurée comme notre bonne vieille Terre ? Quel gâchis !

– Peut-être. Je ne le saurais qu’à la fin, à l’heure du bilan, à l’heure du jugement dernier si vous voulez. Il est préférable d’agir que de s’en abstenir.

– C’est pourtant ma vie à moi.

– Rien n’est jamais trop tard.

– Je n’en ai jamais eu le désir.

– C’est pourquoi vous êtes venue me retrouver ? Allez, osons…

– Oui et non. Je suis incurable. Comme votre Lili, je vis dans l’instant présent débarrassée de tout espoir. Toutefois, j’ai toujours souhaité comprendre.

– Comprendre quoi ?

– Pourquoi votre inscription au cimetière n’est pas signée “Papa ET Maman” ?

***

Le temps n’a pas de mémoire alors pourquoi en avoir pour lui ? Il est illusoire de croire que le passé et le futur existent. Le passé est un songe, le futur est un souhait. Ni l’un et ni l’autre ne sont dans l’instant présent qui est notre seule preuve tangible d’existence. Les jours, les heures et les secondes ne sont que des indications pour l’intellect humain cartésien. Ils sont aussi inutiles que les probabilités dans un processus de décision, palliatifs de nos imperfections, de nos limites. L’Homme aime dépasser ses limites. C’est tout à son honneur. Il conceptualise à outrance utilisant son intelligence aux possibilités encore sous employées pour porter son corps faillible à des niveaux qui lui seraient sinon hors de portée. Mais le temps restera toujours une inconnue s’il est considéré linéaire et continu. Au contraire, le temps est pluriel, cyclique et discontinu. Comme tout bon casse-tête, il faut le considérer autrement quitte à prendre le problème à l’envers. Mais comment prendre à l’envers quelque chose de circulaire ?

Telle est mon intime conviction. Je suis partie de chez moi il y a fort longtemps mais, si depuis j’ai vécu un certain nombre d’années, mes souvenirs sont intacts, ne laissant ni indication de durée ni de distance. La nouvelle s’achève ainsi brusquement et je vous prie de bien vouloir m’en excuser. Elle boucle la boucle de mes différentes vies. Bien sûr, les personnages y sont fictifs à l’instar de nombreuses productions littéraires, basées sur des faits réels, toujours personnels, parfois trop… Qui suis-je ? Peut-être suis-je cette Sandrine, partie dans une pagode dans le delta du Mékong, fuyant le cimetière qui retient les restes de Lili sans pouvoir l’exprimer à Paul, sans vouloir lui imposer ses choix ? Cette nouvelle serait alors son message jeté dans la mer de la littérature ? La lira-t-il ? Saura-t-il l’interpréter à sa juste valeur, trouver le chemin de la compassion ? Peut-être suis-je cette Dominique, qui n’a jamais quitté ses parents et qui a trouvé en Paul son complément vital ? Cette nouvelle serait alors son cri de victoire adressé à l’anonymat d’hypothétiques lecteurs ?

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